Charles Milliard au PLQ : La politique à l’heure des gestionnaires
Adam David - 2026-02-17 11:38
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L’arrivée de Charles Milliard : un symptôme de l’époque ?
L’actualité politique récente met en lumière l’arrivée de Charles Milliard à la tête du Parti libéral du Québec (PLQ). L’ancien président de la Fédération des chambres de commerce du Québec devient ainsi la figure de proue de la formation politique jadis dirigée par Robert Bourassa. Cette nomination soulève toutefois des interrogations quant à l’enthousiasme qu’elle suscite au sein de la population. Comme le veut l’expression consacrée, « Donnons la chance au coureur », et il reste possible que l’homme surprenne par ses capacités et s’avère être un politicien inspirant.
Cependant, un constat s’impose dans l’immédiat : le nom de Charles Milliard ne semble pas provoquer de frissons particuliers. Le fait qu’il soit le seul chef que le parti ait pu trouver est perçu par certains observateurs comme un signe révélateur de notre époque. Cette situation suggère que nous ne sommes plus dans une ère marquée par la présence de « grands hommes », mais plutôt dans une période de transition vers un autre style de leadership.
L’analyse de cette nomination renvoie à une transformation plus large de la gestion publique. Les politiciens actuels sont parfois comparés à des gestionnaires de commerces de proximité, administrant la province comme on gérerait une boutique, une pharmacie ou une caisse populaire. Cette évolution marque une rupture avec les figures historiques du passé.
La standardisation du discours politique et l’analogie de l’IA
Au-delà de la personnalité du nouveau chef libéral, c’est l’absence de grands projets de société qui est pointée du doigt. À l’exception notable de Paul St-Pierre Plamondon (PSPP), qui porte l’ambition de faire du Québec un pays, le paysage politique semble manquer de propositions passionnantes, motivantes ou stimulantes. Le discours ambiant se résume souvent à la répétition de slogans éprouvés depuis quarante ans, tels que l’intégrité, la transparence, la croissance économique, le redressement des finances publiques ou la promotion d’un Québec fort dans un Canada uni.
Cette uniformité du discours évoque une approche commerciale de la politique. On peut avoir l’impression d’entendre un gérant d’épicerie vanter ses produits : « Les meilleurs produits au meilleur prix! C’est chez nous que vous trouverez les framboises les plus fraîches! ». Cette analogie suggère que les citoyens ont peut-être les politiciens qu’ils méritent, dans un contexte où l’attention est constamment captée par les écrans, réduisant ainsi l’horizon et la capacité à rêver.
La technologie semble d’ailleurs jouer un rôle dans cette standardisation. On imagine aisément un scénario où l’on demanderait à un logiciel : « Chère IA, écris-moi un programme de parti! ». Le résultat, généré en quelques secondes, alignerait les mots-clés comme « intégrité », « nationalisme » et « rassembleur » avec la prévisibilité d’une peinture à numéros. Si le texte obtenu est propre et scolairement parfait, il manque cruellement de souffle, de relief et de passion, s’apparentant à une musique composée par ordinateur.
De De Gaulle à Falardeau : la fin des idéaux ?
Cette perte de grandeur n’est pas un phénomène isolé et trouve des échos dans la littérature et la philosophie. Dans son essai Vies parallèles, le philosophe Michel Onfray se penche sur la figure de Charles de Gaulle. Il y déplore qu’avec le décès du général en novembre 1970, la France ait symboliquement enterré toute idée de grandeur. Selon son analyse, le peuple ne rêve plus et sa pensée se limite désormais au « rase-mottes ».
Cette vision rejoint celle exprimée par Boris Vian dans sa chanson La complainte du progrès. Pour paraphraser l’artiste, les aspirations se réduisent à posséder « un ratatine-ordures, un pistolet à gaufres et une tourniquette pour faire de la vinaigrette ». Ce matérialisme du quotidien remplace les grandes épopées collectives.
Au Québec, le cinéaste et polémiste Pierre Falardeau formulait un constat similaire avec son franc-parler habituel. Il affirmait : « La seule chose qui intéresse les Québécois est le pH de leur piscine. » Ces références culturelles soulignent une tendance lourde où le confort individuel et les gadgets modernes ont pris le pas sur les idéaux collectifs.
Réalisme économique : survivre plutôt que rêver
Il est nécessaire de contextualiser ce repli sur le quotidien par la réalité économique difficile. L’inflation frappe fort et la situation économique actuelle engendre de la douleur pour de nombreux ménages. Lorsque la priorité absolue devient de boucler ses fins de mois, l’énergie consacrée au rêve s’amenuise au profit de la simple survie. C’est l’atmosphère générale dans laquelle la société baigne présentement.
Les attentes envers les élus se sont donc transformées. Les citoyens ne demandent plus à leurs politiciens de leur faire sentir le « vent du large » ou de les emmener vers des destinées grandioses. La demande est plus pragmatique : une aide concrète pour se loger et pour nourrir sa famille. C’est dans ce contexte précis que l’élection de Charles Milliard à la tête du PLQ prend tout son sens.
En définitive, le nouveau chef ne promet pas un grand voyage épique. Son offre politique s’apparente davantage à « Juste un tour de machine autour du bloc ». Une proposition modeste qui correspond, semble-t-il, aux aspirations limitées d’une époque marquée par l’incertitude économique et la recherche de sécurité immédiate.
Conclusion : La gestion comme nouvel horizon
En conclusion, l’arrivée de Charles Milliard à la direction du Parti libéral du Québec s’inscrit dans une logique d’époque où la gestion l’emporte sur la vision. Les comparaisons avec les figures historiques ou les critiques sur la vacuité des slogans actuels ne visent pas uniquement l’homme, mais le système dans lequel il évolue. La médiocrité ambiante permet aujourd’hui à des travaux qui auraient peiné à obtenir la note de passage par le passé de décrocher un A, voire un A+.
Le parallèle avec l’intelligence artificielle, capable de produire des textes sans âme mais techniquement corrects, illustre ce changement de paradigme. Les mots-clés sont là, la structure est respectée, mais l’élan vital est absent. C’est une politique de « copier-coller » des palmarès des quatre dernières décennies.
Reste à voir si cette approche gestionnaire suffira à répondre aux défis complexes du Québec moderne. Pour l’heure, l’horizon semble avoir rétréci, et les logiciels ont remplacé les rêves. Le mandat est clair : gérer la boutique, sans nécessairement chercher à réinventer le monde.
Selon la source : journaldemontreal.com
Créé par des humains, assisté par IA.