Adolescente retrouvée morte à Lévis : le père de Maëlyne dénonce un rapport incomplet qui « occulte les failles »

Adolescente retrouvée morte à Lévis : le père de Maëlyne dénonce un rapport incomplet qui « occulte les failles » credit : lemorning.ca (image IA)

La noyade d’une adolescente et le rapport qui déchire

Un an s’est écoulé depuis le drame, mais la douleur et les questions restent vives chez la famille de Maëlyne Lugez, cette adolescente de 13 ans retrouvée sans vie dans un boisé près de son école à Lévis. La coroner Sophie Régnière a conclu à une noyade accidentelle, mais pour Samuel Lugez, le père, le rapport déposé est bien plus qu’incomplet : il passe sous silence des éléments cruciaux, notamment la grande détresse psychologique de sa fille et les ratés institutionnels qui, selon lui, ont mené Maëlyne dans ce boisé ce jour-là. C’est une histoire qui soulève l’indignation et un sentiment d’abandon face au système.

Le cri d’un père face à un « conte pour enfants »

Pour Samuel Lugez, la lecture du rapport de la coroner fut une épreuve amère, presque insultante. Il ironise sur le contenu, décrivant le document de trois pages comme un « conte pour enfants ». « Je trouve qu’il n’y a rien de sérieux dans ce rapport », affirme-t-il, exprimant son impression qu’on minimise, peut-être même qu’on cherche à cacher, ce qui s’est réellement passé dans les jours et les heures précédant la disparition de Maëlyne.

Maëlyne était très présente dans la maison familiale, un an après, ce qui rend le deuil d’autant plus difficile. Mais c’est surtout l’omission de certains faits établis qui choque M. Lugez.

L’omission troublante des idées suicidaires

Le père insiste sur une inexactitude majeure du rapport. Quand Maëlyne a disparu le 6 novembre 2024, elle sortait tout juste d’un séjour en pédopsychiatrie. Le rapport mentionne un trouble alimentaire, ce qui est vrai, mais M. Lugez rectifie le tir avec force : la première raison de son hospitalisation était ses idées suicidaires.

Pourquoi cet élément central est-il passé sous silence ? La coroner, Me Sophie Régnière, s’est expliquée par courriel, précisant qu’elle ne retient que les éléments jugés pertinents à son analyse. Ayant exclu la possibilité d’un geste volontaire, elle n’a pas cru bon d’inclure les détails de sa santé psychologique. Une explication qui ne passe absolument pas auprès de la famille. Céline Caussin, la mère, relève une autre inexactitude : le rapport se concentre sur un TDAH non confirmé plutôt que sur les troubles de langage et d’apprentissage pourtant bien documentés (dyslexie, dysorthographie).

L’intervention de détresse remise en question

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C’est la veille de la disparition que tout s’est joué. Samuel Lugez, inquiet, avait contacté Urgence Détresse après avoir surpris sa fille en train de chercher un objet pour s’automutiler. Pour les parents, la nécessité d’un retour à l’hôpital était évidente. Eve Lévesque, la conjointe de Samuel Lugez, ne la sentait vraiment pas solide, dit-elle.

Un intervenant de garde s’est rendu au domicile ce soir-là. Après évaluation, il a conclu qu’il n’y avait pas de dangerosité. La famille s’est sentie complètement invalidée. « Il nous a dit qu’on exagérait », se rappelle Eve Lévesque, qui a eu l’impression de ne pas être crue.

Le père raconte avoir eu l’impression que l’intervenant mettait des mots dans la bouche de Maëlyne, cherchant son assentiment. Devant cette situation, la famille s’est retrouvée démunie. « Pourquoi on ne voit pas ça dans le rapport ? » demande Eve Lévesque. Cet élément de l’intervention ratée, selon eux, aurait dû être analysé pour mettre en place de meilleures mesures de soutien aux familles et aux jeunes en crise.

Accident ou fatalité : le doute sur les circonstances du décès

La coroner établit que Maëlyne est décédée le jour même de sa disparition, peu après avoir quitté l’école à la pause du dîner pour se diriger vers le boisé. L’autopsie a confirmé des signes de noyade. L’hypothèse retenue est celle d’un malaise soudain, lié à son état (taux élevé de déchets acides dû à la sous-alimentation), qui l’aurait fait tomber et perdre conscience. Même un petit débit d’eau aurait suffi à entraîner sa noyade.

