François Legault : Itinéraire d’un homme d’affaires devenu le père de la CAQ
Simon Kabbaj - 2026-01-15 10:35
credit : lemorning.ca (image IA)
Une vie consacrée au service public

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Quand on regarde dans le rétroviseur, c’est fou de voir tout le chemin parcouru. On parle ici de 28 années, rien de moins, que François Legault a données au service public. C’est toute une vie, ou presque. Du jeune loup des affaires aux cheveux un peu plus gris du premier ministre gérant des crises sans précédent, son parcours est tout sauf banal.
C’est une histoire qui commence dans l’ouest de l’île de Montréal, à Sainte-Anne-de-Bellevue pour être précis, où il est né le 26 mai 1957. Le jeune François ne perd pas de temps. Armé de sa maîtrise en administration des affaires (le fameux MBA) des HEC, il plonge dans le monde du travail. D’abord comme directeur des finances chez Nationair entre 1984 et 1985, mais c’est surtout l’année suivante, en 1986, que les choses sérieuses commencent.
C’est là qu’il cofonde Air Transat. Il n’était pas seul, évidemment, il s’est lancé là-dedans avec Jean-Marc Eustache et Philippe Sureau. Une belle aventure entrepreneuriale qui lui a permis, disons-le franchement, de réaliser des gains substantiels lors de la vente de ses parts. Mais l’appel de la politique était peut-être plus fort que celui de l’argent.
En 1998, il fait le grand saut. Il entre au Conseil des ministres du gouvernement du Parti québécois, sous l’aile de Lucien Bouchard. Au début, il n’est même pas élu! Il s’occupe de l’Industrie, du Commerce, de la Science et de la Technologie. Mais ça ne dure pas; il se fait élire en bonne et due forme dans Rousseau, dans Lanaudière, le 30 novembre 1998. Il va ensuite enchaîner les postes clés jusqu’en 2003 : l’Éducation avec Bouchard, puis la Santé sous Bernard Landry. Une feuille de route déjà bien garnie.
La naissance de la troisième voie et l’épreuve du feu

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Après un passage à vide et un départ de la vie politique en 2009 — il avait entre-temps publié son étude Finances d’un Québec souverain en 2005 —, il revient avec une idée en tête. En février 2011, avec l’homme d’affaires Charles Sirois, il fonde la Coalition pour l’avenir du Québec (CAQ). Un an plus tard, le 14 février 2012, c’est la fusion avec l’ADQ de Mario Dumont et Jean Allaire. La machine est lancée.
Le chemin n’a pas été sans embûches. De retour à l’Assemblée nationale en 2012 comme député de L’Assomption, il doit d’abord se contenter des bancs de l’opposition. En 2012, ils sont 19 députés (27 % des votes), puis 22 élus en 2014. La CAQ se cherche, se définit comme nationaliste, voulant défendre les intérêts du Québec à l’intérieur du Canada, et surtout, réduire l’écart de richesse avec les autres provinces.
Et puis, le vent tourne. Le 1er octobre 2018, c’est la consécration. François Legault devient premier ministre. « Aujourd’hui, on a marqué l’histoire », lance-t-il. Avec 74 députés et plus de 37 % des votes, il a les mains libres. Son premier budget en mars 2019 mise sur les aînés et l’économie, et le 16 juin 2019, il fait adopter sous le bâillon la fameuse loi sur la laïcité de l’État. Pour lui, c’est un règlement nécessaire d’un débat qui traînait depuis trop longtemps. « Enfin ! », qu’il disait.
Mais personne n’avait vu venir la suite. En 2020, un ennemi invisible débarque : la COVID-19. Le 13 mars, c’est l’état d’urgence sanitaire. François Legault se retrouve à gérer une crise mondiale. « Pour freiner le virus, il faut agir vite », répète-t-il. On entre dans l’ère de la gouvernance par décret, ce que certains appelleront le « bazooka démocratique ». couvre-feu le 9 janvier 2021, mesures d’exception… C’était une période sombre. Selon les données de l’INSPQ en date du 10 janvier 2026, on compte malheureusement 21 695 décès liés à ce virus au Québec.
Un deuxième mandat marqué par les turbulences économiques

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Malgré tout, les Québécois lui font confiance. Le 3 octobre 2022, c’est un raz-de-marée : 90 députés élus, presque 41 % des voix. C’est historique, deux mandats majoritaires de suite pour un même parti, on n’avait pas vu ça depuis 1998. Il promet de gouverner « avec tout mon cœur ». En mai 2022, il avait déjà marqué des points avec sa réforme de la langue française, modifiant la Charte de 1977. « Grande journée pour la nation québécoise! », s’exclamait-il.
Mais la lune de miel a ses limites. Le dossier du 3e lien entre Québec et Lévis, par exemple, a été un véritable feuilleton à rebondissements. Au printemps 2021, c’était un projet phare. Finalement, en juin 2025, la CAQ annonce un pont-tunnel entre l’A20 et l’A40… mais sans qu’on sache trop combien ça va coûter ni où passera le transport collectif. Le flou total.
Et que dire des déboires économiques? En septembre 2025, le gouvernement doit mettre la hache dans le projet de l’usine Northvolt sur la Rive-Sud. Une catastrophe financière : le gouvernement perd 270 millions de dollars injectés dans la faillite de la maison mère suédoise. Ajoutez à ça les 200 millions rayés des livres de la Caisse de dépôt et un prêt de 240 millions pour le terrain… la facture est salée.
Ça ne s’arrête pas là. On se souviendra du fiasco numérique de SAAQclic, qui a nécessité une commission d’enquête. Lors de son témoignage devant la commission Gallant le 2 septembre dernier, M. Legault a semblé pris au dépourvu, affirmant n’avoir entendu parler des dépassements de coûts qu’en février 2025. « On aurait dû m’informer », a-t-il lâché, blâmant un peu le manque de curiosité de ses ministres.
Tensions sociales et départ des fidèles

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La fin de ce parcours est aussi marquée par une grogne sociale palpable. À l’automne 2025, l’abolition du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) met le feu aux poudres chez les immigrants. En parallèle, les chicanes avec le fédéral sur les demandeurs d’asile s’intensifient en décembre 2025, Legault insistant sur la capacité d’intégration au français à Montréal.
Le climat de travail n’est pas plus rose. La loi 14, entrée en vigueur fin novembre 2025, limite le droit de grève et impose l’arbitrage, ce qui n’a pas aidé les relations déjà tendues avec les infirmières et les enseignants. C’est dans ce contexte difficile que François Legault a vu ses piliers quitter le navire un à un.
D’abord, son « superministre » Pierre Fitzgibbon part en septembre 2024. Puis, c’est l’hémorragie. Le 30 octobre 2025, son ami de longue date et cofondateur de la CAQ, Lionel Carmant, démissionne et quitte le caucus, en désaccord profond avec la loi 2 sur la rémunération des médecins. Maïté Blanchette Vézina avait déjà claqué la porte en septembre pour siéger comme indépendante. Et le coup de grâce? En décembre, c’est Christian Dubé, ministre de la Santé, qui démissionne et devient lui aussi indépendant.
C’est la fin d’une époque, assurément. Entre les succès électoraux indéniables et les crises de fin de régime, l’héritage de François Legault reste complexe, riche et, disons-le, mouvementé.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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