Ottawa : Un pacte secret se dessine-t-il pour éviter les élections ?
Adam David - 2026-02-10 11:55
credit : lemorning.ca (image IA)
Des tractations loin des regards

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Depuis la reprise des travaux parlementaires à Ottawa il y a deux semaines, une activité intense, mais discrète, agite les corridors du pouvoir. Selon plusieurs informations, les libéraux et les conservateurs s’activeraient activement en coulisse pour élaborer une stratégie commune. L’objectif de ces manœuvres est clair : permettre au gouvernement minoritaire dirigé par Mark Carney de se maintenir au pouvoir et, par conséquent, de minimiser la probabilité d’élections dès ce printemps.
Ces discussions, confirmées par des sources proches du dossier à CBC News, visent à identifier des terrains d’entente législatifs. Trois sources distinctes, issues des rangs libéraux et conservateurs, ont accepté de se confier sous le couvert de l’anonymat, n’étant pas autorisées à évoquer publiquement ces pourparlers internes. Selon elles, la survie du gouvernement passerait par des accords permettant à l’opposition d’arracher certaines concessions politiques significatives.
Un changement de ton au sommet

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La session parlementaire actuelle semble marquer une rupture avec les tensions de l’automne dernier. Les libéraux de Mark Carney, qui peinaient alors à rallier les soutiens nécessaires pour faire avancer leur programme, ont opté pour le dialogue direct. Mercredi dernier, le premier ministre Carney et le chef de l’opposition officielle, Pierre Poilievre, se sont entretenus lors d’un tête-à-tête crucial. Deux sources ont confirmé que le ton de cet échange était nettement plus conciliant que lors de la précédente session.
Au sortir de cette rencontre, les déclarations publiques ont reflété cette volonté d’apaisement. Mark Carney a souligné sur les réseaux sociaux l’importance de « travailler ensemble en ce moment » pour adopter les lois attendues par les Canadiens. De son côté, Pierre Poilievre a rappelé ses priorités : une baisse des impôts, la réduction du déficit et la mise en place de politiques pour rendre le Canada « abordable, sûr et autonome ».
Cette nouvelle dynamique contraste avec l’arithmétique parlementaire qui reste précaire pour le gouvernement. Toujours à trois sièges de la majorité à la Chambre, l’équipe de Mark Carney sait que chaque vote compte. L’ouverture affichée par les deux leaders pourrait donc être la clé pour débloquer une situation législative qui semblait jusqu’alors figée.
Le budget : l’épée de Damoclès

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Au cœur des inquiétudes libérales se trouve la loi de mise en œuvre du budget, un texte colossal de plus de 600 pages déposé l’automne dernier. Ce projet de loi omnibus, actuellement examiné en commission, devra impérativement faire l’objet d’un vote de confiance plus tard dans la session. Les libéraux avaient exprimé en privé leurs craintes : un échec lors de ce scrutin fatidique entraînerait vraisemblablement la chute du gouvernement et le déclenchement d’élections.
Pour désamorcer cette menace, le premier ministre a évoqué, lors de son échange avec M. Poilievre, la possibilité d’apporter des amendements au texte. Si la forme exacte de ces modifications reste préliminaire, les discussions ciblent des points précis. L’un des enjeux majeurs concerne une disposition autorisant un ministre à exempter certaines entreprises de lois fédérales pour des projets jugés d’intérêt national.
Cette volonté de retoucher un texte aussi central démontre la fragilité de la position gouvernementale. En acceptant de revoir sa copie sur ce projet de loi omnibus, le gouvernement Carney tente de sécuriser sa survie politique tout en répondant aux exigences de l’opposition sur la gestion des finances publiques.
Points de friction : Code criminel et cybersécurité

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Au-delà du budget, d’autres textes législatifs font l’objet d’âpres négociations. C’est le cas du projet de loi C-9, qui propose d’introduire de nouvelles infractions au Code criminel. Ce texte rencontre une forte résistance de la part des conservateurs au comité parlementaire de la justice. Le blocage découle des inquiétudes soulevées par certains groupes religieux, craignant que la nouvelle mouture de la loi ne criminalise certains de leurs textes sacrés ou certaines pratiques de culte.
Parallèlement, la sécurité des infrastructures critiques est également sur la table des négociations. Le projet de loi C-8, consacré à la cybersécurité, a fait l’objet de discussions en vue d’éventuels amendements. Ces ajustements législatifs, s’ils aboutissent, pourraient permettre de débloquer l’agenda parlementaire et d’offrir au gouvernement des victoires législatives concrètes, tout en apaisant les craintes de l’opposition sur la portée de ces lois.
Départs et arithmétique parlementaire

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Si les discussions avancent, la réalité mathématique de la Chambre demeure inchangée : Mark Carney n’est pas plus près de former un gouvernement majoritaire qu’il ne l’était à l’automne. Les mouvements de personnel ont touché les deux camps. Bien que trois députés aient fait défection des rangs conservateurs, les libéraux ont subi des pertes notables. Chrystia Freeland et Bill Blair ont quitté leurs fonctions, tandis que Nate Erskine-Smith a annoncé la semaine dernière son intention de briguer un mandat lors d’une élection partielle provinciale en Ontario.
Face à cette instabilité, le premier ministre tente de garder le cap. Publiquement, il a déclaré le 26 janvier dernier que son gouvernement restait « axé sur les résultats pour les Canadiens ». Cette déclaration vise à rassurer l’électorat sur la capacité de son administration à gouverner malgré les turbulences internes et la menace constante d’un renversement.
Une opposition renforcée mais collaborative

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De son côté, Pierre Poilievre aborde cette session avec une légitimité renforcée. Lors du récent congrès conservateur, il a obtenu un taux d’approbation retentissant de 87,4 % de la part des militants s’étant prononcés sur son leadership. Fort de ce soutien interne massif, il a néanmoins choisi d’adopter un ton collaboratif à l’approche de la rentrée parlementaire, s’éloignant de la confrontation systématique.
Cette posture s’est concrétisée par une lettre ouverte adressée au premier ministre avant même la reprise des travaux. Dans ce courrier, M. Poilievre a proposé une collaboration active pour accélérer l’adoption de certains projets de loi. Il a notamment mis l’accent sur la nécessité de diversifier le commerce canadien, tout en insistant sur l’urgence de préserver les emplois qui dépendent des échanges avec les États-Unis.
Comme le rapporte Kate McKenna de CBC News, cette main tendue, couplée aux négociations secrètes sur le budget et les autres projets de loi, dessine les contours d’une session parlementaire singulière. L’avenir immédiat du gouvernement Carney dépendra de la solidité de ces compromis fragiles, tissés loin des caméras.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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