Grippe aviaire : la double stratégie de l’Amérique du Nord, entre vaccination des animaux et surveillance humaine

Grippe aviaire : la double stratégie de l’Amérique du Nord, entre vaccination des animaux et surveillance humaine credit : lemorning.ca (image IA)

La menace H5N1 qui perturbe l’agriculture

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La grippe aviaire, autrefois appelée « peste aviaire », n’est plus une simple inquiétude lointaine. Aujourd’hui, elle frappe directement nos fermes, chamboulant l’agriculture et, disons-le franchement, elle fait planer la menace d’une prochaine pandémie humaine. Pensez-y : des millions de volailles euthanasiées, des vaches qui donnent moins de lait, et même des humains qui tombent malades. Face à ce virus H5N1, agriculteurs et scientifiques travaillent d’arrache-pied. L’objectif est clair : trouver un moyen de défense efficace avant qu’il ne soit trop tard.

Le coup de poing dans le ventre : l’épreuve des éleveurs canadiens

Joe Falk, un éleveur de volailles de Chilliwack, en Colombie-Britannique, se souvient avec émotion des trois fois où la grippe aviaire a frappé son entreprise depuis 2022. « C’est toute une épreuve », confie-t-il, un sentiment que l’on comprend très bien. C’est vraiment comme recevoir un coup de poing dans le ventre. Devant les pertes financières et l’obligation d’abattre des troupeaux entiers, la nausée vient, surtout quand le camion de gaz arrive.Sa ferme est située dans la vallée du Fraser, une zone critique qui représente seulement 10 % des fermes de volailles au Canada, mais concentre plus de la moitié des cas d’infection. Rien qu’en 2024, 81 troupeaux y ont été recensés comme infectés. C’est énorme, non?

Pourquoi la vallée du Fraser est-elle un épicentre ?

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Pour comprendre cette concentration de cas, l’Agence canadienne d’inspection des aliments (ACIA) a envoyé des spécialistes, dont la vétérinaire épidémiologiste Manon Racicot. Ses conclusions pointent vers une accumulation de facteurs de risque dans cette région. D’abord, c’est un corridor migratoire clé pour les oiseaux sauvages qui sont porteurs du virus. Ensuite, la densité d’élevages est très forte. Et en plus, de nombreuses fermes pratiquent la multiespèce, ce qui « augmente le trafic à la ferme » : mouvements d’animaux, d’œufs, livraisons de moulées. Tout cela augmente, selon elle, la connectivité entre les fermes, et donc le risque.Mme Racicot soulève aussi un point délicat : les pratiques d’abattage. Les transports multiples et fractionnés de volailles à l’abattoir, souvent parce que la capacité n’y est pas, peuvent entraîner des contaminations croisées par le personnel ou l’équipement. L’idée serait de tout envoyer en même temps, si l’on pouvait, bien sûr.

L’appel à la vaccination : un débat stratégique au Canada

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Après avoir investi pour éloigner ses oiseaux reproducteurs des zones à risque et construit un nouveau couvoir hors de la vallée du Fraser, Joe Falk l’affirme : il faut passer à la vaccination des volailles. C’est la prochaine étape logique, après tout ce qu’ils ont enduré. Cependant, l’ACIA, bien qu’elle ait approuvé des vaccins, tempère. La stratégie de vaccination reste à définir. Qui vacciner ? Est-ce qu’on se limite à la vallée du Fraser? Ou seulement à certaines espèces? Ces questions sont importantes, et c’est pourquoi un projet pilote en milieu contrôlé sera déployé pour s’assurer de l’efficacité de la logistique et de la traçabilité des doses.

