Puerto Vallarta : le paradis touristique se transforme subitement en « ville fantôme »

Puerto Vallarta : le paradis touristique se transforme subitement en « ville fantôme » credit : lemorning.ca (image IA)

Une destination prisée transformée en zone morte

La célèbre station balnéaire de Puerto Vallarta, dans l’État de Jalisco au Mexique, offre habituellement un visage paradisiaque aux vacanciers venus chercher le soleil. Pourtant, ce dimanche, l’atmosphère a radicalement changé, plongeant la ville dans un climat de peur et de silence. Des scènes de chaos, marquées par des véhicules incendiés et des menaces explicites proférées par un cartel, ont contraint la population et les touristes à se barricader.

Deux Québécois présents sur place témoignent de cette transformation soudaine de la destination touristique en ce qu’ils qualifient désormais de « ville fantôme ». Alors que la vie suivait son cours, la situation a basculé, forçant tout le monde au confinement. Les rues, d’ordinaire bruyantes et vivantes, se sont vidées de toute présence humaine et de tout trafic routier.

Cet événement brutal rappelle la volatilité de la situation sécuritaire dans certaines régions du Mexique. Les témoignages recueillis sur le terrain décrivent une ville à l’arrêt, où les résidents et les visiteurs étrangers attendent, cloîtrés chez eux, que le calme revienne après cette explosion de violence inattendue.

Le témoignage glaçant d’un vacancier confiné

Pour Luc Laramée, un vacancier québécois venu profiter du climat avec des amis, la journée de dimanche avait pourtant commencé normalement. Tout a basculé aux alentours de 8 h 45 du matin. Le groupe s’apprêtait à sortir pour profiter de la matinée lorsque les premiers signes de troubles sont apparus, modifiant instantanément leurs plans.

M. Laramée raconte avec précision le moment où la réalité les a rattrapés : « On voulait aller prendre notre marche matinale comme on a l’habitude de faire. Puis, juste avant de partir, j’ai vu un ami qui a [pris] des photos d’[une] auto incendiée. […] On ne savait pas ce qui pouvait se passer. Mais en sortant de l’appartement, on a remarqué une senteur de pneus brûlés ».

La situation s’est rapidement dégradée visuellement et olfactivement pour le groupe. Ils ont constaté la présence d’une « fumée noire un peu partout » dans la ville. À proximité de leur lieu de résidence, ils ont pu observer plusieurs véhicules en flammes ainsi qu’un dépanneur qui avait pris feu. Les forces de l’ordre sont alors intervenues pour donner des consignes strictes.

Le touriste québécois rapporte les directives reçues et l’ambiance qui règne désormais : « Les policiers nous demandaient de rentrer chez nous. […] Présentement, c’est une ville fantôme. Les gens sont tous à l’intérieur. Il n’y a presque pas de gens qui se promènent dans les rues. On n’en entend pas d’autos, pas de motos non plus, rien de ça. » Malgré ce climat anxiogène, Luc Laramée affirme se sentir protégé une fois à l’intérieur : « Je n’ai jamais vu ça. […] On n’avait jamais senti d’insécurité [en venant] à Puerto Vallarta. […] On va suivre comme tout le monde le reste de la journée [pour voir] ce qui va se passer. On est en sécurité, tout est bien. On est plusieurs amis ensemble. »

La mort d’un baron de la drogue met le feu aux poudres

L’origine de cette flambée de violence est directement liée à une opération militaire majeure contre le crime organisé. Dimanche, Nemesio Oseguera, plus connu sous le pseudonyme d’El Mencho, a été tué. Il était le chef redouté du cartel Jalisco Nueva Generación (CJNG), l’une des organisations criminelles les plus puissantes du pays.

La réaction de l’organisation ne s’est pas fait attendre. En représailles à la mort de leur leader, des hommes armés ont lancé une offensive coordonnée pour paralyser la région. Ils ont utilisé des camions et des voitures, qu’ils ont incendiés, pour bloquer plusieurs axes routiers stratégiques à travers Puerto Vallarta et dans l’État de Jalisco.

Ces « narcobloqueos », tactique courante des cartels pour semer le chaos et entraver les mouvements des autorités, ont eu pour effet immédiat de figer la ville. La démonstration de force du CJNG visait à marquer le territoire et à répondre par le feu à l’action gouvernementale, prenant ainsi la population civile et les touristes en otages de cette guerre de pouvoir.

Menaces directes contre les civils : l’analyse d’un expert

Gilles Baril, ancien ministre péquiste et spécialiste de l’Amérique latine, se trouve également sur place. Son analyse de la situation met en lumière la gravité des menaces qui pèsent sur les habitants. Selon lui, ce ne sont pas seulement les blocages physiques qui ont vidé les rues, mais bien la terreur inspirée par les tueurs à gages du cartel.

L’ancien homme politique explique que des avertissements clairs ont été lancés à la population. Il rapporte les propos menaçants du groupe criminel : « [Ils] ont dit qu’à partir d’une [certaine] heure, les gens qui n’étaient pas chez eux, eh bien, [qu’]il y aurait des civils qui seraient attaqués ». Il insiste sur la nécessité de prendre ces avertissements au sérieux, précisant qu’« il ne faut pas prendre à la légère les menaces des cartels, et principalement [le] cartel de Jalisco ».

La réputation du groupe criminel en question justifie, selon M. Baril, le respect strict du confinement imposé par la peur. Il décrit l’organisation sans détour : « C’est un cartel très sanguinaire. Son chef a été abattu. » Cette violence latente explique pourquoi la ville s’est transformée si rapidement en un lieu désert, chacun craignant les représailles annoncées.

Une « guerre civile permanente » qui n’épargne plus personne

Bien que le Mexique soit régulièrement le théâtre d’affrontements, Gilles Baril tient à nuancer la fréquence de tels événements dans cette zone spécifique. Puerto Vallarta a longtemps joui d’une relative tranquillité par rapport à d’autres régions. « [C’est un endroit] qui a toujours été un peu à l’abri de tout ça. Il y avait ponctuellement des assassinats ici et là », note-t-il, soulignant le caractère exceptionnel de cette crise dans un secteur aussi touristique.

Cependant, l’expert rappelle une réalité plus sombre qui touche l’ensemble du pays. Au-delà de l’incident actuel, il faut garder à l’esprit le contexte global : « Mais il faut se rappeler que le Mexique, depuis plusieurs années, chaque année, c’est quand même une guerre civile permanente ». Cette instabilité chronique nécessite une vigilance constante de la part des visiteurs étrangers.

Face à l’incertitude de la situation, Gilles Baril conseille la plus grande prudence aux voyageurs. La durée de cette crise reste indéterminée. Il conclut avec une mise en garde pour ceux qui prévoient de se déplacer : « Les cartels ont toujours un début, mais on [n’en] connaît pas la fin. Il faut être extrêmement prudent et je pense que les gens qui [doivent] voyager [devraient] absolument s’informer. Ce n’est pas une affaire qui va se régler dans quelques heures. »

Selon la source : journaldemontreal.com

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