Faux médias locaux et IA : L’ombre du plagiat plane sur Facebook après le blocage des nouvelles canadiennes

Faux médias locaux et IA : L’ombre du plagiat plane sur Facebook après le blocage des nouvelles canadiennes credit : lemorning.ca (image IA)

L’IA vient combler le vide de l’actualité sur Facebook

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Depuis que Facebook a décidé de bloquer l’accès aux contenus des médias canadiens en 2023, une réaction à la Loi sur les nouvelles en ligne (C-18), un vide s’est installé dans notre fil d’actualité. Et vous savez comment ça se passe : la nature n’aime pas le vide. Mais au lieu de voir revenir la vraie information, ce sont de faux « médias locaux » propulsés par l’intelligence artificielle (IA) qui s’immiscent, souvent pour des raisons purement pécuniaires.Les Décrypteurs de Radio-Canada ont mis en lumière un réseau de sites web, dont Montréal Minute, Le 514 au Quotidien et Québecoscope. Ces plateformes se présentent comme des sources d’actualités locales, mais elles n’hésitent pas à reprendre — ou pire, à déformer — les informations de véritables journalistes sans jamais les créditer. Une pratique qui soulève de vives inquiétudes au sein de la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ).

L’objectif premier : faire de l’argent facile avec les clics publicitaires

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Pourquoi créer de tels sites ? La réponse, selon Aengus Bridgman, directeur de l’Observatoire de l’écosystème médiatique à l’Université McGill, est assez directe : c’est une affaire de sous. « L’un des objectifs principaux est de faire de l’argent avec les publicités sur les sites », explique-t-il. Il ajoute que, pour l’instant, au Canada, on ne semble pas observer la même tendance qu’en Europe où ces sites pousseraient des narratifs politiques. Ici, c’est vraiment juste des gens qui cherchent à faire du profit.Ce réseau de trois sites ciblant les Montréalais est actif depuis avril. Il est fort probable qu’il soit géré par les mêmes personnes, car le contenu original y est très rare. Ces sites se contentent de synthétiser des informations glanées ailleurs, y compris en reprenant des images tirées directement des articles de référence. On a d’ailleurs vu un cas similaire en Estrie avec Le Journal de Sherbrooke, qui utilise les mêmes méthodes de plagiat et invente même de faux profils de journalistes pour signer ses écrits IA.

Le plagiat automatisé et les citations de toutes pièces

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Le recours à l’IA pour la production de contenu pose de sérieux problèmes éthiques. C’est bien plus que du simple copier-coller. Nous avons des exemples de plagiat pur et simple. Par exemple, un article du 514 au Quotidien sur les Blue Jays et les anciens partisans des Expos a repris, sans aucune attribution, des témoignages initialement recueillis par la Montreal Gazette. La photo aussi, tiens, venait directement du quotidien anglophone.Mais là où cela devient vraiment inquiétant, c’est quand l’IA se met à inventer. Dans un article de Montréal Minute concernant une victoire judiciaire du cabaret La Tulipe, le texte calqué sur le Journal de Montréal comprenait des citations attribuées à des intervenants qui n’ont jamais eu lieu. Jon Weisz, directeur des Scènes de Musique Alternatives du Québec (SMAQ), et Jenny Thibault, coprésidente de la Table de concertation de la vie nocturne, ont tous deux confirmé à Radio-Canada qu’ils n’avaient jamais tenu les propos qu’on leur prêtait. C’est la preuve que l’IA déforme la réalité pour alimenter le moulin à clics.

