Marseille : l’ombre du narcoterrorisme sur les cités

Marseille : l’ombre du narcoterrorisme sur les cités credit : lemorning.ca (image IA)

La cité phocéenne, une mère et son fils

On appelle ça un chouf à Marseille. Ce gamin de quinze ans, guetteur pour les réseaux, qui scrute les rues depuis un banc ou un hall d’immeuble. Solène, mère de six enfants, nous raconte tout ça d’une voix qui ne tremble plus vraiment, mais dont on sent encore la fatigue. Elle a tout tenté, déménagé, supplié, écrit au juge. Rien n’y a fait.

Son fils a fini par se faire passer à tabac, puis défenestrer par des types cagoulés l’été dernier. Il a survécu, miraculeusement. Quelques mois plus tard, il replongeait, comme si la prison était devenue une issue plus sûre que la rue. Voilà le quotidien à Marseille. Une tragédie parmi des centaines, qui dit quelque chose de bien plus profond et terrifiant que le simple trafic de drogue.

Le Marseille des deux visages : du soleil à l’oubli

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Il y a le cliché, bien sûr. Notre-Dame de la Garde qui veille sur la ville, le vieux-port, la lumière. Mohammed Benmeddour, éducateur de rue, le sait trop bien. Il a grandi dans l’autre Marseille, celui des quartiers nord. Là, les immeubles décatis alignent leurs fenêtres aveugles comme autant de plaies ouvertes.

Il parle de cités qui abritent dix mille âmes sans âme, ou presque. Des endroits où les services publics sont un lointain souvenir. Il ne compte plus les jeunes qu’il a vus tomber. Mais ce qui le glace encore, c’est cette banalité de la violence. Un jour, près d’une poubelle, des enfants de douze ans découvrent un corps calciné. Leur réaction ? Sortir leur téléphone pour filmer et rigoler. La mort, ici, est devenue un spectacle.

La logique du guetteur : 150 euros pour une nuit de veille

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On les appelle les tutus. Des gamins qui assurent le guet de 22h à minuit pour 150 euros, avec la bouffe et la clope offertes. Ahmed, 17 ans, explique ça avec un détachement qui fait froid dans le dos. Il parle de ses petits frères de quinze ans, cachés derrière des masques de ski. Ils ne vont plus à l’école, évidemment.

« C’est dur de trouver du travail à Marseille », lâche-t-il, comme si c’était une évidence. Alors ils deviennent des cibles idéales, de la chair à canon jetable. Et la peur ? Il dit l’avoir intégrée, « pris en compte dans sa tête ». Le risque de finir au cimetière ou en taule fait partie du contrat. Un choix par défaut, dans une ville qui n’en offre plus beaucoup.

Le point de bascule : l’assassinat de Mehdi Kessaci

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Le 13 novembre dernier, le meurtre de Mehdi Kessaci, 20 ans, a changé la donne. Il n’était pas dans le trafic. Son seul tort ? Être le frère d’Amine, un militant anti-bande connu. Tuer l’innocent pour faire taire le gêneur. C’est ça, le narcoterrorisme. Un signal terrifiant envoyé à toute la ville : personne n’est à l’abri, même en dehors du milieu.

Jean Michel Verne, un spécialiste du crime organisé, le dit sans détour : « L’omertà est tombée sur Marseille. » Le silence s’est installé, glaçant. Les clans traditionnels ont laissé place à des seigneurs de guerre plus impitoyables. La DZ Mafia, notamment, impose sa terreur. La peur, désormais, est le seul chef qui règne.

L’État de droit en échec ? Le constat d’une résistante

Kaouther Ben Mohamed, fondatrice de Marseille en colère, a une analyse cinglante. Le problème, pour elle, est d’abord celui de la consommation, qui a plus que doublé en quinze ans en France, avec la cocaïne en tête. Mais les politiques publiques sont obsédées par la répression, jamais par la prévention. Où est la résistance, s’interroge-t-elle ?

L’assassinat de Mehdi Kessaci est un avertissement sanglant adressé à l’État lui-même. « C’est l’État de droit qui est défié », martèle-t-elle. Si l’État ne protège plus ses citoyens, s’il baisse la tête, alors il s’effondre. Le message est clair : la bataille n’est plus seulement policière, elle est devenue existentielle pour la République.

Conclusion : La prison, dernier refuge d’une mère

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Alors Solène va en prison voir son fils. Une peine de deux ans. Elle dit préférer le savoir là, derrière les barreaux, que dehors où il devra payer ses dettes. La dette, c’est le mot qui revient toujours. La vie ou l’argent, il faut choisir. Elle nous confie, la voix nouée, son pire cauchemar de mère : « Si demain on vient m’apprendre que mon fils a tué… ».

La phrase reste en suspens. À Marseille, l’espoir se mesure aujourd’hui à l’aune des murs d’une cellule. Les descentes de police, les 1500 hommes déployés, c’est un coup d’épée dans l’eau si on ne s’attaque pas au cœur du mal. À cette jeunesse sacrifiée qui, faute de mieux, vend sa vigilance pour 150 euros la nuit, et parfois, sa vie.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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