C’est une histoire de résilience qui nous touche profondément, vraiment. Suite aux attentats déchirants du 13 novembre 2015 à Paris, où Pierre Cabon a été si grièvement blessé, sa vie et celle de sa compagne, Myriam, ont basculé. Mais au lieu de se replier, ces deux-là ont fait le choix audacieux, presque effronté, de regarder vers l’horizon, de repartir à l’aventure. Leur objectif? Rendre le monde moins intimidant pour toutes les personnes à mobilité réduite. Ils ont transformé une terrible épreuve en une mission de vie, en sillonnant la planète et en faisant la promotion d’un tourisme enfin accessible.Croyez-le ou non, en cinq petites années, ils ont coché plus d’une trentaine de pays sur leur liste de voyage. C’est quand même incroyable comme détermination, n’est-ce pas?
L’épreuve du Bataclan et un amour naissant
credit : lemorning.ca (image IA)Revenons un instant sur ce fameux 13 novembre. Pierre Cabon se trouvait au Bataclan, assistant au concert des Eagles of Death Metal. C’est là qu’il a été touché. Il raconte qu’une balle est passée d’abord par l’omoplate avant d’aller se loger dans sa moelle épinière. Résultat, il est devenu paraplégique, perdant toute sensation en dessous des pectoraux. Ce fut un choc, bien entendu, et un bouleversement total.Le timing, c’était la vie qui le voulait ainsi, je suppose. Pierre et Myriam venaient tout juste de se rencontrer, quelques mois à peine avant cet événement tragique. Ils ont donc été forcés, malgré eux, d’affronter non seulement cette catastrophe, mais aussi de « découvrir le handicap ensemble », comme le dit Myriam. C’est une fondation relationnelle bâtie sur l’acier, pensez-y un peu.
Voyager avec une nouvelle réalité : Les débuts difficiles
credit : lemorning.ca (image IA)Ces deux-là ont toujours eu la passion des grands espaces, ils le confirment. L’envie de repartir à l’aventure est revenue très vite après que Pierre se soit habitué au fauteuil. Mais Myriam l’explique clairement : on s’est rendu compte que ce n’était pas si simple que ça. C’est le moins qu’on puisse dire! Les obstacles sont légion quand on est confronté au manque d’accessibilité. On ne peut pas simplement prendre son sac et partir sans planification.Le quotidien, même à deux, est une constante adaptation. Myriam avoue avec franchise que cela a pris du temps—vraiment, vraiment pris du temps—pour s’y habituer. Même aujourd’hui, il y a des ratés. « Ça arrive encore que Pierre se casse la gueule parce que j’ai poussé au mauvais moment parce que je n’avais pas vu qu’il y avait un caillou devant. Mais ça nous arrive quand même de moins en moins souvent », ajoute-t-elle, un rire dans la voix, sans doute.
De l’idée à wheeled world : Documenter chaque embûche
credit : lemorning.ca (image IA)Un voyage à Montréal en 2017 a été, en quelque sorte, la révélation. Ce fut l’élément déclencheur. Ils se sont rendu compte qu’il y avait un manque criant d’informations concrètes sur la manière de voyager lorsque l’on est à mobilité réduite. Du coup, en 2018, le couple lance Wheeled World. C’est une entreprise qui est entièrement dédiée à faire la promotion du tourisme accessible.Leur travail est absolument essentiel. Invités par des offices du tourisme ou des organisations diverses, ils documentent minutieusement leurs escapades. Ce n’est pas juste des belles photos pour les réseaux sociaux—même si des dizaines de milliers de personnes les suivent, ce qui est déjà pas mal. Ce qui est important, c’est le détail pratique : « Ça nous permet aussi de pouvoir bien référencer qu’il y a une passerelle à tel endroit, où la personne va pouvoir aller aux toilettes, aller au restaurant et ce genre des choses », explique Pierre. L’objectif, c’est de permettre à tous de « passer un week-end comme tout le monde ». C’est ça, la vraie liberté.
