Qui doit vraiment éduquer nos enfants sur la nutrition à l’école? Le dilemme entre l’industrie et l’indépendance

Qui doit vraiment éduquer nos enfants sur la nutrition à l’école? Le dilemme entre l’industrie et l’indépendance credit : lemorning.ca (image IA)

L’alimentation, parent pauvre du cursus scolaire

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Apprendre à lire, à écrire et à calculer, ça, c’est la base, n’est-ce pas? Ces matières fondamentales occupent toute la place au primaire. Mais quand il est question d’apprendre à bien se nourrir, à comprendre ce que l’on met dans notre assiette, c’est une tout autre paire de manches. On dirait que la nutrition est reléguée au second plan, un peu comme une matière optionnelle dont on pourrait se passer.

Pourtant, c’est un enjeu majeur de santé publique. Étant donné qu’il y a de grandes lacunes dans la qualité de l’alimentation de nos enfants, les écoles se retrouvent avec le défi d’inculquer de bonnes habitudes. Le problème, c’est que cette formation n’est pas obligatoire. Les centres de services scolaires doivent alors se tourner vers des solutions externes, qu’elles soient indépendantes, ou… financées directement par l’industrie agroalimentaire. Et c’est là que les choses se corsent.

La tentation du « gratuit » : l’exemple Nutri-Tennis

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Prenons l’exemple de la Tournée nutri-tennis. C’est une initiative plutôt populaire, il faut le dire. En quatorze ans, ce programme a touché près de 100 000 jeunes dans 800 écoles au Québec. Le volet nutrition est offert gratuitement aux établissements, ce qui est, vous en conviendrez, un argument de taille pour des écoles aux budgets serrés. L’activité, qui mêle conseils alimentaires et initiation au tennis, est organisée conjointement par les Producteurs laitiers du Canada et Tennis Québec.

Pour Andrée-Anne Vincent, directrice des programmes de nutrition chez les Producteurs laitiers du Canada, l’objectif est clair : outiller le milieu de l’éducation face aux lacunes alimentaires. Elle insiste sur le fait que le programme parle de « tous types d’aliments », et non seulement des produits laitiers, assurant ainsi qu’ils respectent le code de déontologie des diététistes-nutritionnistes.

Le piège du marketing : l’indépendance en question

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Ce genre de partenariat généreux ne passe pas inaperçu. Certains experts de la nutrition sont extrêmement critiques. Peut-on vraiment parler d’éducation indépendante lorsque c’est l’industrie, un lobby, qui paie la note? C’est la question que soulève Corinne Voyer, directrice du collectif Vital (Association pour la santé publique du Québec).

Elle est formelle : peu importe la qualité du contenu, un lobby comme les Producteurs laitiers a toujours des objectifs de marketing. Pour elle, l’école n’est pas l’endroit approprié pour ce genre d’approche. D’ailleurs, rappelez-vous qu’en 2019, les Producteurs laitiers du Canada avaient été écartés de l’élaboration du dernier Guide alimentaire canadien par Santé Canada, justement pour garantir l’indépendance du processus. Ouvrir la porte à l’industrie dans les classes, c’est risquer d’avoir des messages qui sont, disons-le, possiblement biaisés.

Les organismes indépendants se battent avec peu de moyens

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Heureusement, il existe des options non lucratives, totalement indépendantes de l’agroalimentaire. Les Ateliers cinq épices, par exemple, sont un modèle. Ils ont réussi à rejoindre 600 000 enfants en 30 ans, ce qui n’est pas rien! On est loin de l’influence de l’industrie, c’est certain.

Toutefois, la réalité est dure. Comme l’explique Mélanie Veillette, nutritionniste et directrice générale des Ateliers cinq épices, ces organismes fonctionnent principalement avec des subventions et des financements gouvernementaux. Ils doivent « faire beaucoup avec peu », et cela a un prix. Contrairement aux programmes financés par l’industrie, les écoles qui font appel à ces organismes indépendants doivent souvent débourser de leur poche pour couvrir une partie des activités. C’est un frein évident qui force beaucoup d’organismes à craindre la fin de leurs activités, faute de moyens.

Le cadre légal : Neutralité et responsabilité locale

Qu’en dit le gouvernement dans tout ça? C’est la question qu’on a posée au cabinet de la ministre Sonia LeBel, et la réponse est arrivée par écrit. Marylène Le Houillier, directrice des communications, a rappelé que la responsabilité des formations offertes incombe aux écoles elles-mêmes.

Ces formations doivent respecter un cadre légal très précis, incluant notamment l’éthique et la déontologie des professionnels impliqués. Surtout, elles doivent garantir la neutralité de l’école et interdire toute forme de publicité directe destinée aux élèves. C’est un peu mettre la pression sur les écoles, n’est-ce pas? Le rôle de l’école, selon Corinne Voyer, c’est justement d’être vigilante et de choisir des programmes dont la mission première est l’éducation, pas la vente de produits.

Une compétence essentielle au même titre que les maths

Même si les programmes scolaires sont terriblement chargés, et que les enseignants n’ont le temps que d’effleurer le sujet, il ne faut pas sous-estimer l’impact de cette éducation. Les études le montrent clairement : plus les enfants en apprennent sur la nutrition, plus ils sont susceptibles d’adopter de saines habitudes de vie. C’est du gros bon sens, en fait.

Caroline Boyer, une enseignante de 5e année à l’école primaire L’Épervière de Rigaud, qui a reçu Nutri-Tennis cette année, a fait preuve d’une belle franchise. « Je fais mon mea culpa », a-t-elle avoué, expliquant que la nutrition n’a pas été abordée en profondeur dans sa classe cette année. Mais elle insiste : c’est une habileté sociale qui devrait avoir la même importance que le français ou les mathématiques. Elle a raison. C’est une question de survie, non?

Conclusion : Une priorité gouvernementale est requise

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Il semble y avoir un consensus sur le fait que la nutrition doit faire partie intégrante du cursus scolaire, et pas seulement de manière ponctuelle. Le véritable enjeu, ce n’est pas la volonté, mais le financement et l’indépendance du contenu. Des centaines d’organismes réclament que l’éducation à la nutrition soit élevée au rang des priorités gouvernementales, comme l’a si bien dit Mélanie Veillette. C’est essentiel pour qu’ils puissent recevoir le soutien nécessaire pour offrir des programmes de qualité, sans dépendre des visées marketing de l’industrie.

En fin de compte, la question n’est pas de savoir si l’éducation à la saine alimentation est importante, mais si l’on est prêt à y mettre les ressources nécessaires pour qu’elle soit donnée par des sources neutres et crédibles. Pour la santé future de nos enfants, c’est probablement le meilleur investissement que nous puissions faire.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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