Cancer colorectal avant 50 ans : pourquoi les cas se multiplient-ils ?

Cancer colorectal avant 50 ans : pourquoi les cas se multiplient-ils ? credit : lemorning.ca (image IA)

Deux visages célèbres pour une réalité inquiétante

La nouvelle a ému une génération entière de téléspectateurs. Le 11 février dernier, l’acteur américain James Van Der Beek s’est éteint à l’âge de 48 ans. La vedette de la série culte « Dawson », diffusée à la fin des années 1990 et au début des années 2000, a succombé aux suites d’un cancer colorectal. Cette maladie touche spécifiquement le côlon et le rectum. Son décès tragique remet brutalement en lumière une tendance inquiétante observée par le corps médical : la forte augmentation des cas de ce type de cancer chez les adultes de moins de 50 ans.

Ce drame fait écho à la disparition d’une autre figure majeure d’Hollywood. En 2020, l’acteur Chadwick Boseman, mondialement connu pour son rôle dans « Black Panther », avait été emporté par la même pathologie. Il n’avait que 43 ans au moment de sa mort. Ces deux événements médiatisés illustrent une réalité statistique qui préoccupe de plus en plus les oncologues à travers le monde.

Si les causes exactes de ce phénomène demeurent encore mystérieuses, la communauté scientifique multiplie les recherches pour comprendre pourquoi cette maladie, autrefois associée au vieillissement, frappe désormais des organismes plus jeunes. Le cas de James Van Der Beek, diagnostiqué tardivement, souligne l’urgence de s’informer sur cette évolution sanitaire.

Des statistiques qui interpellent les chercheurs

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Les chiffres publiés récemment par la communauté scientifique confirment ce ressenti. Une étude parue l’an dernier dans le « Journal of the National Cancer Institute » apporte des données frappantes provenant d’Australie, du Canada, des États-Unis et du Royaume-Uni. Selon ces travaux, les personnes nées dans les années 1990 présentent un risque quatre fois plus élevé de développer un cancer colorectal que celles nées dans les années 1960.

La situation est telle qu’aux États-Unis, cette pathologie est devenue la première cause de mortalité par cancer chez les moins de 50 ans, d’après une étude publiée le mois dernier dans la revue JAMA. Helen Coleman, professeure en cancérologie à la Queen’s University de Belfast, ne cache pas son inquiétude face à ces résultats : « C’est vraiment effrayant », a-t-elle souligné. Elle nuance toutefois le propos en rappelant qu’« on partait d’un niveau très bas ».

Il est important de préciser que la grande majorité des diagnostics concerne toujours les seniors. Selon les recherches menées par Helen Coleman en Irlande du Nord, seuls 6 % des cancers colorectaux sont détectés chez les moins de 50 ans. Parallèlement, on observe que les taux se stabilisent, voire diminuent chez les personnes âgées dans certaines régions, un progrès attribué à l’amélioration des campagnes de dépistage.

L’hygiène de vie : une explication insuffisante

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Face à cette hausse, la question des causes se pose inévitablement. Traditionnellement, le cancer colorectal est associé à des facteurs de risque liés au mode de vie, tels que le surpoids, une mauvaise alimentation, le manque d’exercice physique, ainsi que la consommation d’alcool et le tabagisme. Ces éléments d’hygiène de vie défaillante sont souvent pointés du doigt dans l’apparition de cancers chez les sujets jeunes.

Cependant, ces facteurs classiques ne suffisent pas à justifier l’ampleur du phénomène actuel. Pour la professeure Coleman, ils n’expliquent pas à eux seuls « l’augmentation considérable observée en un laps de temps relativement court ». De plus, les médecins constatent que nombre de jeunes patients affichent une hygiène de vie apparemment irréprochable.

C’était précisément le cas de James Van Der Beek. Diagnostiqué en 2023, ce père de six enfants prenait grand soin de sa santé. En décembre dernier, il confiait son incompréhension face à la maladie : « J’allais au sauna, je faisais des bains froids, etc. – et j’avais un cancer de stade 3, sans le savoir ». Moins enclins à imaginer qu’ils puissent être touchés, les jeunes patients sont malheureusement souvent diagnostiqués trop tard.

La piste bactérienne et le mystère du microbiote

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Si le mode de vie n’est pas l’unique coupable, qu’est-ce qui pourrait expliquer cette augmentation relativement soudaine ? Jenny Seligmann, chercheuse spécialisée dans le cancer colorectal à l’Université de Leeds au Royaume-Uni, a reconnu à l’AFP : « Nous l’ignorons ». Ce mystère pousse les scientifiques à explorer de nouvelles pistes, notamment celle du microbiote, ce vaste écosystème de microbes peuplant notre intestin et encore mal connu.

Une étude publiée l’an dernier dans la revue « Nature » a fourni un « premier indice très important », selon Mme Coleman. Les chercheurs ont découvert que les mutations de l’ADN provoquées par une génotoxine appelée colibactine étaient beaucoup plus fréquentes chez les jeunes malades que chez les patients âgés. Cette toxine est produite par la bactérie Escherichia coli et sert d’arme pour se protéger d’autres microbes. Cette découverte nécessite toutefois d’être étayée par des recherches complémentaires.

D’autres hypothèses sont également à l’étude, comme l’usage répété d’antibiotiques qui pourrait être associé à un cancer colorectal précoce. Jenny Seligmann note par ailleurs l’existence de nombreux sous-types de la maladie, ce qui laisse penser que les causes sont multiples. « Il sera très difficile d’en identifier une seule », juge-t-elle.

Symptômes et dépistage : vers un changement des règles ?

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Avant son décès, James Van Der Beek, apparu amaigri, avait tenu à lancer un message de prévention fort. Il exhortait quiconque présentant le moindre symptôme à ne pas attendre. « J’ai envie de le crier sur tous les toits : si vous avez 45 ans ou plus, consultez votre médecin ! », avait-il déclaré. Les signes qui doivent alerter incluent la diarrhée, la constipation, la présence de sang dans les selles, une perte de poids inexpliquée ou encore une fatigue persistante.

La prise de conscience commence à se traduire par des changements politiques. Face à l’augmentation du nombre de cas chez les jeunes, les États-Unis ont décidé en 2021 d’abaisser l’âge du début du dépistage, le faisant passer de 50 à 45 ans. Cette mesure vise à détecter les tumeurs plus précocement, avant qu’elles n’atteignent un stade critique.

Cette décision américaine suscite des débats ailleurs dans le monde. Des voix s’élèvent désormais pour que d’autres pays suivent cet exemple et adaptent leurs recommandations. Pour l’heure, le Royaume-Uni et la France maintiennent un dépistage organisé proposé à partir de 50 ans.

Selon la source : journaldemontreal.com

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