Fin du télétravail : Le dilemme impossible imposé aux fonctionnaires fédéraux
Simon Kabbaj - 2026-01-19 11:49
credit : lemorning.ca (image IA)
Un ultimatum brutal : Déménager ou partir

credit : lemorning.ca (image IA)
C’est une nouvelle qui fait l’effet d’une douche froide pour bon nombre d’employés de l’État. Imaginez la scène : vous travaillez tranquillement de chez vous, peut-être à Montréal, persuadé que votre arrangement est solide, et soudain, le couperet tombe. C’est exactement ce qui arrive à plusieurs fonctionnaires d’Affaires mondiales Canada (AMC). On leur a posé un ultimatum qui semble sans issue : soit ils reviennent travailler dans les bureaux de la région de la capitale fédérale, soit ils doivent démissionner. Pour beaucoup, c’est la incompréhension totale, surtout pour ceux embauchés avant ou pendant la pandémie avec la promesse implicite de pouvoir exercer leurs fonctions à distance.
La colère gronde, et c’est peu de le dire. Un fonctionnaire, qui a préféré garder l’anonymat par peur, disons-le franchement, de représailles, ne mâche pas ses mots : « Je suis en colère », lance-t-il. Il explique que sa situation familiale rend tout déménagement impossible. Il ne peut pas non plus s’imaginer faire la navette trois fois par semaine ou plus. Ce qui fait le plus mal? Il assure avoir reçu des garanties verbales lors de son embauche. « Ça faisait vraiment partie de mes questions préliminaires », confie-t-il, un brin amer. Il ajoute que s’il avait su qu’il risquait de perdre son emploi pour ça, il n’aurait jamais postulé. Son constat est sans appel : « On me met littéralement dans une situation d’échec. Ça me pue au nez cette espèce de tractation administrative. »
Ce n’est pas un cas isolé, loin de là. Radio-Canada a pu échanger avec deux autres fonctionnaires dans la même galère. Eux aussi craignent des mesures disciplinaires s’ils ne plient pas l’échine devant ces nouvelles exigences. Le sentiment général? Ils ont été pris au dépourvu. L’un d’eux avoue avoir « perdu espoir » de se retrouver une place au gouvernement, tandis que l’autre qualifie cette gestion de « super inhumain ». Ils auraient bien voulu chercher ailleurs dans la fonction publique, mais avec les compressions budgétaires récentes, c’est un peu mission impossible.
La réponse bureaucratique et les chiffres

credit : lemorning.ca (image IA)
Face à cette détresse humaine, la réponse de l’administration reste, comment dire… très administrative. La règle est désormais stricte : la majorité des fonctionnaires doivent être au bureau trois jours par semaine, et pour les cadres, c’est carrément quatre jours. En théorie, ceux qui habitent à plus de 125 kilomètres de leur lieu de travail peuvent demander une exemption, mais la réalité semble bien plus complexe. Il y a d’ailleurs une confusion autour des chiffres. Les données indiquent qu’à la fin de l’année 2025, 307 employés d’Affaires mondiales Canada travaillaient à distance en raison de cet éloignement, alors qu’en avril 2024 — moment où le ministère a commencé sa compilation — ils étaient 238 dans cette situation.
Du côté officiel, Charlotte MacLeod, la porte-parole d’AMC, tient à mettre les points sur les i. Elle souligne dans une déclaration écrite que les ententes de télétravail sont des documents distincts de la lettre d’offre signée à l’embauche. Selon elle, le lieu de travail désigné reste clairement indiqué dans ces lettres, peu importe les arrangements temporaires. Elle précise que les ententes de télétravail « sont réexaminées et renouvelées annuellement ou au besoin, et peuvent être modifiées avec un préavis raisonnable ». C’est froid, c’est factuel.
Le problème, c’est que Radio-Canada n’a pas pu vérifier les fameuses ententes initiales de ces employés, tout simplement parce qu’elles ont souvent été conclues oralement. Et là-dessus, le ministère reste muet. On ne sait pas non plus quels critères exacts les sous-ministres adjoints utilisent pour accepter ou refuser les demandes, ni quelle est l’étendue de leur pouvoir discrétionnaire. AMC affirme ne pas compiler de données sur le nombre de demandes annulées ou rejetées. On navigue un peu à vue. Pourtant, les règles permettent toujours, sur le papier, le télétravail à temps plein pour ceux à plus de 125 km, mais c’est du « cas par cas », sous réserve des exigences opérationnelles et de l’approbation de la direction.
Bras de fer syndical et contexte politique

credit : lemorning.ca (image IA)
Pendant ce temps, la grogne monte du côté syndical. Alex Silas, le vice-président exécutif national de l’Alliance de la Fonction publique du Canada (AFPC), ne décolère pas. Il condamne fermement ce qu’il appelle un « revers » de la part d’Affaires mondiales Canada. Pour lui, c’est inacceptable : « On place ces gens dans des situations impossibles : soit ils déménagent à Ottawa, soit ils démissionnent! Ce n’est pas raisonnable. » Il promet que le syndicat va se battre pour faire respecter les engagements pris, même verbalement, lors de l’embauche.
M. Silas soulève aussi une incohérence majeure. Il rappelle qu’il n’y a pas si longtemps, le président du Conseil du Trésor affirmait haut et fort que le télétravail était « l’avenir de la fonction publique fédérale ». Aujourd’hui, les employés se sentent trahis et confus. Le leader syndical craint que ce retour forcé au bureau, dont les modalités précises pour l’avenir se font attendre, ne finisse par nuire gravement à la capacité de l’État à recruter et retenir ses talents.
Il y a aussi une toile de fond politique à ne pas négliger. Charlotte MacLeod assure que ces décisions sont distinctes de l’examen exhaustif des dépenses mené par les libéraux de Mark Carney. Cet examen vise tout de même à réaliser des économies colossales de 60 milliards de dollars sur une période de cinq ans. Est-ce vraiment sans lien? Difficile à dire. Alex Silas, lui, voit dans cette gestion brusque un signe inquiétant : « Malheureusement, ça témoigne du manque de transparence et de consultation de la part du gouvernement. »
Un avenir incertain et des disparités

credit : lemorning.ca (image IA)
Alors, quel avenir pour ces exemptions? C’est la grande question. En 2023, le secrétariat du Conseil du Trésor avait pourtant mis en place des règles intérimaires pour encadrer le télétravail à temps plein des employés résidant à plus de 125 km. Ces règles sont censées être en vigueur jusqu’en mars 2027. Mais après? Mystère. Le gouvernement refuse de préciser les critères qui seront utilisés pour décider de leur reconduction, et même le plus gros syndicat de fonctionnaires n’a pas plus d’informations. De plus, il n’existe aucune donnée centralisée sur les demandes acceptées ou rejetées à l’échelle gouvernementale.
Ce qui ajoute à la frustration, c’est l’inégalité de traitement d’un ministère à l’autre. Ailleurs, on semble plus souple. Prenez Transport Canada, par exemple. Leur porte-parole, Hicham Ayoun, indique que des fonctionnaires ont été recrutés à l’échelle nationale spécifiquement pour des postes en télétravail à temps plein, basés sur les compétences et les besoins. Selon les dernières données, 36 employés bénéficiaient de cette exemption chez eux. Une approche bien différente qui laisse un goût amer à ceux d’Affaires mondiales Canada, forcés de choisir entre leur maison et leur gagne-pain.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.