Adolescente retrouvée morte à Lévis : le père de Maëlyne dénonce un rapport incomplet qui « occulte les failles »
Mathieu Gagnon - 2025-11-10 07:48
credit : lemorning.ca (image IA)
La noyade d’une adolescente et le rapport qui déchire
Le cri d’un père face à un « conte pour enfants »
Maëlyne était très présente dans la maison familiale, un an après, ce qui rend le deuil d’autant plus difficile. Mais c’est surtout l’omission de certains faits établis qui choque M. Lugez.
L’omission troublante des idées suicidaires
Pourquoi cet élément central est-il passé sous silence ? La coroner, Me Sophie Régnière, s’est expliquée par courriel, précisant qu’elle ne retient que les éléments jugés pertinents à son analyse. Ayant exclu la possibilité d’un geste volontaire, elle n’a pas cru bon d’inclure les détails de sa santé psychologique. Une explication qui ne passe absolument pas auprès de la famille. Céline Caussin, la mère, relève une autre inexactitude : le rapport se concentre sur un TDAH non confirmé plutôt que sur les troubles de langage et d’apprentissage pourtant bien documentés (dyslexie, dysorthographie).
L’intervention de détresse remise en question

Un intervenant de garde s’est rendu au domicile ce soir-là. Après évaluation, il a conclu qu’il n’y avait pas de dangerosité. La famille s’est sentie complètement invalidée. « Il nous a dit qu’on exagérait », se rappelle Eve Lévesque, qui a eu l’impression de ne pas être crue.
Le père raconte avoir eu l’impression que l’intervenant mettait des mots dans la bouche de Maëlyne, cherchant son assentiment. Devant cette situation, la famille s’est retrouvée démunie. « Pourquoi on ne voit pas ça dans le rapport ? » demande Eve Lévesque. Cet élément de l’intervention ratée, selon eux, aurait dû être analysé pour mettre en place de meilleures mesures de soutien aux familles et aux jeunes en crise.
Accident ou fatalité : le doute sur les circonstances du décès
Le rapport suggère que Maëlyne cherchait simplement l’apaisement ou à fuguer pour se ressourcer, sans intention de mettre fin à ses jours. L’élément déclencheur, selon la coroner, serait le questionnement insistant d’un autre élève sur son absence. Samuel Lugez, lui, ne nie pas la thèse de l’accident, mais nuance lourdement : « C’est peut-être un accident, mais c’est un accident qui est le résultat de plusieurs jours, plusieurs semaines, plusieurs mois de détresse… » Le geste final n’est peut-être pas intentionnel, mais la cause profonde est bien là.
Les mystères des objets abandonnés et l’isolement volontaire

Mais le père soulève une question de bon sens, une question humaine, quoi : « Qui enlève ses chaussures, qui jette son sac à dos quand il veut juste prendre une marche pour prendre l’air ? » Il se demande si la jeune fille n’avait pas l’idée de se suicider, par exemple sur les rails du train, et que l’accident n’est arrivé qu’avant. Sur ce point, la coroner reconnaît : « Quant aux objets laissés sur son chemin, nul ne sait pour quelle raison elle les y a laissés. » C’est ce manque de questionnement qui frustre terriblement la famille.
Le protocole policier sous la loupe : pourquoi la suspension des recherches ?

Des sources policières se sont dites indignées, soulignant que cette décision contrevient aux pratiques policières qui exigent une priorité absolue en présence d’un risque imminent pour la vie. Ce genre de protocole avait d’ailleurs été pointé du doigt par le coroner Luc Malouin après les ratés de l’affaire Carpentier. La SQ et l’AQBRS (Association québécoise des bénévoles en recherche et sauvetage), pourtant bien équipées pour la recherche nocturne, n’ont été appelées en renfort que le lendemain matin.
Le père ne cesse de se demander : « Pourquoi arrêter de chercher alors qu’on ne sait pas où elle est, on ne sait pas si elle est en vie ? »
Un deuil teinté d’amertume et un appel au changement
Le rapport final laisse à la famille un goût amer et renforce leur sentiment d’abandon. « C’est comme invalider encore le fait qu’elle [Maëlyne] se sentait pas bien, le fait qu’on a demandé de l’aide », se désole Eve Lévesque. En témoignant publiquement, la famille espère forcer le système à se remettre en question. Leur plus grande crainte, celle qui les pousse à parler, c’est que Maëlyne ne soit « peut-être pas la dernière ». Le SPVL a refusé de commenter, invoquant la protection des renseignements personnels, ce qui, on s’entend, n’aide pas du tout à apaiser les doutes de cette famille déjà brisée.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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