Violences au CHUM : l’hôpital serre la vis face à une situation devenue intenable
Mathieu Gagnon - 2026-01-14 11:28
credit : lemorning.ca (image IA)
Quand l’urgence devient une zone à risque

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C’est un constat qui fait froid dans le dos, mais qu’il faut bien regarder en face. L’an dernier, en 2025, la situation a atteint un tel point de rupture au Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM) qu’on y a recensé pas moins de 900 expulsions pour des comportements violents ou des incivilités. Vous imaginez ? C’est énorme pour un lieu de soins.
Ce n’était plus tenable, vraiment. L’hôpital, qui voit passer environ 1600 patients chaque semaine à son urgence, a dû se rendre à l’évidence : le statu quo n’était plus une option. Josée Rondeau, qui coordonne les mesures d’urgence et la sécurité là-bas, ne mâche pas ses mots. Elle explique que les problèmes viennent d’un peu partout. D’un côté, on a les accès de colère de « monsieur et madame Tout-le-Monde » — probablement exaspérés par l’attente, je suppose — et de l’autre, une augmentation visible de personnes en situation d’itinérance, souvent aux prises avec de lourds problèmes de santé mentale ou de consommation.
Le climat était devenu si toxique que des patients, ne se sentant plus en sécurité, préféraient quitter l’urgence avant d’être soignés. Pire encore, même les médecins commençaient à reculer, craignant pour leur propre intégrité physique et refusant parfois d’intervenir en salle d’attente. L’équipe de sécurité, elle, se sentait complètement débordée. Il fallait agir, et vite.
Une nouvelle escouade pour apaiser les nuits

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Alors, qu’est-ce qu’ils ont fait ? Depuis trois ans, la direction tente d’adapter ses méthodes, mais le gros changement est arrivé récemment, en février 2025. La nuit, le visage de la salle d’attente a changé. Ils ont ajouté deux agents de pacification et d’intervention (API). Ce ne sont pas des gardiens de sécurité classiques ; ils ont une formation différente, axée sur le dialogue pour désamorcer les crises avant que ça n’explose.
Mais ce n’est pas tout. Pour épauler les gardiens de nuit, on trouve désormais des intervenants psychosociaux, et ce, sept jours sur sept. Constantin Georgiades, le chef du secteur service social au CHUM, insiste sur l’importance de cette mesure. L’idée, c’est de laisser les infirmières et les médecins faire leur boulot médical, pendant que des spécialistes gèrent le côté psychosocial et proposent des solutions concrètes aux usagers en détresse. Au total, le service social de l’hôpital compte maintenant une armée de 70 travailleurs.
Concrètement, sur chaque quart de travail de nuit, il y a maintenant six personnes dédiées uniquement à la sécurité des usagers et du personnel. Et ils sont équipés : le personnel dispose de 250 à 300 boutons d’alarme, garantissant une intervention de l’équipe de sécurité en aussi peu que 60 secondes. C’est rapide, très rapide.
Armes, fouilles et statistiques : le bilan choc de 2025

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Les chiffres rapportés pour l’année 2025 sont assez stupéfiants et montrent bien l’ampleur du défi. Tenez-vous bien : il y a eu un total de 3363 demandes d’assistance ou d’activations de boutons d’alarme dans tout l’hôpital. Sur ce nombre, près de la moitié, soit 1589, provenaient directement du secteur de l’urgence.
Et on ne parle pas juste de cris ou d’insultes. La sécurité a saisi un total de 54 armes prohibées, dont 43 rien qu’à l’urgence. C’est effrayant quand on y pense. Pour ce qui est des expulsions, sur le total de 899 (ou 900 pour arrondir), 502 ont eu lieu à l’urgence. Pour tenter de filtrer tout ça, ils n’ont pas chômé sur les contrôles : 1943 procédures de fouille avec détecteur de métal ont été effectuées à l’entrée de l’urgence.
Le CHUM n’est d’ailleurs pas le seul à devoir se barricader un peu. Ailleurs à Montréal, l’Hôpital Notre-Dame utilise aussi des détecteurs de métaux. Là-bas, patients et visiteurs peuvent déposer leurs affaires dans un casier avant de passer à la fouille. On en est là.
L’impact des haltes-chaleur et le regard vers l’avenir

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Il y a quand même une petite lueur d’espoir, ou du moins une amélioration temporaire, grâce à ce qui se passe dehors. En décembre, la nouvelle administration municipale menée par Soraya Martinez Ferrada a annoncé la création d’une cellule de crise en itinérance et, surtout, l’ajout de 500 nouvelles places en haltes-chaleur.
Josée Rondeau a tout de suite vu la différence. Elle note une diminution de la fréquentation à l’urgence cet hiver. Pourquoi ? Parce que cette année, les haltes-chaleur ont ouvert beaucoup plus tôt et resteront accessibles jusqu’au printemps. C’est logique, au fond. Michel, un homme hébergé à la Maison du père, résume la situation avec une honnêteté brutale : les sans-abris vont à l’urgence pour la chaleur, car « dans le métro, on ne les endure pas ».
Constantin Georgiades salue évidemment l’ouverture de ces haltes, mais il reste lucide. Pour lui, le problème est tellement massif que ces mesures restent insuffisantes. Il souligne qu’il faut impérativement réfléchir à des stratégies d’hébergement plus permanentes et abordables. Sans ça, on ne fait que mettre un pansement sur une plaie ouverte.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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