Ah, le revoilà ! C’est presque comme si le temps n’avait pas d’emprise sur lui, n’est-ce pas ? Le grand Sir Paul McCartney, l’ex-Beatle, fait un retour très attendu au Canada avec sa tournée « Got Back ». Il se produit deux soirs consécutifs au Centre Bell de Montréal, ce lundi et ce mardi, avant de filer vers Hamilton en Ontario. Évidemment, même à 83 ans, l’engouement est toujours là. Il faut dire que pour des milliers de personnes, il ne s’agit pas juste d’un concert, mais d’un véritable pèlerinage. Prenons l’exemple de Jonathan Lemire, un admirateur qui s’apprête à vivre cette expérience deux fois de suite ici, à Montréal. Pour lui, comme pour bien d’autres, c’est plus qu’une passion, c’est une obsession magnifique.
L’héritage matérialisé : une collection qui raconte une vie
Jonathan Lemire, cet homme de Saint-Joseph-du-Lac, est l’incarnation même du fan inconditionnel de Macca et des Beatles. Vous savez, c’est le genre de personne qui ne jette rien, qui garde tout, car chaque objet est une relique. Historien de formation, ambulancier paramédical dans la vie, il a transformé l’îlot de sa cuisine en un sanctuaire dédié à son idole. On parle d’une accumulation impressionnante : des vinyles rares, le fameux coffret Revolver, des biographies complètes, sans oublier Get Back et l’anthologie des Beatles.Mais ce n’est pas tout. Il avoue avoir des piles et des piles de coupures de journaux. « Je n’ai mis que quelques coupures que j’ai accumulées depuis que je suis adolescent », explique-t-il, un peu comme si cette collection était une partie intégrante de son histoire personnelle. C’est fou de voir à quel point la musique peut créer un tel lien émotionnel et physique, n’est-ce pas ?
L’autographe gravé dans la peau : la signature comme fantasme ultime
Parmi les trésors qu’il garde précieusement, il y a un objet qui surpasse peut-être les autres en valeur sentimentale, même s’il l’a acheté. Il s’agit du programme d’une vieille pièce de théâtre, autographié par Paul McCartney il y a plus de 40 ans, acquis auprès d’un collectionneur. C’est le genre d’objet qui nous fait rêver !Mais pour Jonathan, le geste n’était pas assez fort. Son « plus grand fantasme à vie », ce serait de le rencontrer, juste une poignée de main, une photo. À défaut d’avoir pu réaliser ce rêve, il a trouvé une solution radicale, une preuve d’amour indélébile. En montrant son avant-bras gauche, il révèle qu’il s’est fait tatouer l’autographe de son idole. Il y a une certaine poésie là-dedans, graver la trace d’une légende sur son propre corps. C’est la passion poussée à l’extrême, je suppose.
Le prix de la passion : 17 000 dollars pour un rêve brisé?
Assister à ses concerts, c’est une priorité absolue pour Jonathan. Il va même jusqu’à traverser l’océan, comme l’an dernier à Paris (le 5 juin 2024, il était là !) avec une de ses filles. Il conserve d’ailleurs son billet VIP encadré, un souvenir d’un parterre de « maudits bons billets » qui incluait le test de son. On sent l’excitation !Ce sera bientôt son 12e et son 13e spectacle, car oui, il a pris des billets pour les deux soirs montréalais. Son grand projet, c’était d’y aller en première rangée avec ses deux filles. Sauf que là, l’aspect humain et frustrant de la gestion dynamique des prix est entré en jeu. « Ça n’a aucun sens! » s’exclame-t-il. Pour les trois billets en première rangée, on parlait de 17 000 dollars. Dix-sept mille ! Qui peut se permettre ça, franchement ?
Heureusement, il a fait preuve de bon sens financier. Il sera finalement à la 11e rangée, des places tout de même à 1 500 dollars chacune au lieu des 5 200 demandés initialement. C’est quand même une sacrée somme, mais cela prouve que même la passion a ses limites budgétaires.