Des aventures qui défient l’impossible (ou presque)
credit : lemorning.ca (image IA)Parapente, kayak, randonnées en montagne… ce couple n’a peur de rien, vraiment. Ils ont accompli des exploits qui feraient pâlir d’envie même les voyageurs sans restrictions. Ils ont vu l’immensité du Machu Picchu, ce site magnifique au Pérou. Ils ont aussi tenté l’ascension du Kilimandjaro, même s’ils n’en ont atteint que le bas, mais quelle performance et quel courage! Et puis, il y a eu leur traversée monumentale du Canada, de Toronto à Vancouver, en train, en plein hiver, s’il vous plaît.Pierre a même eu l’occasion de faire du parahockey lors d’un séjour canadien. C’est dire si l’esprit sportif et l’envie de se dépasser sont toujours là, vifs, malgré tout ce qui s’est passé. Ils prouvent, voyage après voyage, que le fauteuil roulant n’est pas une fin en soi, mais juste une nouvelle façon de naviguer sur la carte.
Un relais inattendu : Inspirer les autres familles
credit : lemorning.ca (image IA)L’impact de Wheeled World dépasse de loin le simple référencement touristique. Leur histoire agit comme un véritable moteur pour d’autres. Prenez l’exemple d’Aline et de son conjoint Nicolas. Après un accouchement difficile, leur petite Charlotte a été diagnostiquée avec une paralysie cérébrale. Aline se souvient : « On était perdus, on avait vraiment l’impression que notre vie s’arrêtait là. »Puis, un matin, coup de théâtre. Aline entend Myriam Cabon à la radio. Elle a ressenti que ce témoignage lui était adressé personnellement. C’est ça la force des médias, vous voyez? Aline et Nicolas ont rapidement contacté le couple Cabon. Inspirés, ils ont eux aussi choisi de reprendre leur projet de voyage en famille. Ils documentent désormais leurs propres escapades, de la virée européenne à la balade en kayak, sous le compte @charlotte_and_co_21.
C’est un « vrai passage de relais », comme le dit Nicolas Dureux. S’ils parviennent à aider juste 10 ou 15 familles à « croquer dans la vie », même si elle est différente, ils auront réussi. Et ce sentiment, cette chaîne de générosité, donne aussi aux Cabon l’envie de continuer. « Ne serait-ce qu’une personne, c’est une récompense qui suffit à nous motiver pour les six mois suivants », confie Pierre.
Le sens de la récompense : Un regard vers l’avenir
credit : lemorning.ca (image IA)Ils ont des projets plein la tête, et ce n’est pas près de s’arrêter! Leur prochaine grande idée, et celle-là est assez folle, consiste à emmener l’année prochaine une cinquantaine de personnes en fauteuil roulant pour participer au Marathon des sables. Oui, cette course mythique qui se déroule dans le désert marocain. C’est un défi logistique et humain colossal, mais s’il y a bien un couple capable de le faire, c’est celui-ci.Leur regard est résolument tourné vers l’avant. Presque dix ans après les événements, ils s’attardent très peu sur ce mois de novembre qui a changé leur vie. Moi, je me dis, tiens, c’est une bonne façon de faire, de laisser le passé là où il doit être.
Croquer dans la vie, malgré tout
credit : lemorning.ca (image IA)L’histoire de Pierre et Myriam Cabon est un témoignage puissant que, même face à l’impensable, il est toujours possible de rebâtir et de trouver un sens, et une nouvelle joie, dans l’action. Ils ont construit leur vie sur ces bases, solides et inébranlables.Comme le résume si bien Myriam, avec une touche de légèreté et beaucoup de sagesse : « J’avoue qu’à 25 ans, j’aurais préféré vivre d’autres trucs. Après, bon, ça s’est fait comme ça et, aujourd’hui, je ne regrette pas ce qui s’est passé. Ça a juste construit notre vie. » Et elle ajoute, en riant presque : « Là, maintenant, à 35 ans, moi, je me sens encore un peu jeune dans ma tête. Je me dis, ouais, ‘bah, finalement, on n’est pas pressé de devenir trop sérieux parce qu’on l’a déjà suffisamment été’. » Ce message, celui de croquer dans la vie différemment mais avec la même intensité, est sans doute l’héritage le plus beau qu’ils puissent laisser.