L’impact sur la politique locale : le cas Soraya Martinez Ferrada

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Ce type de contenu généré par l’IA ne s’arrête pas aux faits divers ou à la culture. Il touche aussi la politique. Un autre article de Montréal Minute, qui reprenait un texte de La Presse sur la victoire de la nouvelle mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, attribuait à cette dernière et à Claude Pinard des propos inventés lors d’un rassemblement. Aucune autre source médiatique n’a relayé ces soi-disant citations.Ce qui est paradoxal, et même frustrant, c’est l’engagement que ces articles réussissent à générer. L’article sur La Tulipe a cumulé près de 800 mentions J’aime, celui sur la victoire de Mme Ferrada, 1300 J’aime et plus de 700 commentaires. Ces chiffres, selon l’outil Junkiepedia, placent ces articles parmi les plus populaires du site sur Facebook. Les fausses nouvelles attirent les clics, même si, étrangement, le nombre de clics réels sur le site Montréal Minute reste « famélique » (un peu plus de 9000 clics le mois dernier, dont 90 % venant de Facebook).

Un réseau coordonné avec des abonnés achetés

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Il ne fait aucun doute que nous sommes face à un réseau coordonné. Montréal Minute, Le 514 au Quotidien et Québecoscope partagent le même identifiant de régie publicitaire Google (AdSense). Leurs pages Facebook, bien qu’ayant environ 30 000 abonnés chacune, montrent un engagement généralement très faible. Ce qui est un indicateur, d’après Aengus Bridgman, que la quasi-totalité des abonnés ont été achetés. Oui, on peut acheter des abonnés, et apparemment, ce n’est pas si cher!Le détail qui interpelle aussi, c’est la provenance des abonnés. Beaucoup semblent habiter en Afrique, au Moyen-Orient ou en Asie, alors que ces sites sont censés cibler les Montréalais. Enfin, le réseau a montré sa coordination de manière plus agressive en octobre : les trois sites ont publié des reportages visant à attaquer la crédibilité des médias de Québecor, allant jusqu’à annoncer la « fin imminente de l’empire » dans des publicités diffusées sur Facebook. Clairement, il y avait là une intention de nuire.

Usurpation d’identité médiatique : le cas sherbrookois

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Le phénomène s’étend, et pas seulement en milieu urbain. Le Journal de Sherbrooke, dirigé par Tim Gaudreau, pratique les mêmes techniques. Ce site utilise l’IA pour s’inspirer du travail d’autres médias, puis inventer des propos. Le directeur du Musée d’histoire de Sherbrooke, David Lacoste, a confirmé qu’il n’avait jamais accordé d’entrevue au Journal de Sherbrooke, alors que ses citations avaient été reprises d’un entretien avec le 107,7 Estrie. Même chose pour un étudiant cité par La Presse : il n’a jamais parlé au Journal de Sherbrooke.Qui sont les journalistes derrière ces textes ? Des noms comme Brin Troussier, Matilda Honet et Solden ont été répertoriés, mais il n’existe aucune preuve de leur existence. De plus, Tim Gaudreau a enregistré depuis septembre une série de noms de domaine qui imitent des titres de presse réels (lavoixduquebec.ca, journaldelacapitale.com, etc.), soulignant son intention claire de se faire passer pour un média légitime.

Conclusion : Une grande injustice face à Meta

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Le président de la FPJQ, Éric-Pierre Champagne, résume bien la situation avec une frustration légitime. Ces faux médias ne sont pas là pour informer; ils sont là pour générer du clic et, au passage, ébranler la confiance du public, une confiance déjà fragile. L’IA, c’est un « multiplicateur de problèmes ».Le plus troublant, c’est l’injustice flagrante de la situation : « des médias légitimes sont bloqués sur Facebook » à cause de C-18, mais ces sites d’information générés par IA et pratiquant le plagiat peuvent « proliférer sur ces plateformes-là. » Le comble, c’est que la page de Québecoscope a été rendue inaccessible par Meta durant la rédaction de l’article, au motif de la Loi sur les nouvelles en ligne, la même raison qui bloque les vrais médias. Il faut espérer que Meta corrige rapidement le tir, car l’écosystème de l’information se trouve actuellement gravement fragilisé par ces imitations numériques.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.