La rougeole fait son grand retour au Canada : enquête sur une crise qu’on croyait impossible

La rougeole fait son grand retour au Canada : enquête sur une crise qu’on croyait impossible credit : lemorning.ca (image IA)

Quand le doute s’installe, la maladie revient

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Vous vous souvenez de l’époque où l’on pensait que certaines maladies appartenaient aux livres d’histoire ? Eh bien, il semblerait que cette époque soit révolue. Depuis plus d’un an, la rougeole — cette maladie humaine ultra-contagieuse qu’on avait pourtant réussi à éliminer en 1998 — circule de nouveau chez nous. Le Canada a même perdu son statut de pays « exempt de rougeole » en novembre dernier. C’est assez inquiétant, non ?

Pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut écouter des histoires comme celle de Lydia Greene (un pseudonyme pour protéger sa vie privée). Cette maman de l’Alberta a passé 12 ans à refuser tous les vaccins pour ses trois enfants. Tout a commencé il y a une quinzaine d’années avec des questions légitimes sur les effets secondaires. Sauf que voilà… les médecins, souvent pressés, lui donnaient des réponses expéditives. Alors, Lydia s’est tournée vers là où on trouve de l’écoute, mais pas toujours la vérité : les forums de mamans en ligne.

« Tu deviens paranoïaque sur tout », raconte-t-elle. Les additifs, le fluor, les shampoings… tout devient un danger potentiel. Elle vivait dans une anxiété permanente, persuadée de protéger sa famille contre un système médical en qui elle n’avait plus confiance. Et elle n’est pas la seule. Un sondage Angus Reid de février 2024 montre que 17 % des parents canadiens sont désormais « vraiment contre » les vaccins. C’est quatre fois plus qu’en 2019 ! C’est énorme. Cora Constantinescu, une pédiatre de Calgary qui gère une clinique pour l’hésitation vaccinale, le voit tous les jours : les gens ont plus peur du remède que du mal, sous-estimant gravement les risques d’une maladie qui peut être mortelle.

2025 : L’année où le Canada est devenu l’épicentre

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On ne va pas se mentir, les chiffres font froid dans le dos. En 2025, notre pays est devenu le cœur de la résurgence de la rougeole dans les Amériques, faisant perdre au passage le statut d’élimination à tout le continent. Tout a basculé à l’automne 2024 : un simple voyageur infecté lors d’une réunion de famille au Nouveau-Brunswick, puis le virus a voyagé en Ontario avant de se disséminer partout. C’est allé vite, trop vite peut-être.

L’Alberta et l’Ontario concentrent à elles seules plus de 80 % des cas. Mais c’est vraiment en Alberta que la situation est… comment dire… critique ? On y a recensé plus de 2000 infections pour une population de 5 millions d’habitants. Pour vous donner une idée de l’ampleur, c’est presque autant que pour l’ensemble des États-Unis ! Le Dr Paul Parks, un urgentologue de Medicine Hat, n’avait jamais vu un seul cas de rougeole de sa carrière. Et là, soudainement, son urgence s’est remplie d’enfants malades. « C’était démoralisant de gérer une maladie qu’on peut prévenir à 100 % », confie-t-il.

Le problème, c’est que nos boucliers sont fissurés. Pour empêcher le virus de circuler, il faut que 95 % de la population soit vaccinée. Or, la couverture s’érode depuis des décennies. La pandémie de COVID-19 a, disons, mis le feu aux poudres en perturbant les services et en alimentant la méfiance. Regardez ces chiffres : en 2019, 86 % des enfants de deux ans avaient leurs deux doses. En 2023 ? Ils n’étaient plus que 76 %. Et quand les cas ont explosé, le système a été débordé au point que l’Alberta a cessé de déclarer systématiquement les nouveaux cas. On naviguait un peu à l’aveugle, d’autant plus que certains parents refusaient même de faire tester leurs enfants par peur d’être stigmatisés.

Une « poudrière » politique et idéologique

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Pourquoi ici ? Pourquoi maintenant ? C’est là que ça devient un peu plus complexe — et franchement frustrant pour les médecins. Si au Québec, 88 % des enfants du primaire sont vaccinés (ce qui est bien, mais toujours sous la barre des 95 %), en Alberta, la situation est alarmante. En 2024, seulement 68 % des enfants de deux ans étaient pleinement immunisés. Dans certains coins ruraux, ça tombe même sous les 50 %. Craig Jenne, immunologue à l’Université de Calgary, utilise une image assez parlante : nous étions comme une forêt asséchée qui n’attendait qu’une étincelle.

Mais il n’y a pas que la biologie. Il y a la politique. Paul Parks est catégorique : ce n’est pas une faillite de la médecine, c’est le résultat d’un choix idéologique. L’influence américaine est palpable, surtout avec des figures comme Robert F. Kennedy Jr. qui remettent en cause la sécurité des vaccins, ou les changements sur le site du CDC concernant l’autisme qui vont à l’encontre du consensus scientifique. Ça sème la confusion, forcément. « Est-ce qu’il y a quelqu’un qui a raison ? » se demandent les gens.

Et puis, il y a la gestion locale. En Alberta, beaucoup reprochent à la première ministre Danielle Smith ses positions durant la pandémie, qui auraient miné la confiance envers les autorités sanitaires. Une enquête du New York Times a même révélé qu’au moment critique, des responsables politiques auraient empêché la santé publique de communiquer sur l’importance de la vaccination. « Le gouvernement a dit non », raconte le Dr Parks. Résultat ? Un enfant est mort. Et les experts qui osent parler, eux, reçoivent des menaces. L’atmosphère est lourde, très lourde.

Conclusion : Reconstruire la confiance, un parent à la fois

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Alors, est-ce que tout est perdu ? Heureusement, non. L’histoire de Lydia nous montre qu’on peut changer d’avis. C’est en sortant de sa « chambre d’écho » et en parlant à de vrais scientifiques qu’elle a réalisé qu’elle avait tort. « J’ai dû accepter ce malaise », dit-elle. Aujourd’hui, non seulement ses enfants sont vaccinés, mais elle est devenue infirmière ! Elle vaccine les autres. C’est un sacré retournement de situation, vous ne trouvez pas ?

La clé, selon des experts comme le Dr Arnaud Gagneur de Sherbrooke, ce n’est pas de juger ou de faire la leçon. Ça ne marche pas. Il faut de l’empathie. Sa méthode d’entretien motivationnel, qui commence dès la maternité, a permis d’augmenter la couverture vaccinale d’environ 10 %. C’est en écoutant les peurs des parents sans les braquer qu’on rétablit les ponts. Mais il y a urgence. Comme le soulignent Craig Jenne et d’autres, la rougeole n’est peut-être que la pointe de l’iceberg. D’autres maladies oubliées, comme la coqueluche, frappent déjà à la porte. Il va falloir beaucoup de patience et de gentillesse pour refermer cette porte.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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