Mark Carney et l’histoire des plaines d’Abraham : une relecture qui ne passe pas du tout

Mark Carney et l’histoire des plaines d’Abraham : une relecture qui ne passe pas du tout credit : lemorning.ca (image IA)

Une vision de l’histoire qui fait grincer des dents

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On dit souvent que l’histoire est écrite par les vainqueurs, mais la réécrire publiquement, c’est une tout autre paire de manches. Jeudi dernier, Mark Carney, désigné dans les textes comme premier ministre du Canada, a pris la parole sur les plaines d’Abraham, ce lieu si chargé de symboles pour nous. Et disons que ses mots ont eu l’effet d’une douche froide, voire glaciale, pour bon nombre d’observateurs. Alors qu’il recevait des éloges pour son passage au Forum économique mondial mardi, sa sortie à Québec a viré à la polémique.

Imaginez un peu la scène. Il a déclaré, sans sourciller, que les plaines d’Abraham symbolisent certes un champ de bataille, mais aussi, et je cite : « le lieu où le Canada a commencé à faire le choix historique de privilégier l’adaptation plutôt que l’assimilation, le partenariat plutôt que la domination, la collaboration plutôt que la division ». C’est une façon assez… particulière de voir les choses, non ? Cette déclaration, qui se voulait un appel à l’unité canadienne face aux menaces extérieures, a immédiatement mis le feu aux poudres. Il a aussi insisté sur l’importance du Québec dans le Canada, rappelant au passage les deux référendums où la province a voté contre l’indépendance.

La colère monte au Parti Québécois : colonialisme et flèches en réserve

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La réaction ne s’est pas fait attendre, et elle est venue, virulente, du chef du Parti québécois. Vendredi, juste avant le congrès d’orientation de son parti, Paul St-Pierre Plamondon était visiblement irrité. Pour lui, c’est clair : Mark Carney ne réalise même pas qu’il s’inscrit dans une longue tradition de colonialistes, remontant carrément à Lord Durham. Selon M. St-Pierre Plamondon, ce genre de discours de jeudi ne peut mener qu’à une seule chose : l’indépendance du Québec. Il voit là une tentative du fédéral de déformer notre histoire et de promettre la fin du mépris pile au moment où le mouvement indépendantiste reprend du poil de la bête.

Sur le réseau social X, à peine une heure après le discours, le chef péquiste dénonçait déjà cette vision, affirmant que ce n’est pas la première fois que l’histoire est tordue pour des raisons politiques. Il a d’ailleurs promis de décortiquer chaque point de l’allocution de Carney ce dimanche. Petite anecdote qui en dit long sur l’ambiance : pendant sa conférence de presse, son député Pascal Paradis a dû lui chuchoter à plusieurs reprises de se garder « quelques flèches pour dimanche ». C’est dire si l’envie de riposter était forte ! Pour PSPP, Carney rejoint la lignée de Pierre Elliott Trudeau, Jean Charest et Marc Miller, le ministre fédéral de l’Identité et de la Culture canadiennes, dans ce qu’il qualifie de régime colonialiste.

Silence radio chez Carney, défense de Champagne et indignation générale

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Du côté de Mark Carney, c’était silence radio vendredi. Il a même annulé sa présence à un point de presse après la réunion de son Cabinet à la dernière minute. C’est donc François-Philippe Champagne, le ministre des Finances, qui est monté au créneau pour défendre son chef. Selon lui, Paul St-Pierre Plamondon n’a tout simplement « pas écouté le même discours ». M. Champagne soutient que chacun a sa vision de l’histoire et préfère voir derrière ces propos la décision de bâtir quelque chose d’extraordinaire ensemble.

Mais il n’y a pas que les péquistes qui ont sauté au plafond. Jean-François Roberge, ministre québécois de la Langue française, a accusé Carney de présenter la Conquête comme un partenariat joyeux. Il a rappelé avec une pointe d’ironie qu’il y a deux jours, Carney prêchait l’honnêteté et la fin du mensonge… Il lui suggère donc de relire ses propres textes. Même son de cloche, quoique plus nuancé, chez les Libéraux : Charles Milliard, candidat à la chefferie du PLQ, a souligné qu’on ne peut pas ignorer les « pans plus sombres de notre histoire » et rejette l’idée que le Québec ait bénéficié d’un tel partenariat avec les Britanniques.

Conclusion : Le rappel brutal de la réalité historique

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Pour finir ce tour d’horizon des réactions épidermiques, il faut parler d’Ottawa, où les députés du Bloc québécois n’ont pas mâché leurs mots. Yves-François Blanchet a manié l’ironie avec une précision chirurgicale pour démonter la thèse de la « collaboration ». Il a énuméré une liste d’événements qui ressemblent à tout sauf à un partenariat idyllique : l’interdiction du français à l’école, le fameux rapport Durham niant culture et histoire à notre peuple, la pendaison de Louis Riel, la crise d’Octobre et les tricheries référendaires.

« C’était de la collaboration, ça ? » a-t-il semblé demander. Entre la visite bon enfant de Carney au Bonhomme Carnaval lors de son passage dans la Vieille Capitale et la tempête politique qu’il a déclenchée, le contraste est saisissant. On réalise, encore une fois, que toucher aux symboles historiques au Québec, c’est s’aventurer sur un terrain miné.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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