Alaska : Le cri des bélugas face au silence de Washington
Simon Kabbaj - 2026-01-24 11:28
credit : lemorning.ca (image IA)
Quand la nature prévient avant les hommes

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C’est une histoire qui vous glace le sang, et pas seulement à cause du froid polaire. Imaginez un peu la scène : Anchorage, Alaska. Au milieu de la nuit, des cris déchirants. Ce ne sont pas des sirènes, ni des alertes sur un téléphone portable, non… ce sont des bélugas. Rayna Paul, 50 ans, me raconte ça avec un regard si lourd qu’on a l’impression d’y voir toute la nuit arctique. Elle est directrice de l’environnement à Kipnuk, ou plutôt, de ce qu’il en reste.
Elle m’a dit que les bélugas s’étaient réunis à l’embouchure de la rivière Kugkaktik pour hurler. Leurs plaintes annonçaient un malheur imminent. On pourrait croire à une vieille légende racontée au coin du feu, un truc un peu mystique, mais la réalité est bien plus effrayante. Les biologistes le confirment d’ailleurs : ces animaux changent de comportement quand une catastrophe arrive. Ils sentent les extrêmes météo bien avant nous. Et cette fois-là, ils ne se sont pas trompés.
Pendant ce temps-là, à des milliers de kilomètres, Washington et Donald Trump semblent obsédés par la « sécurité » de l’Arctique, mais ils regardent ailleurs. Le vrai péril, c’est le climat. Une bonne partie de la côte habitée est littéralement à une tempête de l’engloutissement. Et la science ? Elle a été mise au placard. On a viré une bonne partie des météorologues. Résultat, pour Rayna et les siens, l’alerte n’est pas venue du gouvernement, mais des baleines.
L’exil forcé : Réfugiés dans leur propre pays

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Rayna m’a reçue dans la salle à manger d’un hôtel générique d’Anchorage. C’est là qu’ils vivent maintenant. Ils sont 950 réfugiés climatiques, parqués dans des hôtels au milieu des montagnes. Ils sont traumatisés, c’est le moins qu’on puisse dire. La nuit, Rayna rêve que des loups l’attaquent. « Je suis fatiguée », me glisse-t-elle. On sent que chaque mot lui coûte.
Tout a basculé le 12 octobre dernier. Ce qui restait du typhon Halong a frappé la côte ouest avec une violence inouïe. La sœur de Rayna se souvient de l’eau qui est montée en quelques minutes à peine. Cinq pieds d’eau (environ 1,5 mètre). Ils ont dû courir se réfugier dans l’école, certains avaient du mal à garder la tête hors de l’eau. C’était le chaos total. Les maisons ? Emportées. Le cimetière et les tombes des ancêtres ? Balayés par les flots. Imaginez voir l’histoire de votre famille disparaître sous vos yeux…
Maintenant, ils attendent. Les enfants courent mollement dans l’hôtel, les adultes ont le regard vide. Le temps est long, terriblement long. On leur promet de reconstruire, mais Rayna n’est pas dupe : « Reconstruire sur quoi ? Le pergélisol fond ! ». Le sol se dérobe littéralement sous leurs pieds. Retourner là-bas est impossible. En plus, leur mode de vie autosuffisant est en ruine ; le pipeline a ravagé l’habitat du saumon, leur nourriture de base. Ils savent que le cauchemar ne finira pas.
Le bras de fer : Trump contre la science

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Ce qui met vraiment en colère, c’est que tout ça, Donald Trump s’en fiche royalement. Les Autochtones voient le climat changer depuis 20 ans — moins de neige, glace bizarre — mais à Washington, le mot d’ordre c’est : forage. L’administration a relancé les projets dans l’Arctic National Wildlife Refuge, une terre sacrée pour les Premières Nations et les caribous. C’est une insulte directe. Rayna me l’a confirmé d’un hochement de tête silencieux : la résistance se fera de l’intérieur.
Pour comprendre l’ampleur du désastre scientifique, j’ai rencontré Rick Thoman, 64 ans, un météorologue passionné. Rendez-vous à l’aéroport d’Anchorage, entre deux ours polaires empaillés un peu kitsch. Rick n’a pas hésité à prendre l’avion depuis Fairbanks juste pour nous parler. Il a les larmes aux yeux quand il évoque la situation. Il compare l’Alaska à l’Atlantide. Rien que ça. Sauf qu’ici, ce n’est pas la colère de Zeus, mais la démesure humaine.
Le constat de Rick est accablant. Depuis le retour de Trump et l’arrivée du fameux projet DOGE d’Elon Musk pour sabrer dans les dépenses, la NOAA (l’agence météo fédérale) est à l’os. Budgets coupés, personnel réduit comme une peau de chagrin. « Je ne reconnais plus mon pays », m’a-t-il dit, la voix tremblante. Trois quarts de ses collègues sont partis. Conséquence directe ? Moins de ballons météo, donc moins de données. Si on avait eu les moyens, on aurait peut-être pu prévoir la tempête du 12 octobre et évacuer les gens à temps. Il y a eu un mort, des disparus, des blessés… tout ça aurait pu être évité. C’est révoltant.
Conclusion : Entre désespoir et prières russes

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En quittant Rick, le cœur lourd, je suis retournée vers le centre-ville d’Anchorage. La misère est palpable. J’ai vu un jeune homme, à peine 20 ans, qui cherchait son téléphone au bord de la rivière glacée. Il ne portait même pas de manteau, l’air totalement perdu, probablement sous influence. Il a failli se noyer sous nos yeux avant que mon collègue Ivanoh ne le tire de là. Le gamin s’est mis à pleurer en appelant sa mère. C’est ça, la réalité ici : une errance entre la vie et la mort.
Et au milieu de ce chaos gris, il y a des tourelles bleues qui se détachent dans le ciel. L’église Saint-Innocent. On se croirait en Russie. C’est l’héritage de la colonisation du XVIIIe siècle. Ironie de l’histoire : les colons russes étaient brutaux, mais les missionnaires orthodoxes ont protégé les Autochtones. Aujourd’hui, 80 % des fidèles sont autochtones.
Le père Thomas Rivas me l’a confirmé : ici, la foi orthodoxe et les croyances ancestrales sont intimement liées. « Nous prions pour que le climat se régule », m’a-t-il dit. Dans cette église, j’ai vu un réfugié embrasser l’icône d’un saint doré avec une ferveur désespérée. C’est peut-être tout ce qu’il leur reste, l’espoir. Parce que s’il y a bien une chose que l’administration Trump ne peut pas encore couper, ce sont les prières.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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