Il chute dans un trou d’homme et la Ville de Montréal lui attribue la faute

Il chute dans un trou d’homme et la Ville de Montréal lui attribue la faute credit : lemorning.ca (image IA)

Une chute inattendue la veille de Noël

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Imaginez sortir prendre l’air après une tempête de neige, un 24 décembre, et poser le pied sur ce qui semble être un simple couvercle de rue. C’est précisément ce qui est arrivé à Michel Jasmin, 78 ans. Le sol s’est littéralement dérobé sous ses pieds, le projetant dans un puits d’accès de trois mètres de profondeur. L’accident a été filmé par une caméra de surveillance d’un voisin, capturant la chute brutale et la détresse immédiate qui a suivi.

Sa conjointe, Christiane Latour, revit encore la scène avec émotion un an plus tard. « Ça me fait mal de voir ça. Chaque fois, ça me fait la même chose », confie-t-elle. Michel s’en est sorti avec des lacérations à la jambe nécessitant des points de suture et une douleur à la hanche, mais sans fracture. La séquelle la plus tenace, peut-être, est le sentiment d’injustice qui a germé ce jour-là. Pourquoi ce trou était-il ouvert ?

La cause de l’accident révélée par une caméra

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En visionnant l’enregistrement, le couple a découvert l’origine du problème. Huit heures plus tôt, une déneigeuse municipale était passée. On voit et entend clairement la lame frapper le couvercle métallique, le faisant sauter et le traînant sur plusieurs mètres. Le conducteur est reparti sans le remettre en place, laissant un piège béant au milieu de la rue résidentielle. « La personne qui n’a pas remis le couvercle, c’est une grosse négligence », estime Christiane Latour, un point de vue que partageront bien des gens.

Michel Jasmin affirme que ce n’était pas un incident isolé. À cet endroit précis, le couvercle est surélevé et la chaussée autour est endommagée, ce qui le rend facile à arracher. Il raconte même que la Ville avait déjà placé un cône orange dessus pour signaler le danger, il y a quelques années. « J’ai trois voisins qui ont vu la même chose et qui sont prêts à en témoigner », ajoute-t-il, pour montrer que le problème était connu.

Une réclamation modeste… et un refus catégorique

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Convaincu de la négligence de la Ville, Michel Jasmin a réclamé 5000 $ en dédommagement pour ses blessures et les semaines difficiles qui ont suivi. « Je pense que j’aurais pu demander beaucoup plus », admet-il. L’avocat Alexandre Brosseau-Wery, spécialiste des dossiers municipaux, abonde dans son sens. « En fait, je pense que c’est très modeste, comme réclamation ». Il est catégorique sur la responsabilité de la Ville, estimant qu’elle n’a « aucune excuse d’avoir toléré une situation dangereuse ».

Pourtant, la Ville a refusé de payer. Son argument ? Michel Jasmin n’a pas traversé la rue à une intersection désignée. « Tout le monde fait ça sur des petites rues tranquilles », se défend le septuagénaire, agacé. Cet argument met sa conjointe en colère. « Ils ne sont jamais responsables. Je suis amère envers la Ville de Montréal », lance Christiane Latour. Une amertume partagée par bien des citoyens qui ont eu maille à partir avec l’administration.

La défense de la Ville et les critères opaques

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La Ville de Montréal a refusé de commenter le cas précis de M. Jasmin. Elle a cependant communiqué les critères généraux utilisés pour évaluer les réclamations des piétons. Ils tournent autour de questions comme : la victime circulait-elle sur un trottoir ? Était-elle à une intersection ? L’obstacle était-il visible ? Était-elle attentive ? Pour Me Brosseau-Wery, ces arguments ne tiennent pas. Il note que M. Jasmin marchait près d’une voiture stationnée. « On peut imaginer que la personne qui s’est stationnée là doit sortir de son véhicule… Donc, cette portion de la rue doit être sécuritaire ».

L’avocat insiste : la faute principale reste l’absence de couvercle. Il souligne aussi une tendance inquiétante : depuis 2022, la Ville aurait rejeté plus de 90% des réclamations qui lui sont adressées. « L’intérêt de la Ville, c’est de payer le moins de réclamations possible… Alors, dès qu’il y a le moindre moyen de défense, elle va l’invoquer », analyse-t-il. Une stratégie qui laisse peu de chance aux citoyens lésés.

Conclusion : Une bataille juridique en perspective et des délais piégeux

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Près d’un an après les faits, le puits d’accès n’est toujours pas réparé, et Michel Jasmin n’a pas dit son dernier mot. Il prépare une poursuite devant la Division des petites créances. « À quel moment la Ville de Montréal reconnaît-elle ses responsabilités ? Est-ce qu’il faut qu’il y ait des morts ? », s’interroge-t-il, amer. Son cas met en lumière la difficulté pour les citoyens de se faire justice face à une municipalité.

Le professeur de droit Daniel Gardner rappelle un écueil majeur : les délais de prescription très courts qui s’appliquent aux municipalités québécoises. Pour un dommage matériel, il faut aviser la Ville en 15 jours et agir en justice en 6 mois. Pour les blessures, comme ici, le délai est de 3 ans. « Il faut agir extrêmement vite », insiste-t-il. Ces règles, uniques aux municipalités, créent beaucoup d’incompréhension et laissent souvent les victimes sans recours, une réalité que découvrent douloureusement des gens comme Michel et Christiane.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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