Marie-Dominique Billequey : quand enseigner le français devient une affaire punk rock
Adam David - 2025-11-18 08:18
credit : lemorning.ca (image IA)
La professeure qu’il faut avoir, coûte que coûte

Micheal s’est dit : « Yes! » au premier cours. Évidemment, c’est une légende, cette prof. Mais attendez un peu. Le jeune homme, qui déteste l’écriture depuis toujours (il voyait ça comme « une prison », dit-il), a rapidement déchanté. La prof aux cheveux rouges n’a pas perdu de temps, elle a commencé direct avec un exercice d’écriture. J’imagine la tête de Micheal : « Hein? Quoi? » C’est souvent comme ça que les meilleures histoires commencent, non? Quand on est mis au défi.
Les deux minutes de la haine, version 5e secondaire

Marido a transformé sa classe en zone de défoulement cathartique. « On s’est assis en dessous du bureau, avec nos chaises dessus, et on a écrit, » se remémore Micheal. Elle appelle ça les « deux minutes de la haine », un clin d’œil direct au livre. Pour bien mettre les élèves dans une « position inconfortable »—et c’est là que ça devient génial, je suppose—elle fait jouer du gros heavy métal, le genre qui vous secoue les tripes. Et pour les trente dernières secondes? Le stroboscope! Le but avoué? Défouler la rage. Et visiblement, ça a marché. Ce n’est pas rien, de faire aimer l’écriture à un gars qui préférait largement le sport à la littérature.
Micheal, aujourd’hui étudiant en sciences de la nature, admet que l’écriture, « ce n’est pas juste sur des sujets ennuyeux ». C’est une victoire, ça.
L’art de déranger : la bibliothèque qui bouscule les codes

Dans la petite bibliothèque, Marido a clairement une préférence pour les ouvrages qui ont eu, ou qui ont toujours, le chic de déranger. On y trouve Les nuits révolutionnaires, mais aussi Le grand cahier, ou encore Les choses de l’amour à marde. C’est un joyeux bordel littéraire, en somme. Un endroit où les règles sont faites pour être questionnées. D’ailleurs, une affiche capte l’attention, une vraie devise, écrite en capitales : « CHANGE LE MONDE AVEC TES MOTS. »
Crier La Fontaine face au mur pour vaincre le classicisme

Une élève, Frédérick Tremblay, se lève pour le premier exposé oral. Elle ne va pas à l’avant. Non, elle se dirige vers l’arrière, face au mur. Son devoir? Crier une fable de La Fontaine apprise par cœur. Le plus fort possible. Pendant ce temps, les autres élèves sont invités à réaliser leur « plus grand rêve » : dormir sur leur bureau. Marido, elle, ouvre la porte et sort dans le corridor. Plus elle s’éloigne, meilleures sont les notes. Elle veut démontrer l’absurdité des règles rigides d’antan, et surtout, permettre aux élèves de prendre confiance en leur voix.
Frédérick avoue que « ça me faisait peur de crier », mais Paul Brazeau, dont la voix a dû résonner loin, a trouvé cette formule bien meilleure qu’un oral classique. C’est là qu’on passe au romantisme, où l’on se rebelle, où l’on veut « faire sortir le feu de notre cœur, même si ça dérange ».
Littérature et autres Niaiseries : le cabaret punk de Sherbrooke
« Moi, je sens que je ne suis pas le public cible dans les soirées de poésie. Je n’aime pas ça, me taire. Le silence, ça me rend inconfortable. » C’est une vision tellement humaine, ça, n’est-ce pas? Ces soirées, qui se déroulent notamment à La Petite Boîte Noire, sont tout sauf silencieuses. Le public est « bigarré », on dirait même indomptable. On y voit de tout : la jeune prodige du krump Adeline Kerry Cruz, le rappeur KNLO défilant la liste des ingrédients des bonbons d’Halloween, ou un humoriste qui se fait huer gentiment. Ce n’est jamais plate, selon le chroniqueur Félix Morin. Tout est possible.
Dominic Tardif, journaliste culturel, insiste : Marido veut que ça soit « le fun » et qu’il y ait un côté « punk rock » indéniable. Elle a montré, avec sa bande, que la littérature pouvait exister en dehors des grands centres. C’est inspirant.
Sortir la littérature du cadre scolaire grâce aux rencontres

Ils attendaient une vingtaine d’élèves du secondaire. C’était sous-estimer l’engouement, bien sûr. Trente jeunes ont fait le déplacement jusqu’au Séminaire de Sherbrooke, curieux, même ceux qui n’étaient pas « sûrs de leur rapport à l’écriture ». L’environnement change, devient vaste et lumineux. Après la présentation du poète musicien, place à l’atelier de création. Certains s’isolent, d’autres restent aux tables. L’idée, c’est que le plaisir ne s’éloigne jamais trop du travail, comme le dit Akena Okoko lui-même.
Le micro ouvert, exercice par définition intimidant, a été un tel succès qu’il manquait de temps! Même les élèves du secondaire, que Marido qualifie d’« en feu », ont osé lire à voix haute ce qu’ils venaient d’écrire. Ça, c’est la preuve que l’approche non traditionnelle fonctionne.
La fée ambulante et l’éclatement par l’écriture

Mikella Boulanger, une ancienne élève devenue performeuse, compare Marido à une « fée ambulante », quelqu’un qui a une influence marquante sur la destinée. Mikella, à 20 ans, se souvient qu’elle avait été associée à la poète trash Josée Yvon par Marido, un moment qui lui a donné le goût de la scène. Son pseudonyme en classe était « Aurore boréale ». À la fin de l’année, quand elle s’est révélée, c’était un moment indélébile.
Grâce à la possibilité d’écrire librement sous un pseudonyme, les élèves, comme Mikella, se donnent aujourd’hui le droit d’écrire et de « faire de la poésie » pour s’éclater, tout en restant « chirurgicale » dans l’analyse. Les mots, qu’ils soient criés ou chuchotés, sont puissants.
L’héritage d’une professeure passionnée
Son succès à Sherbrooke, avec les soirées Littérature et autres Niaiseries, est un témoignage éclatant du fait que la culture peut prospérer hors des grands centres, à condition d’avoir l’audace de la rendre punk rock et inclusive. Et c’est peut-être cela, son plus grand legs : apprendre à ses élèves non seulement à écrire, mais surtout à se saisir du pouvoir de leur propre voix, quitte à déranger l’ordre établi.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.