Soudan : un conflit dévastateur pris dans le sac de nœuds de la géopolitique régionale
Mathieu Gagnon - 2025-11-21 11:00
credit : lemorning.ca (image IA)
Le fardeau des intérêts étrangers sur le soudan dévasté

Devant ce chaos, le président américain Donald Trump a récemment annoncé vouloir s’impliquer, soi-disant pour mettre fin aux hostilités. Mais il avait lui-même qualifié la situation de « dingue et hors de contrôle » sur son réseau Truth social. Ce qui est certain, c’est que toute tentative de paix devra naviguer dans un écheveau incroyablement complexe, tiré par des intérêts économiques et des rivalités régionales qui dépassent largement les frontières soudanaises.
Les deux généraux : d’alliés putschistes à ennemis jurés

En 2021, ce duo de militaires avait orchestré un putsch, écartant les civils du pouvoir, après l’éviction d’Omar el-Béchir. Mais les choses se sont gâtées. En avril 2023, la guerre de pouvoir fratricide a éclaté. Depuis, on compte des dizaines de milliers de morts et des millions de déplacés.
Le détail crucial, c’est l’histoire des FSR. Elles sont les héritières directes des Janjawid, cette milice arabe tristement célèbre pour les massacres de masse perpétrés au Darfour dans les années 2000. Aujourd’hui, politiquement, l’armée a son gouvernement pro-militaire à Port-Soudan, sur la mer Rouge, tandis que les FSR ont une administration parallèle rivale établie à Nyala, capitale du Darfour-Sud. C’est une scission totale, n’est-ce pas?
L’arabie saoudite et l’égypte : des médiateurs aux intérêts vitaux

Ryad est membre du groupe de médiation appelé le « Quad », avec les États-Unis, l’Égypte et les Émirats arabes unis. Mais que cherche l’Égypte, le grand voisin du Soudan ? Pour le Caire, le général Al-Burhane est un chef d’État légitime, un partenaire fiable capable de maintenir l’ordre à sa frontière poreuse. Surtout, ils veulent protéger leurs intérêts liés à l’eau vitale du Nil. Les FSR ont beau accuser l’Égypte de soutenir directement l’armée, le pouvoir égyptien dément catégoriquement.
Les émirats arabes unis : un soutien militaire controversé aux fsr
Les Émirats arabes unis (EAU) sont l’acteur le plus pointé du doigt par l’armée régulière. L’accusation est lourde : les EAU fourniraient des armes, du carburant et même des mercenaires aux FSR. Ces livraisons passeraient par une série de pays voisins : le Tchad, la Libye, le Kenya ou la Somalie. C’est une véritable route des armes clandestine.
L’ingérence des voisins africains et l’axe iran-turquie
Le Tchad, lui, est le premier pays d’accueil pour des centaines de milliers de réfugiés soudanais (plus de 237 000 au « Site improvisé » d’Adré). Le président tchadien, Mahamat Idriss Deby, bien qu’officiellement neutre, est accusé par l’armée soudanaise de servir de relais pour les livraisons émiraties aux FSR. Idem pour le Kenya, accusé de servir de transit pour ces équipements militaires.
Et comme si ce n’était pas assez, d’autres puissances s’en mêlent. L’Iran a rétabli ses relations diplomatiques avec Khartoum en octobre 2023. Les FSR ont aussitôt accusé Téhéran de fournir des drones à l’armée soudanaise. À l’inverse, la Turquie, grande rivale des Émirats, soutient l’armée régulière et lui aurait fourni des drones, selon des médias comme le Washington Post. C’est une vraie guerre d’influence à l’échelle mondiale, non?
L’impasse et la crise humanitaire qui s’aggrave

Le véritable drame, ce n’est pas la géopolitique, mais le destin du peuple soudanais. Trente millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire, selon les ONG. Le Soudan traverse actuellement la pire crise humanitaire de la planète. Il est évident que tant que ces intérêts extérieurs – l’or, le Nil, la rivalité régionale entre grandes puissances du Golfe – continueront de primer, les civils continueront de payer le prix de cette guerre fratricide. C’est ça, la triste réalité.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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