Un aîné pour 25 cents : l’initiative montréalaise qui défie l’âgisme par l’écoute humaine

Un aîné pour 25 cents : l’initiative montréalaise qui défie l’âgisme par l’écoute humaine credit : lemorning.ca (image IA)

La force de l’humain face à l’intelligence artificielle

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À une époque où l’intelligence artificielle nous promet des réponses à absolument tout, il y a quelque chose de profondément réconfortant à voir une initiative qui remet l’humain au centre des préoccupations. C’est exactement ce que propose la Grande Bibliothèque de Montréal (BAnQ) depuis deux ans, avec son concept qui fait fureur : « Consultez un aîné pour 25 cents ».

Vingt-cinq sous. C’est presque rien, n’est-ce pas? Mais ce petit montant symbolique débloque en réalité un trésor bien plus précieux que n’importe quel algorithme : de l’écoute, de l’empathie et une expérience de vie inestimable. C’est un échange gagnant-gagnant. D’un côté, nous avons des usagers qui cherchent un conseil sincère. De l’autre, des aînés dont le savoir ne demande qu’à être partagé, plutôt que de se dessécher dans l’isolement.

Hervé Simoneau : le bonbon québécois de l’écoute active

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Il faut dire que le succès de l’opération repose largement sur la personne assise au kiosque. Lors du passage de Radio-Canada, c’était Hervé Simoneau, 77 ans, qui assurait la « consultation ». Et il semble avoir toutes les qualités requises. C’est un homme avec une « bouille sympathique », une attitude qui facilite immédiatement le contact, et, disons-le, un cœur à la bonne place, forgé par des années de syndicalisme et surtout, de paternité.

Caroline Malo, la responsable des services aux aînés à la BAnQ, le résume parfaitement : « Hervé, c’est bon comme du bonbon. C’est un bon Québécois qui a une grande expérience de vie, il est très ouvert et a beaucoup d’écoute, de finesse. » Il réussit l’exploit d’effectuer entre 25 et 40 consultations par jour, ce qui est assez phénoménal.

Des questions variées qui virent rapidement à l’intime

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Au début, les gens posent souvent des questions anodines ou très générales, me dit Madame Malo. Mais étonnamment, la glace est vite brisée, et la conversation bascule vers des sujets beaucoup plus intimes. C’est là que l’empathie d’Hervé fait toute la différence. Imaginez le tableau : on se confie à un inconnu (gentil, bien sûr) pour un quart de dollar.

Le type de demandes est incroyablement diversifié :

  • Un jeune universitaire se demande s’il a choisi la bonne voie professionnelle.
  • Une doctorante africaine veut comprendre les codes de séduction au Québec.
  • Un homme « un peu déboussolé » hésite à se marier.
  • Même des élèves de 4e année s’arrêtent pour lui demander s’il a déjà triché à l’école!
  • Et bien sûr, les parents inquiets (par exemple, celui dont l’enfant de deux ans dort encore avec lui) viennent chercher un peu de réassurance.

L’écoute plutôt que la psychologie

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Hervé Simoneau insiste sur un point important : ce n’est surtout pas de la psychothérapie. Les discussions sont courtes, généralement 15 ou 20 minutes maximum, ce qui demande d’aller droit au but, mais avec douceur. Son secret? « Ce qu’il faut faire, c’est de l’écoute active, sans jugement, la main tendue. L’écoute doit être guidée par notre expérience de vie plutôt que par la psychologie, » confie-t-il.

Ceci dit, son bagage n’est pas inutile : son parcours en ressources humaines et ses connaissances en psychologie, notamment en thérapie brève, lui servent énormément pour guider ces échanges courts et intenses. Les gens, dit-il, ont souvent déjà une réponse en tête; il leur faut juste un coup de pouce, quelqu’un pour valider leur intuition, ou peut-être juste les encourager.

Des racines profondes au Collège de Maisonneuve

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Ce concept n’est pas né du jour au lendemain à la Grande Bibliothèque. L’idée de mettre des « vieux » à contribution remonte à une vingtaine d’années, au Collège de Maisonneuve. Là-bas, Hervé Simoneau (77 ans) est déjà bénévole pour l’organisme « Éducation 3e âge » qui pilote, entre autres, un programme de mentorat pour les nouveaux arrivants.

