La préférence locale : quand un maire hongrois choisit ses voisins, et pourquoi

La préférence locale : quand un maire hongrois choisit ses voisins, et pourquoi credit : lemorning.ca (image IA)

Pilis, la petite ville où l’on filtre les arrivants

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Imaginez que pour déménager dans une ville tranquille, il faille d’abord passer un entretien avec le maire. Absurde, n’est-ce pas ? Pourtant, c’est exactement ce qui se passe à Pilis, une petite municipalité hongroise d’environ 12 000 âmes, située à une cinquantaine de kilomètres de Budapest. Sous l’impulsion du Premier ministre Viktor Orban, le concept de « préférence locale » y a été mis en œuvre d’une manière assez radicale. Le maire, Attila Laszlo, et son conseil municipal ont décidé qu’ils avaient le droit de sélectionner, noir sur blanc, qui est jugé digne de s’installer chez eux.C’est une histoire fascinante, mais aussi dérangeante. Comment peut-on légalement choisir ses concitoyens ? Et surtout, quels critères sont utilisés pour définir la « normalité » souhaitée ? Nous avons enquêté sur ce règlement qui soulève bien des questions, notamment concernant la discrimination, même si les partisans du maire trouvent ça tout à fait… normal.

Attila Laszlo : le roi des huns modernes

Dès qu’on entre dans son grand bureau, le ton est donné. Attila Laszlo, homme à la vaste carrure, a placé derrière lui le portrait d’un autre Attila, celui qui fut le célèbre roi des Huns au 4e siècle, le « fléau de Dieu ». Le maire se décrit lui-même comme l’équivalent moderne de cette figure historique, mais en version positive, bien sûr. Sa mission, selon lui ? « Moi, ici, j’unifie la population de Pilis. »Ce désir d’unification passe par un contrôle strict. Mais, avouons-le, on se demande si le parallèle historique n’est pas un peu excessif, hein. C’est tout de même une petite ville tranquille. Mais pour lui, c’est sérieux : il veut assurer l’ordre et la cohésion. Et c’est là que le fameux nouveau règlement entre en jeu, exigeant de tout postulant qu’il respecte une liste impressionnante de conditions pour avoir le feu vert.

Les critères officiels pour être accepté

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Alors, que faut-il pour devenir résident de Pilis ? Ce n’est pas une mince affaire. Le règlement exige plusieurs conditions cumulatives, qui visent clairement à garantir une certaine stabilité financière et morale. Il faut notamment présenter un casier judiciaire parfaitement vierge. Mais ce n’est pas tout.Les candidats doivent prouver qu’ils bénéficient de la sécurité sociale depuis plus d’un an, et surtout, qu’ils occupent un emploi rémunéré au moins au salaire minimum mensuel. Si vous êtes dirigeant d’entreprise, attention, vous ne devez avoir aucune dette. Enfin… non, attends… le critère qui met tout le monde d’accord : il faut absolument parler hongrois. C’est la culture, c’est la base, paraît-il. Une fois tous ces papiers soumis, qui a le dernier mot ? Le maire, bien évidemment. C’est son rôle de juge suprême de la « normalité ».

Une ‘normalité’ à géométrie variable

La situation devient un peu… confuse quand on aborde la question des passe-droits. Malgré tous ces critères rigides, le maire Laszlo a reconnu qu’il peut faire des exceptions. Par exemple, si « un gentil monsieur canadien » souhaitait s’installer, même s’il ne parle pas un mot de hongrois, il serait probablement accepté. Pourquoi ? Parce qu’il fait partie de ce qu’il appelle la « normalité ».Mais alors, la question se pose : où se situe la limite ? Lorsqu’on lui a demandé s’il accepterait l’ancien président américain Donald Trump – qui a été condamné dans l’affaire Stormy Daniels – le maire a balayé l’historique criminel du revers de la main. Il a simplement rappelé que le peuple américain lui avait accordé sa confiance. On voit donc que la définition du casier judiciaire vierge est flexible, pourvu que la personne corresponde à l’image que le maire se fait de quelqu’un de « normal ».

