Soudan : un conflit dévastateur pris dans le sac de nœuds de la géopolitique régionale

Soudan : un conflit dévastateur pris dans le sac de nœuds de la géopolitique régionale credit : lemorning.ca (image IA)

Le fardeau des intérêts étrangers sur le soudan dévasté

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La situation au Soudan est, disons-le franchement, un cauchemar humanitaire. Après deux ans et demi de guerre entre l’armée et les forces paramilitaires, ce pays, pourtant si riche en or et en terres fertiles, est ravagé. Les récits d’exactions se multiplient, et les appels de l’ONU à stopper l’ingérence extérieure, à respecter cet embargo sur les armes… eh bien, ils sont restés lettre morte. C’est désolant.

Devant ce chaos, le président américain Donald Trump a récemment annoncé vouloir s’impliquer, soi-disant pour mettre fin aux hostilités. Mais il avait lui-même qualifié la situation de « dingue et hors de contrôle » sur son réseau Truth social. Ce qui est certain, c’est que toute tentative de paix devra naviguer dans un écheveau incroyablement complexe, tiré par des intérêts économiques et des rivalités régionales qui dépassent largement les frontières soudanaises.

Les deux généraux : d’alliés putschistes à ennemis jurés

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Pour comprendre qui se bat contre qui, il faut remonter un peu. Le conflit oppose deux factions militaires dirigées par d’anciens alliés : le général Abdel Fattah al-Burhane, qui commande l’armée régulière, et Mohamed Daglo, chef des Forces de soutien rapide (FSR).

En 2021, ce duo de militaires avait orchestré un putsch, écartant les civils du pouvoir, après l’éviction d’Omar el-Béchir. Mais les choses se sont gâtées. En avril 2023, la guerre de pouvoir fratricide a éclaté. Depuis, on compte des dizaines de milliers de morts et des millions de déplacés.

Le détail crucial, c’est l’histoire des FSR. Elles sont les héritières directes des Janjawid, cette milice arabe tristement célèbre pour les massacres de masse perpétrés au Darfour dans les années 2000. Aujourd’hui, politiquement, l’armée a son gouvernement pro-militaire à Port-Soudan, sur la mer Rouge, tandis que les FSR ont une administration parallèle rivale établie à Nyala, capitale du Darfour-Sud. C’est une scission totale, n’est-ce pas?

L’arabie saoudite et l’égypte : des médiateurs aux intérêts vitaux

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Si Trump a pris la peine de regarder le Soudan, c’est sur l’intervention, figurez-vous, du prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane (MBS). L’Arabie saoudite joue un rôle ambigu. Ryad a soutenu les militaires soudanais après la destitution de Béchir en 2019, et a injecté des milliards de dollars dans la région. Ils veulent donc absolument préserver la stabilité, même s’ils se présentent comme médiateurs.

Ryad est membre du groupe de médiation appelé le « Quad », avec les États-Unis, l’Égypte et les Émirats arabes unis. Mais que cherche l’Égypte, le grand voisin du Soudan ? Pour le Caire, le général Al-Burhane est un chef d’État légitime, un partenaire fiable capable de maintenir l’ordre à sa frontière poreuse. Surtout, ils veulent protéger leurs intérêts liés à l’eau vitale du Nil. Les FSR ont beau accuser l’Égypte de soutenir directement l’armée, le pouvoir égyptien dément catégoriquement.

Les émirats arabes unis : un soutien militaire controversé aux fsr

Les Émirats arabes unis (EAU) sont l’acteur le plus pointé du doigt par l’armée régulière. L’accusation est lourde : les EAU fourniraient des armes, du carburant et même des mercenaires aux FSR. Ces livraisons passeraient par une série de pays voisins : le Tchad, la Libye, le Kenya ou la Somalie. C’est une véritable route des armes clandestine.

Abou Dhabi nie toute ingérence, évidemment. Cependant, de nombreux rapports internationaux et des enquêtes indépendantes semblent aligner des preuves contraires. Pourquoi risquer tout cela? Géopolitiquement, la monarchie du Golfe cherche à contrer l’influence de l’Arabie saoudite, ainsi que celle des alliés islamistes du camp Al-Burhane. Les Émirats ont énormément investi dans la région, et leurs motivations sont claires : ils ne veulent pas que leurs rivaux prennent le dessus.

L’ingérence des voisins africains et l’axe iran-turquie

Même les voisins africains du Soudan se retrouvent aspirés malgré eux dans ce tourbillon. Prenez la Libye : l’homme fort de l’est, Khalifa Haftar, est accusé d’avoir appuyé l’offensive des FSR dans la zone frontalière stratégique. On dit même qu’il fournirait armes et carburant pour le compte des Émirats. Drôle de neutralité!

Le Tchad, lui, est le premier pays d’accueil pour des centaines de milliers de réfugiés soudanais (plus de 237 000 au « Site improvisé » d’Adré). Le président tchadien, Mahamat Idriss Deby, bien qu’officiellement neutre, est accusé par l’armée soudanaise de servir de relais pour les livraisons émiraties aux FSR. Idem pour le Kenya, accusé de servir de transit pour ces équipements militaires.

Et comme si ce n’était pas assez, d’autres puissances s’en mêlent. L’Iran a rétabli ses relations diplomatiques avec Khartoum en octobre 2023. Les FSR ont aussitôt accusé Téhéran de fournir des drones à l’armée soudanaise. À l’inverse, la Turquie, grande rivale des Émirats, soutient l’armée régulière et lui aurait fourni des drones, selon des médias comme le Washington Post. C’est une vraie guerre d’influence à l’échelle mondiale, non?

L’impasse et la crise humanitaire qui s’aggrave

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Où en sommes-nous après ce tour d’horizon des acteurs? Dans une impasse totale. Les négociations pour un cessez-le-feu ne donnent rien, et comment pourraient-elles aboutir quand tant de mains étrangères tirent les ficelles en coulisses? Les pays qui jouent les médiateurs sont aussi ceux qui, directement ou indirectement, alimentent la machine de guerre. Les appels de l’ONU, qui exige une enquête sur les exactions à El-Fasher, soulignent l’urgence, mais l’ingérence est partout.

Le véritable drame, ce n’est pas la géopolitique, mais le destin du peuple soudanais. Trente millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire, selon les ONG. Le Soudan traverse actuellement la pire crise humanitaire de la planète. Il est évident que tant que ces intérêts extérieurs – l’or, le Nil, la rivalité régionale entre grandes puissances du Golfe – continueront de primer, les civils continueront de payer le prix de cette guerre fratricide. C’est ça, la triste réalité.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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