C’est un lieu crucial pour l’intégration, surtout quand on sait que c’est l’un des cégeps les plus multiethniques du Québec. D’ailleurs, les aînés ont joué un rôle essentiel après la crise de 2017, quand des étudiants s’étaient radicalisés. Hervé Simoneau raconte l’impact de ces rencontres intergénérationnelles :

« Même durant cette période, nos vieux arrivaient à entrer en contact avec les jeunes Maghrébins de façon déconcertante. C’est parce que, dans leur culture, comme dans d’autres, on doit le respect aux aînés, et parce que nous étions perçus un peu comme leurs grands-parents au bled. »

C’est beau de voir que le respect pour les aînés, une valeur parfois oubliée ici, devient la clé pour apaiser les tensions ailleurs, non?

L’encouragement qui fait toute la différence : l’exemple d’un jeune homme autiste

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La clientèle à BAnQ est extrêmement variée, bien sûr. Mais Hervé se souvient d’une rencontre en particulier. Celle d’un jeune homme autiste, étudiant au collégial, qui était venu le voir complètement chamboulé parce qu’une jeune femme, elle aussi autiste, lui avait mis la main sur l’épaule. Un geste simple, mais qui, pour lui, représentait un défi émotionnel immense dans l’établissement de relations interpersonnelles.

Il ne savait absolument pas quoi faire de ce sentiment. À la fin de leur discussion, non seulement le jeune homme était plus à l’aise, mais Hervé lui tenait l’avant-bras, sans que cela le dérange. « Je lui ai dit de foncer. Il avait simplement besoin d’être encouragé, » se souvient Hervé. C’est incroyable de penser qu’un simple conseil d’un grand-père de substitution puisse débloquer une situation aussi délicate.

En fait, la BAnQ fait ça depuis plus de 10 ans avec des initiatives comme les « Bibliothèques vivantes », où l’on « emprunte » des humains pour écouter leur histoire. L’idée, d’ailleurs, vient de la Scandinavie, du Danemark, précisément. Ça fonctionne!

Une riposte directe contre l’âgisme et l’isolement

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Hervé Simoneau est très clair : ce projet est essentiel dans notre société individualiste. Les aînés sont trop souvent invisibilisés, alors qu’ils représentent aujourd’hui près de 23 % de la population (contre seulement 13 % en 2001). C’est un changement démographique majeur qu’on ne peut plus ignorer.

D’ailleurs, la lutte contre l’âgisme est une priorité absolue dans le plan gouvernemental 2024-2029, joliment intitulé « La fierté de vieillir ». Ce plan souligne que, malgré l’apport positif des aînés, l’image véhiculée par la société est souvent celle de la régression, de l’isolement, et de la dépendance. On parle ici de déconstruire ces idées stéréotypées!

Le gouvernement insiste sur l’importance de créer des occasions de rencontre entre les générations. C’est la clé pour développer l’empathie et la bienveillance. Et c’est exactement ce que font ces 25 cents. C’est la preuve que le simple fait d’être mis à contribution est la meilleure façon de redonner leur juste valeur aux aînés.

Conclusion : La valeur inestimable d’un quart de dollar

Alors, que va devenir cet argent, ce petit tas de 25 cents accumulés depuis 2023? Parce que oui, « dans chaque thérapie il faut payer, c’est un principe », plaisante-t-on à la BAnQ. Caroline Malo confie que l’institution réfléchit encore, mais le but est clair : faire « quelque chose de spécial pour les aînés ».

Quoi qu’il en soit, le vrai trésor n’est pas dans la boîte de collecte. Il est dans ces 15 ou 20 minutes d’écoute sincère offertes par un aîné qui ne demande qu’à se sentir utile. C’est un modèle de médiation sociale simple et puissant, prouvant que face aux complexités de la vie, l’expérience humaine reste notre meilleur conseiller. Si vous êtes à Montréal, sachez que la prochaine session est prévue le 4 décembre à BAnQ.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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