Les courtiers immobiliers s’adaptent, et les prix montent

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Il faut reconnaître une chose : le règlement a eu des effets pratiques immédiats. Depuis son entrée en vigueur, une trentaine de nouveaux résidents ont été acceptés. Une condition supplémentaire a cependant fait tiquer certains professionnels : la municipalité examine désormais tous les projets de contrats de vente immobilière avant qu’ils ne soient finalisés. C’est un contrôle assez lourd, même pour une petite ville.Pourtant, Timea Miko-Thot, courtière en immobilier, qui était sceptique au départ, a changé d’avis. Elle affirme que si elle explique le processus à ses clients, ils trouvent ça « tout à fait normal ». Et pour l’affaire, ça a été bon pour le commerce ! Elle nous confie que Pilis était autrefois vue comme « un endroit invivable », mais que le choix du maire a eu son importance, et les prix des maisons ont augmenté. Bref, ce qui pourrait freiner certains acheteurs, en attire d’autres, convaincus que la ville est désormais mieux gérée.

La population favorable… sauf exception

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L’opinion publique à Pilis semble largement soutenir les mesures. À la pharmacie du village, la propriétaire nous dit simplement qu’en allant quelque part, il faut accepter les règles locales et les respecter. C’est une question de bon sens, selon elle. Les gens ne devraient pas pouvoir faire ce qu’ils veulent, n’est-ce pas ?Cependant, tout le monde n’est pas aussi enthousiaste. Christina, une jeune maman croisée au parc, a avoué qu’elle trouverait « un peu exagéré » qu’on lui impose un entretien si elle devait déménager. C’est une réaction humaine, après tout, qui aime se sentir jugé ? Mais l’oncle sortant du supermarché est catégorique : il soutient le maire à 100 %. Il veut se débarrasser des « criminels et autres individus incapables de vivre normalement » qui, selon lui, « empoisonnent la vie des gens ».

Le véritable objectif : le peuple Rom

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Il est difficile de ne pas voir que derrière cette quête de la « normalité », il y a une cible bien précise. La raison principale de ce règlement, c’est la présence significative du peuple Rom – ces gens du voyage, souvent sédentarisés, qui se sont installés aux abords de la ville. Pour Attila Laszlo, cette communauté a causé « un ensemble de problèmes assez graves ».Le maire insiste sur la nécessité de maintenir l’ordre public, d’éradiquer les dépôts sauvages d’ordures et d’éloigner les démolisseurs de voitures. Rappelons que Laszlo s’est fait connaître en militant au sein du Mouvement d’autodéfense hongrois, une milice nationaliste. Il se défend aujourd’hui d’être raciste, soulignant qu’il a toujours été acquitté lorsqu’il a été poursuivi en justice. Il essaie même de mettre en avant de « bons exemples » d’habitants d’origine Rom, pour montrer qu’il n’est pas contre la communauté en bloc. Reste qu’il fait appel à une police privée pour gérer les feux illégaux et les vols de récoltes, une mesure qui vise ostensiblement les désordres attribués aux Roms.

Une tendance qui s’étend sans preuves claires

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Ce qui frappe dans cette affaire, c’est le décalage entre les justifications et les preuves. La pharmacienne n’a pas vraiment été témoin de la criminalité accrue et le maire, de son propre aveu, n’a pu nous fournir de statistiques claires sur le phénomène qu’il attribue aux Roms. Pourtant, l’idée fait son chemin. Le cas de Pilis n’est pas isolé : plusieurs petites villes voisines ont emboîté le pas, adoptant des méthodes de sélection de leurs futurs citoyens.Mais, selon Attila Laszlo, aucune n’a connu autant de succès que Pilis. Et c’est sans doute ce qui lui importe le plus. En agissant comme il le fait, il s’impose en véritable roi de la préférence locale. Il gère sa ville, un peu comme son homonyme géant gérait ses plaines, quitte à créer un précédent controversé sur ce que signifie vraiment le droit de s’installer quelque part, pourvu qu’on soit jugé « normal ».

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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