50 ans de la Convention de la Baie-James : Quand la Nation crie a choisi la relation plutôt que la transaction
Adam David - 2025-11-11 19:40
credit : lemorning.ca (image IA)
Le « projet du siècle » et le tournant cri

Aujourd’hui, le nouveau grand chef de la Nation crie, Paul John Murdoch, nous offre un regard unique sur cette époque, nourri des anecdotes de l’intérieur de figures clés comme son oncle, Billy Diamond, et du négociateur en chef Ted Moses. C’est une perspective précieuse qui nous rappelle que rien n’a été facile.
La découverte brutale d’un avenir inondé
L’histoire, assez sidérante quand on y pense, veut que ce soit un jeune Cri, Philip Awashish de Mistissini, qui ait entendu en premier l’annonce de ce mégaprojet à la radio en 1971. Aucune consultation. Zéro information. Les peuples autochtones apprenaient ainsi que leur territoire allait être en partie inondé pour fournir la moitié de l’hydroélectricité québécoise. C’est brutal, non? On vient s’installer chez vous sans même frapper à la porte.
L’urgence de s’organiser et la naissance du Grand Conseil
Le grand chef Paul John Murdoch l’illustre bien : « Imagine, tu es présenté à quelqu’un pendant qu’il déménage dans ta maison! » C’était exactement ça. L’isolement géographique n’aidait en rien. Aller de leurs communautés jusqu’à Québec exigeait alors un parcours du combattant : hydravion, train, un autre avion. Pourtant, c’est cette menace qui a permis aux liens culturels préexistants de se transformer en un véritable réseau politique, donnant naissance au Grand Conseil des Cris. Leur nom, en langue crie, signifie d’ailleurs : « les peuples de la côte et les peuples de l’intérieur se défendent l’un l’autre ». Ça dit tout.
Un affront politique : « privilèges, pas des droits »
Émotionnellement, c’était un affront terrible. Bien sûr, le grand chef actuel reconnaît que Bourassa n’avait pas *complètement* tort légalement à cette époque. C’est seulement en 1982, avec le rapatriement de la Constitution, que les droits ancestraux ont été confirmés et enfin reconnus. Mais cet échange brutal a forcé les chefs à changer de stratégie. Comme l’aurait dit Malcom Diamond, grand-père de Paul John Murdoch : « Il va falloir que vous preniez tout ce que vous avez appris dans son école [pour] utiliser ses règles et ses droits contre lui. »
L’avocat qui ne pouvait pas « laisser tomber ces gars-là »
Heureusement, la Nation crie a trouvé des alliés inattendus. Le grand chef Murdoch exprime une immense gratitude envers l’avocat James O’Reilly. Imaginez : un jeune homme qui quitte un cabinet prestigieux (Martineau Walker) pour venir plaider la cause des Cris, à une époque où le droit autochtone était, pour ainsi dire, inexistant. C’était un geste d’une bravoure professionnelle rare, un véritable risque.
Un engagement : La Convention est le début d’une relation
Son oncle, Billy Diamond, avait un principe fondamental, celui qui définit peut-être le mieux cette philosophie de relation : on peut s’énerver, on peut crier, mais il ne faut jamais briser la table de négociation. Pour Diamond, dépeint par son neveu comme un homme sensible derrière l’image du chef fort, la relation est et demeure essentielle.
Une ligne qui continue : De la turbulence à la Paix des Braves

Ce n’est qu’en 2002 qu’un nouveau tournant est arrivé avec la Paix des Braves, une entente majeure qui a permis de clore des décennies de batailles juridiques. Ce fut un reset qui a enfin donné aux Cris leur mot à dire sur le développement de leur territoire. D’ailleurs, la Convention n’est pas figée : elle a déjà fait l’objet de 30 amendements! Murdoch la voit non pas comme un point final, mais comme « une ligne qui continue ». Cette continuité est primordiale.
Le contrôle du destin et l’espoir

Malgré ces défis insidieux, Paul John Murdoch regarde l’avenir avec une confiance palpable. « On est en contrôle de notre destin », affirme-t-il, un rappel puissant de la souveraineté acquise. Si la cohésion de l’époque a permis à la Nation crie de signer un traité « dans le vide » il y a un demi-siècle, le grand chef a l’espoir de rétablir ce niveau d’unité pour combattre les problèmes sociaux actuels. L’unité et le courage, voilà l’héritage qui perdure, 50 ans après la signature.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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