Le rapport suggère que Maëlyne cherchait simplement l’apaisement ou à fuguer pour se ressourcer, sans intention de mettre fin à ses jours. L’élément déclencheur, selon la coroner, serait le questionnement insistant d’un autre élève sur son absence. Samuel Lugez, lui, ne nie pas la thèse de l’accident, mais nuance lourdement : « C’est peut-être un accident, mais c’est un accident qui est le résultat de plusieurs jours, plusieurs semaines, plusieurs mois de détresse… » Le geste final n’est peut-être pas intentionnel, mais la cause profonde est bien là.

Les mystères des objets abandonnés et l’isolement volontaire

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Un autre point de friction majeur concerne l’interprétation des faits. Maëlyne est retrouvée à 500 mètres de l’école. Son sac à dos et ses chaussures se trouvent dans le même boisé. La coroner estime qu’en se coupant rapidement des réseaux sociaux, Maëlyne indiquait qu’elle ne voulait pas être localisée, ou du moins qu’elle ne voulait pas retourner en classe.

Mais le père soulève une question de bon sens, une question humaine, quoi : « Qui enlève ses chaussures, qui jette son sac à dos quand il veut juste prendre une marche pour prendre l’air ? » Il se demande si la jeune fille n’avait pas l’idée de se suicider, par exemple sur les rails du train, et que l’accident n’est arrivé qu’avant. Sur ce point, la coroner reconnaît : « Quant aux objets laissés sur son chemin, nul ne sait pour quelle raison elle les y a laissés. » C’est ce manque de questionnement qui frustre terriblement la famille.

Le protocole policier sous la loupe : pourquoi la suspension des recherches ?

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Dès 13h30 le jour de sa disparition, le SPVL (Service de police de la Ville de Lévis) est informé et déploie des équipes. Mais malgré la connaissance de la détresse psychologique de Maëlyne et son hospitalisation récente, les recherches sont suspendues vers 22h00 pour la nuit, invoquant un protocole lié au danger en forêt. Samuel Lugez et Céline Caussin ont l’impression qu’on leur a dit : « c’est ça, c’est comme ça. »

Des sources policières se sont dites indignées, soulignant que cette décision contrevient aux pratiques policières qui exigent une priorité absolue en présence d’un risque imminent pour la vie. Ce genre de protocole avait d’ailleurs été pointé du doigt par le coroner Luc Malouin après les ratés de l’affaire Carpentier. La SQ et l’AQBRS (Association québécoise des bénévoles en recherche et sauvetage), pourtant bien équipées pour la recherche nocturne, n’ont été appelées en renfort que le lendemain matin.

Le père ne cesse de se demander : « Pourquoi arrêter de chercher alors qu’on ne sait pas où elle est, on ne sait pas si elle est en vie ? »

Un deuil teinté d’amertume et un appel au changement

La coroner Régnière, qui a aussi travaillé sur le dossier Carpentier, a justifié son choix de ne pas examiner l’opération policière en affirmant que le décès de Maëlyne est survenu « probablement » avant le début des recherches. Par conséquent, les ratés ne seraient pas « contributoires au décès ». Mais pour la famille, cette explication est insatisfaisante, laissant planer un sentiment qu’on cherche à « camoufler toutes les lacunes » du système, comme le dit Samuel Lugez.

Le rapport final laisse à la famille un goût amer et renforce leur sentiment d’abandon. « C’est comme invalider encore le fait qu’elle [Maëlyne] se sentait pas bien, le fait qu’on a demandé de l’aide », se désole Eve Lévesque. En témoignant publiquement, la famille espère forcer le système à se remettre en question. Leur plus grande crainte, celle qui les pousse à parler, c’est que Maëlyne ne soit « peut-être pas la dernière ». Le SPVL a refusé de commenter, invoquant la protection des renseignements personnels, ce qui, on s’entend, n’aide pas du tout à apaiser les doutes de cette famille déjà brisée.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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