La lutte contre le VIH en péril : l’objectif 2030 s’éloigne malgré les avancées médicales

La lutte contre le VIH en péril : l’objectif 2030 s’éloigne malgré les avancées médicales credit : lemorning.ca (image IA)

Un paradoxe inquiétant à Toronto

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Après plus de quarante ans à accompagner les personnes séropositives, l’AIDS Committee of Toronto (ACT), un organisme emblématique, a annoncé qu’il fermerait ses portes l’an prochain. C’est un événement lourd de sens, surtout quand on pense aux décennies de combat contre cette pandémie. Cette fermeture, bien qu’elle soit en partie due à une baisse de l’utilisation des services traditionnels – ce qui pourrait être vu comme une bonne nouvelle – révèle en réalité un paradoxe. Elle jette une lumière crue sur notre chemin parcouru et, surtout, sur ce qui reste à faire, car la bataille pour éradiquer le VIH est loin, très loin d’être terminée.

Malgré toutes les percées incroyables en matière de traitement et de prévention, il semble que l’atteinte de la cible mondiale fixée par l’ONU, soit mettre fin à l’épidémie de sida comme menace pour la santé publique d’ici 2030, devienne un objectif de plus en plus difficile à concrétiser, au Canada comme ailleurs.

La fermeture de l’ACT : moins d’usagers, plus de dettes

Fondé en 1983, l’ACT a décidé de mettre la clé sous la porte en mars prochain. Pourquoi maintenant? Il y a deux raisons principales, et elles sont liées. D’une part, comme l’explique Ryan Lisk, le directeur général, les besoins des personnes ont évolué. Avec les progrès médicaux, « ils n’ont plus autant besoin de nous » qu’avant, pour les services de soutien quotidiens, du moins. C’est positif, n’est-ce pas?

D’autre part, et c’est là que le bât blesse vraiment, l’organisme torontois traîne un déficit budgétaire depuis plus de cinq ans. On parle de montants oscillant entre 250 000 $ et 800 000 $. Pire encore, les dons ont fondu comme neige au soleil : l’ACT avait amassé 3,6 millions de dollars en 2003, alors qu’il peine à atteindre les 300 000 $ cette année. Quand le financement fédéral reste quasi stagnant depuis dix ans, il devient impossible de combler un tel trou. M. Lisk espère au moins que le retrait de l’ACT permettra à d’autres organismes plus spécialisés de récupérer ces fonds, ce serait déjà ça de gagné.

L’espoir né de la PrEP et des options injectables

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La bonne nouvelle dans cette histoire, c’est l’évolution extraordinaire des traitements. Rappelons d’abord que le VIH est un virus qui attaque le système immunitaire. S’il n’est pas traité, il mène au sida, qui peut être fatal. Mais aujourd’hui, grâce aux avancées, une personne séropositive sous traitement peut vivre aussi longtemps et en aussi bonne santé que n’importe qui d’autre. C’est un changement de paradigme complet.

C’est notamment l’arrivée de la PrEP (médicaments de prévention) qui change la donne. Désormais, il existe même des options injectables, ce qui est beaucoup plus simple. Comme le dit très justement l’infectiologue Darrell Tan, de l’hôpital St. Michael’s, « C’est plus facile de recevoir des injections six fois par année que de prendre une pilule chaque jour. » Ce genre d’innovation permet non seulement de limiter les nouvelles infections chez les groupes à risque, mais aussi d’améliorer l’adhésion aux soins, ce qui est fondamental.

La fragilisation de la voix francophone en ontario

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Si la fermeture de l’ACT est une perte pour la communauté anglophone, elle l’est d’autant plus pour les francophones de l’Ontario. Benjamin Sourisseau, directeur général d’Action positive, qui est le seul organisme francophone luttant contre le VIH dans le sud de l’Ontario, est très clair à ce sujet. Pour lui, la perte de cet allié est majeure.

« C’est difficile de perdre un joueur de poids parce que, quand on a des relations aussi fortes, ça permet d’aller parler aux bailleurs de fonds ensemble, d’aller parler aux gouvernements ensemble, » a-t-il souligné. En clair, cela « diminue notre voix, en fait. » Travailler seul, c’est toujours plus ardu, surtout pour des organismes qui dépendent tellement des subventions et des partenariats pour maintenir leurs services essentiels.

Le Canada et les objectifs 95-95-95 : sommes-nous en retard?

Il y a neuf ans, le Canada, suivant les pas de l’ONU, s’était engagé à atteindre les objectifs ambitieux 95-95-95 d’ici 2025. Ces cibles signifient que 95 % des personnes vivant avec le VIH doivent connaître leur statut; que 95 % d’entre elles doivent être sous traitement; et que 95 % des personnes traitées doivent avoir une charge virale indétectable.

Pourquoi le dernier point est-il crucial? Parce que, comme le rappelle l’infectiologue Isaac Bogoch, si la charge virale est indétectable, « il ne peut pas transmettre le virus à d’autres personnes. » Le Canada, selon les données les plus récentes, se situerait autour de 89-85-95. C’est encourageant, certes, et nous faisons « un travail remarquable » comparé à d’autres pays riches, selon M. Bogoch. Cependant, nous ne sommes pas dans la zone cible. Le chemin est long, et le temps presse pour 2025.

L’effet de l’immigration et la crise du financement international

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Il faut aussi regarder les statistiques avec prudence. Le nombre de nouveaux cas de VIH a bondi de 35 % au Canada entre 2022 et 2023. Un chiffre qui peut paraître alarmant, mais qui s’explique en grande partie par une forte vague d’immigration. L’infectiologue Isaac Bogoch précise que « Bon nombre de ces infections ont été importées ». Cela ne diminue en rien l’urgence, mais montre que l’épidémie ne se gère pas en vase clos, c’est évident.

En fait, le vrai problème, c’est le financement mondial qui s’effondre. L’ONUSIDA a sonné l’alarme, mentionnant que le retrait de l’administration Trump avait décimé la moitié de son budget. Ce manque de soutien est une catastrophe globale. Couper cette aide alors qu’il y a « toujours une crise de santé publique partout dans le monde, ça n’a pas de sens. C’est vraiment désastreux, » s’inquiète le chercheur Darrell Tan. Si les grands pays comme le Canada n’augmentent pas leurs contributions pour compenser, l’objectif 2030 deviendra illusoire, voire impossible.

Conclusion : Un optimisme modéré face à 2030

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Au final, l’histoire de l’ACT est un récit à double tranchant : c’est la preuve d’un succès médical retentissant qui a rendu les services de soutien traditionnels moins nécessaires, mais c’est aussi le signal que l’argent se retire trop vite. Nous avons les outils – la PrEP, l’indétectabilité qui signifie l’impossibilité de transmission – pour éliminer le sida comme menace publique.

Mais, pour y arriver d’ici 2030, il faudra bien plus que de la bonne volonté. Il faudra impérativement que le Canada, et tous les autres pays, fassent plus que de « s’en sortir plutôt bien », pour reprendre les mots de M. Bogoch. Le recul du financement international, les déficits locaux et la diminution de la voix associative sont autant d’obstacles qui rendent l’optimisme plus que prudent. Nous devons continuer le travail, sans quoi l’échéance de l’ONU passera à l’histoire comme un engagement non tenu.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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