L’onde de choc d’une photo truquée par l’intelligence artificielle
credit : lemorning.ca (image IA)C’est un dossier qui fait réfléchir, et je dirais même qui fait mal, surtout quand on parle de nos jeunes. Les parents d’une adolescente de 14 ans, que nous appellerons Sarah pour protéger son identité, sont complètement bouleversés. Ils dénoncent sans détour les ratés monumentaux du Collège Saint-Hilaire, une école secondaire privée sur la Rive-Sud de Montréal, après que leur fille a été victime de violence sexuelle par cyberintimidation. Imaginez : quelqu’un a utilisé l’intelligence artificielle (IA) pour fabriquer une photo d’elle, entièrement nue, et l’a partagée dans un groupe privé sur Snapchat. C’est arrivé en mai dernier, la victime n’avait que 13 ans.Ces manquements, qui sont tout de même très graves, ont été confirmés par un rapport d’enquête déposé le 7 octobre 2025. C’est Caroline Gervais, la protectrice régionale de l’élève, mandatée par le Protecteur national, qui a fait la lumière sur cette histoire.
Refus de sanctionner et la lourdeur du processus policier
Dès que la technicienne en éducation spécialisée a découvert l’horreur, l’école a prévenu les parents et la police (Régie intermunicipale de police Richelieu Saint-Laurent). Le corps dans la photo ne correspondait pas à la jeune fille, confirmant l’usage de l’IA. C’est de la création d’images explicites, il faut le dire franchement.L’élève fautif est rapidement identifié. Et là, ça se corse. Les parents, sous le choc, demandent l’expulsion immédiate. Mais le Collège, non. La mère de Sarah a d’ailleurs déploré un double standard : « On parle ici d’une direction générale capable d’expulser un élève pour de mauvais résultats scolaires. Mais pour un cas de cyberintimidation envers notre fille qui avait 13 ans, aucune sanction n’a été envisagée. C’est inacceptable. »Le Collège s’est référé à la Fédération des établissements d’enseignement privés du Québec (FEEP), qui recommande la prudence avant de sanctionner tant que les faits ne sont pas clairement établis. Le hic, c’est que l’enquête policière prend des mois! Le dossier n’a été transmis au DPCP pour d’éventuelles accusations qu’en novembre. Pendant tout ce temps, tenez-vous bien, Sarah a été contrainte de côtoyer l’élève identifié à l’école, sans aucune mesure appropriée pour la protéger. Ça, ça n’a pas de bon sens.
Le piège de l’enquête policière : une fausse excuse pour l’inaction
Face à cette lenteur et à cette apparente indifférence, les parents ont porté plainte au Protecteur national de l’élève. Et les conclusions de la protectrice régionale, Caroline Gervais, sont sans appel.Le Collège Saint-Hilaire avait le devoir d’agir, peu importe l’avancement de l’enquête criminelle. Mme Gervais insiste sur un point fondamental, que je cite :
[…] une enquête policière ne relève pas l’établissement scolaire de ses obligations. Son rôle ne consiste pas à prouver la culpabilité de l’élève mis en cause, mais d’assurer la gestion de la situation, afin d’offrir un milieu sain et sécuritaire à tous ses élèves, exempt d’intimidation ou de violence.
L’établissement avait l’identité de l’élève dès août 2025 et se devait d’intervenir sans délai. Ils avaient leur propre plan de lutte et leur code de vie. Pourquoi ne pas les avoir appliqués? La directrice générale du Collège, elle, se défend en affirmant avoir rencontré « toutes les parties concernées », mais maintient qu’elle attendra les conclusions de la police. Le père de Sarah, lui, n’y croit pas, affirmant que le Collège n’aurait jamais rencontré les parents de l’élève mis en cause sans l’intervention de la protectrice.
Une victime isolée et des droits non respectés
credit : lemorning.ca (image IA)Au-delà du refus de sanctionner l’élève responsable (du moins, présumé responsable), le rapport d’enquête met en lumière d’autres manquements sidérants qui ont directement affecté Sarah.
Premièrement, le signalement à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ) et l’envoi d’un rapport au Protecteur national de l’élève, pourtant obligatoires dès les événements survenus au printemps, ont été retardés. La DPJ n’a été avertie que le 12 septembre, soit à la rentrée scolaire. C’est la plainte des parents, et non l’école, qui a finalement informé le Protecteur national.
Deuxièmement, la direction n’a pas traité la situation avec la diligence requise, même quand Sarah a manifesté sa détresse psychologique et son malaise à croiser son agresseur allégué.
La protectrice régionale a été très claire : le bien-être et la sécurité de Sarah devaient être au centre des préoccupations. Et surtout, elle a précisé que la victime, celle qui a subi le geste, ne devait pas être celle à qui l’on imposait des mesures d’encadrement ou des contraintes, ce qui semblait être le cas.
L’oubli inacceptable du programme d’aide juridique ‘Rebâtir’
credit : lemorning.ca (image IA)Si cela ne suffisait pas, le Collège Saint-Hilaire a omis une autre obligation légale qui aurait pu aider Sarah et ses parents. On parle ici de l’obligation d’informer la victime et sa famille qu’ils avaient droit à des conseils juridiques gratuits. C’est le programme Rebâtir, qui est offert par la Commission des services juridiques.Le père de Sarah raconte qu’ils ont dû « consulter des avocats pour comprendre [leurs] droits », alors que cette aide aurait dû leur être proposée d’emblée par l’établissement. C’est une négligence qui s’ajoute à la liste des critiques émises par le rapport de la protectrice Caroline Gervais, et qui montre un cruel manque de soutien aux victimes.
La ministre LeBel rappelle les responsabilités des établissements
Interrogé sur le dossier, le cabinet de la ministre de l’Éducation, Sonia LeBel, a choisi de ne pas commenter les détails pour respecter la confidentialité des élèves. Cependant, la ministre a profité de l’occasion pour faire une piqûre de rappel, adressée à tous les établissements, qu’ils soient privés ou publics.Son cabinet a rappelé que « les milieux scolaires doivent assumer pleinement leurs responsabilités pour contrer la violence et l’intimidation. » L’existence même du Protecteur national de l’élève est là pour ça, pour assurer que les directions d’établissement font tout le nécessaire, tout simplement, pour appliquer les recommandations qui leur sont faites et garantir un environnement sécuritaire. C’est un message clair : l’attente des conclusions d’une enquête criminelle ne justifie pas le fait de laisser une victime en danger.
Le poids de la négligence dans l’ère numérique
Ce rapport sur le Collège Saint-Hilaire est un signal d’alarme important. Il nous montre, en plein 2025, à quel point l’utilisation de l’intelligence artificielle pour le cyberharcèlement à caractère sexuel est une réalité à laquelle les écoles ne sont, semble-t-il, pas toujours préparées à faire face. C’est plus qu’une simple question de technologie, c’est une question de devoir de protection.Les conclusions de la protectrice régionale, qui a trouvé les allégations des parents fondées, soulignent que l’établissement a échoué à intervenir sans délai, à signaler la situation à la DPJ en temps et heure, et à soutenir adéquatement Sarah en omettant, par exemple, de l’informer du programme d’aide juridique Rebâtir. L’école a confondu son rôle de gestionnaire du milieu de vie avec celui de juge. Espérons que cette affaire serve d’exemple pour tous les établissements, afin que la sécurité des élèves ne soit plus jamais subordonnée à la lenteur des procédures judiciaires.