Un show généreux, malgré les 83 ans du ‘dernier ambassadeur’
Malgré les prix et l’âge vénérable de l’artiste, Jonathan soutient que l’expérience en vaut la peine, d’autant plus qu’à 83 ans, ce pourrait bien être la dernière fois. Et puis, il faut reconnaître que Macca est généreux : « Il donne un maudit bon show ! 2 heures 45 sans arrêt ! »Certains observateurs notent, et c’est vrai, qu’il ne peut plus « pousser la note » comme à ses débuts. Mais cela importe peu, car on va voir une légende qui perpétue l’héritage des Beatles. L’émotion prend le dessus sur la performance pure. À Paris, par exemple, le moment où il a joué au piano Now and Then, la dernière chanson des Beatles, avec des images d’archives… Époustouflant. Ce fut un moment d’intense émotion pour lui et sa fille, un souvenir indélébile. Mais s’il y a un spectacle qu’il retient plus que tout, c’est celui de 2008 à Québec, sur les plaines d’Abraham pour le 400e : un moment magique, avec des gens partout.
De génération en génération : le vinyle des beatles fait le pont
credit : lemorning.ca (image IA)Ce lien ne s’arrête pas aux collectionneurs. Pascal Miller, propriétaire du Disquaire Général Nostalgie à Repentigny, confirme l’incroyable demande autour des Beatles et de Paul McCartney. Il reçoit des collections entières, incluant des 45 tours, des livres, des macarons… et les disques partent comme des petits pains, surtout les versions rares, les disques pressés au Japon dont le son serait « meilleur », paraît-il.Ce qui est fascinant, c’est que les acheteurs ne sont pas seulement des nostalgiques. Non, pas du tout ! « Je te dirais que c’est tout le monde, » affirme Pascal Miller. « Il y a des ados qui viennent avec leurs parents et ils disent : ‘Je veux les Beatles, je veux du Paul McCartney!’ » McCartney, c’est celui qui, selon lui, fait le lien parfait entre la musique rétro et les goûts plus modernes. C’est vraiment le « dernier ambassadeur de la musique rock », un homme « irremplaçable ».
Le « groove » et l’importance de l’époque
David Brackett, professeur de musicologie à l’Université McGill, apporte un éclairage plus académique. Pour lui, McCartney, c’est d’abord un auteur-compositeur, un chanteur et un bassiste exceptionnel. Bien sûr, sa carrière solo et avec les Wings est notable, mais tout repose sur les bases posées par les Beatles. Les jeunes d’aujourd’hui l’apprécient surtout grâce à ces enregistrements des années 1960 et 1970, ce qui est assez révélateur de la qualité de cette musique.Ce qui impressionne le plus ce professeur — qui a d’ailleurs vu McCartney en 2018 avec son fils — c’est la fraîcheur intemporelle des mélodies, la joie qu’elles procurent, la complicité… ce fameux « groove ». Pour ses propres étudiants, il précise, la musique populaire commence tout simplement avec les Beatles ! Comme si rien n’avait existé avant. C’est la preuve que cette musique a servi de modèle pour tout ce qui a suivi.
Enfin, il rappelle que les Beatles étaient indissociables de leur époque. Les années 1960, c’étaient des changements sociaux majeurs (Révolution tranquille, droits civiques). Les jeunes voulaient du nouveau, et les Beatles le leur ont donné. Aujourd’hui, on perçoit cette décennie comme une période « magique », une chose qui nous manque peut-être un peu.
Le mot « love » comme trame sonore
credit : lemorning.ca (image IA)En fin de compte, pourquoi cet engouement universel qui traverse les âges et les générations ? Jonathan Lemire le résume en un mot, le plus simple de tous : « love ». L’amour, c’est le mot qui encapsule le mieux les Beatles, leur parcours, et ce qui les rend si universels. C’est sûrement celui qu’ils ont le plus chanté. Et c’est un message qui résonne encore fortement, même dans un monde saturé d’informations et de bruit.Paul McCartney donne l’impression d’être immortel, mais il a 83 ans. Le jour où il ne sera plus là… ce sera une immense perte, c’est certain. L’admirateur Jonathan Lemire a déjà pris sa décision, une décision digne d’une passion absolue : « Je pense bien que je vais aller à Londres pour ses funérailles. C’est pas mal sûr, parce qu’il est un peu comme la trame sonore de ma vie. » C’est ça, la musique de McCartney : elle n’est pas qu’une mélodie, elle est le fil conducteur de nos propres existences.