Alerte sur le déclin cognitif : pourquoi la génération Z obtient-elle des scores inférieurs ?
Mathieu Gagnon - 2026-03-16 11:40
credit : lemorning.ca (image IA)
Une rupture historique dans l’évolution de l’intelligence
Pour la toute première fois depuis la fin du 19e siècle, une tendance séculaire vient de s’interrompre brusquement. Pendant plus de cent ans, chaque nouvelle génération a systématiquement surpassé la précédente lors des tests mesurant les capacités intellectuelles. Cependant, la génération Z semble briser ce cycle d’amélioration constante, affichant des performances cognitives en net recul par rapport à celles de ses parents.
Le neuroscientifique Jared Cooney Horvath a récemment tiré la sonnette d’alarme devant le Congrès américain. Selon ses observations, nous assistons à une baisse des capacités de mémoire, de raisonnement et d’attention qui inverse brutalement ce que les spécialistes appellent l’effet Flynn. Ce gain régulier, qui semblait pourtant inéluctable, est désormais contesté par les données collectées depuis le début des années 2010.
L’héritage de l’effet Flynn : un siècle de progression

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L’effet Flynn, identifié par le psychologue néo-zélandais James Flynn dans les années 1980, désigne cette progression constante des scores cognitifs observée dans les pays développés depuis 1900. Pendant tout le 20e siècle, chaque génération obtenait en moyenne trois points de quotient intellectuel (QI) supplémentaires par rapport à la génération précédente. Cette amélioration touchait l’ensemble des domaines, de la mémoire de travail aux capacités de raisonnement abstrait.
Ce phénomène n’était pas le fruit du hasard mais le reflet de changements environnementaux majeurs. L’accès généralisé à l’éducation, l’amélioration significative de la nutrition infantile et la complexification des environnements quotidiens ont favorisé ce bond intellectuel. Comme l’a établi James Flynn dans ses travaux publiés dans la revue PNAS, la génétique ne jouait aucun rôle dans cette amélioration ; tout reposait sur l’évolution de notre mode de vie et de nos stimulations mentales.
Les tests standardisés ont documenté cette ascension avec une précision remarquable au fil des décennies. Les enfants nés au milieu du 20e siècle évoluaient dans des univers bien plus stimulants sur le plan cognitif que leurs arrière-grands-parents. Jusqu’au début des années 2010, aucun fléchissement significatif n’était apparu dans les résultats globaux des pays occidentaux, laissant penser que cette courbe ascendante était un acquis définitif de l’humanité.
2010 : le basculement vers un déclin documenté

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Le tournant s’est opéré aux alentours de l’année 2010. À partir de cette date, les résultats aux tests cognitifs ont cessé de progresser dans plusieurs pays développés, amorçant parfois un recul inquiétant. Les données présentées par Jared Cooney Horvath devant le Sénat américain mettent en lumière un déclin dans la mémoire de travail, le raisonnement abstrait et les capacités d’attention, qui apparaissent aujourd’hui plus faibles chez les jeunes que chez leurs aînés au même âge.
À l’échelle internationale, les résultats PISA 2022 de l’OCDE confirment cette tendance préoccupante. Les élèves de 15 ans obtiennent des scores plus faibles en mathématiques, en sciences et en compréhension écrite que les adolescents testés seulement dix ans auparavant. Ce phénomène ne connaît pas de frontières, touchant aussi bien les systèmes éducatifs européens que nord-américains dans des proportions similaires.
L’impact massif du numérique et des écrans

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Pour expliquer ce renversement, Jared Cooney Horvath pointe du doigt l’omniprésence des écrans. Les membres de la génération Z passent en moyenne huit heures par jour devant des dispositifs numériques, ce qui représente la moitié de leur temps de veille. Cette exposition massive coïncide précisément avec le début du déclin cognitif mesuré, suggérant un lien de corrélation que les chercheurs analysent de près.
Le neuroscientifique critique particulièrement l’intégration massive des technologies au sein des écoles. Aux États-Unis, 30 milliards de dollars ont été investis pour remplacer les manuels scolaires traditionnels par des ordinateurs portables et des tablettes. Pourtant, comme le rapporte le magazine Fortune, cet investissement colossal semble avoir produit l’effet inverse de celui escompté en privant les élèves de pratiques pédagogiques dont l’efficacité était prouvée depuis longtemps.
Le retour pragmatique aux méthodes traditionnelles en Scandinavie

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Face à ces constats alarmants, certains pays scandinaves ont décidé d’opérer un virage radical. En 2023, la Suède a annoncé le retrait progressif des tablettes dans l’enseignement primaire afin de revenir aux méthodes d’apprentissage traditionnelles. Le gouvernement suédois justifie cette décision par la baisse continue des résultats scolaires observée depuis que le numérique a envahi les salles de classe.
Le Danemark et la Norvège suivent aujourd’hui une trajectoire similaire. Bien qu’ils aient été parmi les pionniers de la numérisation scolaire, ces pays réhabilitent désormais l’écriture manuscrite et limitent strictement le temps passé devant les écrans. Les autorités éducatives scandinaves estiment que l’apprentissage sur support numérique peut nuire gravement à la consolidation de la mémoire à long terme, essentielle à la construction du savoir.
Le paradoxe de la confiance et les nuances du déclin

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Les recherches menées à l’université Northwestern apportent des précisions sur les domaines les plus touchés. Si les scores de compréhension verbale et de raisonnement spatial ont chuté, le raisonnement matriciel — lié à la manipulation de symboles visuels — montre une légère progression. Ce gain spécifique pourrait s’expliquer par l’exposition constante aux interfaces graphiques numériques que pratiquent les jeunes générations.
Un paradoxe troublant a également été souligné par Jared Cooney Horvath lors de son témoignage : alors que leurs performances objectives baissent, les membres de la génération Z affichent une confiance en leurs capacités cognitives supérieure à celle de leurs aînés. Cette surestimation de soi pourrait provenir de la confusion entre l’accès immédiat à l’information via les moteurs de recherche et la maîtrise réelle d’une compétence cognitive. Savoir où chercher l’information n’est pas la même chose que de l’avoir intégrée et comprise.
En conclusion, cette inversion de l’effet Flynn pose des questions fondamentales sur l’avenir des capacités intellectuelles humaines dans un monde saturé de technologies. Si le déclin est désormais documenté, les réponses apportées par les pays nordiques suggèrent qu’un rééquilibrage entre outils numériques et méthodes traditionnelles pourrait être nécessaire pour préserver le potentiel cognitif des générations futures.
Selon la source : science-et-vie.com