Taïwan : l’arrêt du nucléaire alimente l’angoisse d’une crise énergétique face à la menace chinoise
Simon Kabbaj - 2025-11-20 11:33
credit : lemorning.ca (image IA)
Le dilemme taïwanais entre environnement et sécurité
Cet arrêt concrétise une promesse faite il y a presque une décennie par le parti du nouveau président, Lai Ching-te, à la suite, bien sûr, de l’accident terrible de Fukushima en 2013. Mais l’euphorie antinucléaire d’autrefois cède aujourd’hui la place à une inquiétude tenace. La question est simple, mais vitale : l’île est-elle en train de sacrifier sa sécurité énergétique dans un contexte où la Chine n’a jamais semblé aussi menaçante?
La fin d’une ère et le vide énergétique

Sauf qu’entre une promesse politique et la dure réalité de l’approvisionnement, il y a souvent un fossé immense. La disparition de cette source, même minoritaire, ravive de vives craintes concernant la fiabilité de l’approvisionnement, et surtout, l’autonomie de l’île. C’est ça, le vrai cœur du problème.
Le revirement des anciens militants antinucléaires

C’est une confession plutôt honnête, je trouve. Il demande carrément que Taïwan conserve cette source d’énergie, réalisant que le rêve vert n’a pas encore remplacé l’ancienne infrastructure. Ce changement d’avis d’un militant historique, ça, ça en dit long sur l’urgence perçue de la situation.
La dépendance persistante aux énergies fossiles

Pendant ce temps, la demande explose. Taïwan est un leader mondial, un géant dans les domaines des semi-conducteurs et de l’intelligence artificielle — deux secteurs terriblement énergivores. Conséquence directe : l’île reste ultra-dépendante des énergies fossiles importées, que ce soit le charbon, le pétrole ou le gaz naturel liquéfié. Et c’est là que le talon d’Achille apparaît.
Le spectre du blocus chinois et la sécurité nationale
Yu Shih-Ching, le maire du comté de Henchuen, là où se trouve la centrale Maanshan, est très clair. Il ne mâche pas ses mots : « En cas de guerre et de blocus chinois, nous n’aurions que quelques semaines de réserves. Ce serait une crise énergétique et de sécurité nationale majeure. » C’est une perspective effrayante, qui rend le débat nucléaire bien plus qu’une simple question de politique climatique. C’est une question de survie.
Les centrales nucléaires, cibles de guerre?

Il rappelle l’exemple de la guerre en Ukraine : si la guerre éclate, ces centrales deviennent d’énormes cibles potentielles. Et puis, n’oublions pas une chose fondamentale : le carburant nucléaire doit aussi être importé. Du coup, si l’on est bloqué par un blocus, le nucléaire ne résout pas, au fond, le problème de l’indépendance énergétique. C’est une divergence d’opinion profonde, et je suppose que les deux camps ont raison sur certains points. C’est vraiment une impasse difficile à trancher.
L’héritage radioactif de l’île des Orchidées

Ironiquement, Syaman Rapongan, l’écrivain et pionnier de la lutte antinucléaire des années 1980, a aujourd’hui une position plus nuancée. Il a transmis le flambeau aux jeunes générations et se dit désormais « favorable à un usage mesuré du nucléaire », mais insiste sur le besoin de faire progresser la recherche sur la gestion des déchets. En même temps, l’appui public au nucléaire est en croissance, comme l’a montré le référendum de l’été dernier : 74,1 % ont voté pour le redémarrage de Maanshan, même si la faible participation a rendu le résultat non valide.
Vers une réouverture du débat?
Fait notable, en mai dernier, les États-Unis se sont impliqués. Raymond Greene, le directeur de l’ambassade américaine de facto, a même déclaré que Washington était prêt à offrir son aide pour la gestion des déchets nucléaires. L’intervention américaine montre bien que, pour Taïwan, l’énergie n’est plus seulement une affaire intérieure, mais une pièce essentielle de l’échiquier géopolitique asiatique.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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