Le rêve d’un château, le prix d’un condo
Avouons-le franchement : qui n’a jamais fantasmé de laisser tout derrière soi pour s’offrir une vie de châtelain à l’étranger? C’est exactement le pari – on pourrait dire le rêve un peu fou – que se sont lancé Damien Verhaegen et Thomas Garneau. Ces deux Québécois, qui vivaient tranquillement à Vancouver, ont décidé de tout changer pour acheter le Château Poséidon, situé dans la charmante commune de Val Fouzon, au cœur de l’Indre, en France.Ce n’est pas une décision prise sur un coup de tête, bien sûr. « Ça fait huit ans qu’on y pense », explique Damien, 35 ans. C’est un processus qui est devenu « beaucoup plus sérieux » ces quatre dernières années, dit-il. Et après avoir multiplié les recherches, le choix s’est arrêté sur cette propriété immense, achevée en 1865. Ce qui est dingue, c’est le prix, n’est-ce pas ? L’achat leur a coûté 500 000 euros, soit un peu plus de 800 000 $ CA. Damien le confirme : c’est le même prix qu’un petit logement à Vancouver, mais ici, ils ont 15 hectares de terre autour. Une sacrée différence.
Le projet titanesque : entre vitraux épargnés et fientes d’oiseaux
Le Château Poséidon était malheureusement laissé à l’abandon depuis quatre décennies. Imaginez le travail ! La maman de Thomas, Michèle Garneau, venue pour la première fois, s’est émerveillée devant la beauté subsistante, notamment les vitraux anciens qui brillent encore merveilleusement bien sous le soleil. Ça, c’est l’aspect magique de l’Histoire.
Mais, à côté de ces joyaux, la réalité est rude. Le vandalisme et les pillages ont laissé des traces, avec des morceaux arrachés. Les salles de bains sont en piteux état, et dans plusieurs pièces, il y a carrément une accumulation impressionnante de fientes d’oiseaux. De quoi décourager n’importe qui, franchement.
Pourtant, Damien, l’optimiste, tempère : il n’y a « pas vraiment de travaux structurels » à prévoir. C’est une bonne nouvelle ! Néanmoins, la liste des tâches est longue, vraiment longue : il faut refaire complètement la plomberie, l’électricité, le chauffage et toutes les fenêtres. C’est un chantier colossal et onéreux, nécessitant environ 800 000 $ CA de budget rénovation, selon leurs estimations.
La tempête intérieure et le cycle du doute
On pourrait croire que c’est un fleuve tranquille quand on les voit se lancer avec autant de conviction, mais Thomas Garneau est honnête : le doute, il est là, de temps à autre. Il y a un cycle, explique-t-il : « Oh mon Dieu, oh mon Dieu, on a fait une erreur » suivi d’un moment où ils se rassoient, réfléchissent, trouvent une solution, puis réparent. C’est, je suppose, la « folie » de posséder un château. Aucun châtelain n’a un parcours facile, il faut se le dire.Et ce doute, il n’est pas seulement le leur. Michèle Garneau, la maman, avoue avoir eu une « tempête intérieure ». Son plus grand souci, ce n’est pas l’argent, mais un pur souci de mère : « s’épuiseront-ils physiquement? » C’est une préoccupation très humaine devant l’ampleur de la tâche, d’autant plus que le projet s’étend sur 780 mètres carrés. C’est beaucoup de peinture écaillée et de plafonds à consolider.
Sauvegarder le patrimoine, une responsabilité historique
L’ambition du couple est claire : transformer ce lieu pour y organiser des banquets de mariage d’ici l’été 2027. Ce projet est salué par ceux qui connaissent le mieux les enjeux du patrimoine en France.Olivier de Lorgeril, président de La Demeure historique (qui représente 3000 propriétaires de monuments), est direct : pour se lancer là-dedans, il faut être « passionné… ou fou. Et, quand on est fou et passionné, ça fonctionne », plaisante-t-il. Il met toutefois en garde sur la réalité du marché : il y a environ 1500 châteaux à vendre en France, presque le double d’il y a dix ans. C’est un contexte qui « fait tellement peur ».Pour M. de Lorgeril, ces projets dépassent l’intérêt personnel. Les coûts d’entretien sont astronomiques pour des bâtisses de cette taille. Mais il souligne que nous ne sommes que des « détenteurs précaires » de ces monuments, que nous empruntons à nos aïeux pour les léguer aux générations futures. C’est une vision noble et essentielle de l’Histoire, je trouve.
Soutien local et la vie sous les projecteurs des réseaux sociaux
Heureusement, l’accueil des Français est merveilleux, semble-t-il. À l’hôtel de ville de Val Fouzon, le maire, Philippe Jourdain, les a reçus à bras ouverts. Il a immédiatement senti que le projet de Damien et Thomas « sortait du cœur », et qu’il ne s’agissait pas d’une énième entreprise pharaonique. La population locale est visiblement ravie de voir le château remis en état.Pour financer ce projet d’envergure, Damien utilise les réseaux sociaux, documentant presque quotidiennement leurs aventures. Et le soutien ne vient pas que d’Internet : des bénévoles sont venus directement frapper à leur porte pour offrir de l’aide, un geste magnifique ! C’est très réconfortant, surtout quand on sait que tout n’est pas toujours facile. Thomas Garneau concède que les commentaires en ligne ne sont pas toujours positifs, notamment en tant que couple homosexuel s’installant à la campagne, mais ils ne les atteignent plus, grâce aux « beaux contacts avec des gens d’ici ».
Motivation profonde : la vie est trop courte pour la monotonie
Alors, qu’est-ce qui pousse deux Québécois à se lancer dans une telle aventure, loin de leur confort de Vancouver ? La raison est profondément personnelle. Thomas Garneau révèle que la perte de la mère de Damien à l’âge de 60 ans, emportée par un cancer très agressif, a été un catalyseur. Cette tragédie leur a fait « beaucoup réfléchir à la vie ». Leur constat est simple et puissant : ils ne veulent pas que leur quotidien soit le même tous les jours. Pari réussi, car Thomas et Damien sont formels : aucune de leurs journées n’est identique depuis qu’ils se sont lancés corps et âme dans ce château.Ils sont d’ailleurs un duo bien équilibré. Quand on leur demande qui est le plus « fou », Thomas estime que Damien est le visionnaire, le rêveur, celui qui se projette trois ou quatre ans en avant. Lui, Thomas, se décrit comme le pragmatique, celui qui va « créer un fichier Excel » et budgéter. C’est Monsieur Excel et le Rêveur, travaillant main dans la main !
Le pari de l’amour et de l’ambition
Chose certaine, ce projet est un véritable acte d’amour et d’ambition. Chaque jour, malgré la peinture écaillée et les travaux majeurs à refaire (on parle bien de toute la plomberie et l’électricité !), le rêve prend forme. L’objectif est fixé : accueillir les premiers mariages en juillet 2027. C’est bientôt, finalement, vu l’état initial des lieux.La visite de Michèle Garneau, bien que source de quelques doutes initiaux, s’est terminée par un sentiment de sérénité. Elle va suivre leurs péripéties à distance via les réseaux sociaux, mais elle est rassurée. Elle le dit elle-même : elle constate « l’importance des travaux, la durée, les efforts », mais c’est un rêve qu’ils veulent réaliser. C’est, sans aucun doute, un magnifique et très inspirant projet de vie, n’est-ce pas ?
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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