Le modèle français : vaccination obligatoire et soulagement des éleveurs

Pendant que le Canada réfléchit, la France a déjà tranché. Face à une crise sans précédent (plus de 40 millions de volailles euthanasiées, imaginez!), le pays a opté pour la vaccination obligatoire dès l’automne 2023 pour les élevages de plus de 250 canards. C’est une décision qui a apporté un soulagement immense, comme le confirme l’éleveur Pierre Pérès, dans le Gers, berceau du foie gras. « On ne voyait plus d’issue », dit-il, le virus revenant chaque année malgré toutes les mesures de biosécurité renforcées.Le processus est rigoureux : la majorité des canards reçoivent deux ou trois doses. Le vétérinaire Vincent Blondel veille à ce que l’injection soit faite correctement pour ne pas tuer les animaux. Attention, la vaccination s’accompagne d’une contrainte internationale : certains acheteurs refusent les oiseaux vaccinés, obligeant la France à négocier et à maintenir une surveillance active mensuelle pour garantir que les oiseaux sont sains et ne sont pas porteurs asymptomatiques. L’État français, après avoir payé 85 % des frais la première année, ne couvre plus que 40 % maintenant. Malgré cela, l’éleveur Emmanuel DuBosc est convaincu : la France a été épargnée cette année, et « on vit plus sereinement ».

La traque du H5N1 dans le secteur laitier québécois

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La grippe aviaire n’est pas qu’une affaire de volaille. Au Québec, la peur est grande qu’elle ne provoque une crise de santé publique, et pas seulement dans les poulaillers. On s’inquiète surtout pour le secteur laitier. Aux États-Unis, le virus a déjà infecté plusieurs centaines de fermes laitières et des travailleurs agricoles. Ce n’est qu’une question de temps avant que le virus ne traverse la frontière.Même si la plupart des vaches n’ont que des symptômes grippaux, les conséquences sont importantes. Simon Dufour, professeur en épidémiologie à l’Université de Montréal, explique qu’il y a jusqu’à 4 ou 5 % de mortalité chez les vaches dans certains cas, sans parler des pertes de production laitière qui « ne remonte pas beaucoup après ». Cela cause, évidemment, des pertes économiques très importantes.

Heureusement, pour l’instant, les échantillons de lait prélevés au Québec par l’équipe de M. Dufour, cherchant des anticorps H5N1, s’avèrent négatifs. Mais l’enjeu est là : plus le virus circule, plus il peut s’échanger du matériel génétique avec d’autres virus influenza. C’est ce que M. Dufour appelle la « marmite » : « On les mélangerait et on ressortirait de là un virus bien équipé pour faire des dommages dans une population humaine. »

Surveillance environnementale et protection des humains

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La traque ne s’arrête pas aux animaux. Pour se préparer, les chercheurs chassent le H5N1 dans l’environnement. Isabelle Meunier, spécialiste en biologie médicale, collecte des échantillons d’eau et de boue près des fermes, surtout à l’automne, période où les canards sont le plus porteurs du virus, pense-t-elle. On s’inspire aussi de la méthode utilisée pour la COVID-19 : détecter le virus dans les eaux usées des villes comme Montréal et Québec. L’idée, c’est de prévenir l’apparition dans la population humaine et « agir en amont ».Puis, il y a la protection directe de ceux qui sont en première ligne. Aux États-Unis, des dizaines d’agriculteurs ont été infectés. Lily Lessard, directrice de Précrisa, met donc sur pied une cohorte d’agriculteurs québécois pour obtenir nos propres données et surveiller la contamination animale vers l’humain. De plus, un programme de dépistage vient d’être lancé chez 250 éleveurs de volailles au Québec et en Ontario, mené par Marc-André Langlois de l’Université d’Ottawa, afin de vérifier si ces travailleurs ont été exposés, même à leur insu. La vigilance est maximale.

Affronter l’inconnu avec prudence

Face à la grippe aviaire, qui peut faire des dommages spectaculaires, il est clair que la stratégie nord-américaine est double : préparer la vaccination tout en renforçant le dépistage chez les animaux domestiques, dans l’environnement, et surtout chez les humains en contact avec les animaux. L’exemple français montre que la vaccination est une issue, même si elle vient avec son lot de complications commerciales.Au Canada, entre l’épuisement des éleveurs comme Joe Falk et les recherches intensives de scientifiques comme Simon Dufour et Manon Racicot, une chose est certaine : les éleveurs de volailles sont nerveux. S’ils ignorent ce que les prochains mois leur réservent, ils savent qu’ils doivent se protéger du mieux possible contre cette menace persistante. Il faut continuer de se battre, et la préparation est notre meilleure arme.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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