Congrès de Calgary : Le leadership de Poilievre sur la sellette entre doutes et ferveur militante
Adam David - 2026-01-28 12:33
credit : lemorning.ca (image IA)
L’heure des comptes dans l’Ouest

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C’est une semaine cruciale, pour ne pas dire décisive, qui s’amorce à Calgary. Imaginez un peu l’ambiance : entre 2000 et 3000 délégués qui débarquent en Alberta, valises pleines d’espoirs ou de griefs, pour ce grand raout conservateur qui se tient du 29 au 31 janvier. Ce n’est pas juste une réunion de famille pour manger des petits fours; l’enjeu est colossal. On parle ici de voter sur plus de 60 résolutions politiques — ça va de la privatisation des soins de santé à des questions beaucoup plus épineuses sur la diversité ou l’avortement — mais surtout, c’est le moment de vérité pour le chef.
Il faut se rappeler du contexte, qui est, disons-le, assez brutal. La constitution du parti est claire : quand on perd une élection, on passe au test de confiance. Et Pierre Poilievre a non seulement « échoué » à mener ses troupes au pouvoir en avril dernier, alors que les sondages leur souriaient depuis des mois, mais il a subi l’humiliation suprême de perdre son propre siège de Carleton, qu’il gardait au chaud depuis 2004. Ça fait mal. Il a dû attendre quatre longs mois et une élection partielle dans la forteresse de Battle River–Crowfoot pour remettre les pieds aux Communes. Alors, la question qui flotte dans les couloirs de l’hôtel de congrès est simple : est-il toujours l’homme de la situation ?
Dissonance cognitive : « Génie » pour les uns, « problème de marketing » pour les autres

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C’est là que ça devient intéressant, car les avis sont, comment dire… polarisés ? Prenons Sandy White, un délégué de Brome-Missisquoi. Pour cet ancien conseiller de l’ère Harper, le constat est sans appel : Poilievre a un « problème de marketing ». En entrevue, il ne mâche pas ses mots : « On a un leader qui est moins populaire que le parti ». Aïe. M. White reconnaît volontiers que le chef est un « génie » pour parler du coût de la vie ou du prix des maisons — des sujets qui touchent les gens, c’est vrai —, mais il doute de sa capacité à s’adapter.
Pour Sandy White, il faut quelqu’un capable de rassembler tout le monde, du Québec à la Colombie-Britannique, et il a l’intention de voter contre le leadership actuel. « Il doit partir », tranche-t-il, espérant voir émerger une figure plus rassembleuse, même s’il refuse de lâcher un nom pour l’instant. Et ce n’est pas le seul signal d’alarme. Depuis novembre, les conservateurs ont perdu deux députés au profit des libéraux (qui ont maintenant 170 sièges, à deux doigts de la majorité !). L’un d’eux, Chris d’Entremont, a d’ailleurs claqué la porte en critiquant le style « négatif » de Poilievre.
Mais attendez, changeons de perspective. Traversez la salle et vous tomberez sur Sharon Perry, une comptable de Port Moody–Coquitlam. Pour elle, c’est tout l’inverse. Elle trouve Pierre « très intellectuel » et doté d’une culture générale rare. « Il est porteur d’espoir », insiste-t-elle. Elle ne veut surtout pas qu’il change de ton. C’est fascinant de voir à quel point la perception change d’une personne à l’autre, non ? Elle admet que c’est dur de satisfaire tout le monde à 100 %, mais elle est convaincue que ses projets politiques sont solides.
Logistique, gros sous et débats de conscience

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Au-delà des personnalités, il y a la mécanique implacable de la politique. Rodolphe Husny, un stratège qui connaît la chanson (il a conseillé Harper), ne croit pas trop à un coup d’État. Pourquoi ? L’argent, tout simplement. Venir à Calgary coûte cher, très cher. Entre l’inscription (environ 1000 $) et le voyage, la facture grimpe vite au-dessus de 2000 $ pour ceux qui viennent de loin. Ça refroidit les ardeurs d’un mouvement de contestation spontané.
Pourtant, les vieux démons sont là. Husny rappelle que les enjeux sociaux reviennent « à chaque congrès ». Il y a cette fameuse motion qui veut retirer la promesse de ne pas légiférer sur l’avortement — une politique en place depuis 2005 ! Poilievre a beau dire, comme en avril dernier, qu’il n’y aura « pas de restrictions » (une position vieille de 21 ans, selon lui), Sharon Perry s’inquiète. Elle veut s’assurer que les idéaux sur les droits des femmes et des homosexuels ne soient pas piétinés, tout en pestant contre les « fausses nouvelles ».
Rappelons que le précédent chef, Erin O’Toole, a sauté en février 2022 suite à une révolte interne (liée à la thérapie de conversion, disait-on). À l’inverse, Stephen Harper avait obtenu 84 % de confiance à Montréal en 2005 avant de gagner le pouvoir. Sandy White a d’ailleurs son propre baromètre : si Poilievre gagne avec moins de 70 %, son avenir sera sérieusement questionné. Pourtant, avec 41 % du vote populaire et des gains en Ontario et en C.-B., le chef garde une base solide. C’est un jeu d’équilibriste.
Conclusion : Un catalogue de résolutions chocs

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Finalement, ce congrès, c’est aussi une liste d’épicerie idéologique assez musclée. Les délégués ne vont pas chômer. Voici un petit aperçu, en vrac, de ce qui est sur la table des discussions :
- Un retour en force du slogan pétrolier avec un soutien aux pipelines vers les trois côtes (« Drill, baby, drill! »).
- La volonté de mettre fin aux programmes de travailleurs étrangers temporaires et de mobilité internationale.
- Une attaque frontale contre la diversité : abandonner les mesures favorisant la diversité au profit d’une « méritocratie » stricte.
- Des mesures drastiques contre l’identification numérique et les monnaies de banque centrale (la méfiance est palpable).
- Sur le plan social : opposition à la décriminalisation des drogues dures, restriction de l’accès à l’aide médicale à mourir (conscience des établissements), et une motion controversée sur les « droits parentaux » face à l’identité de genre et la thérapie de conversion.
- Et n’oublions pas les classiques : encourager la privatisation des soins de santé pour plus de « flexibilité » et, bien sûr, le désinvestissement de CBC/Radio-Canada.
- Ils veulent aussi donner des dents au commissaire à l’éthique (amendes, suspensions, poursuites criminelles).
Bref, entre la survie du chef et la définition de l’âme du parti, les trois prochains jours à Calgary risquent d’être… sportifs.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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