Iran : silence radio, répression sanglante et l’ombre de Trump qui plane

Iran : silence radio, répression sanglante et l’ombre de Trump qui plane credit : lemorning.ca (image IA)

Le grand noir numérique

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C’est le noir total. Ou presque. Depuis jeudi dernier, l’Iran semble avoir disparu des radars numériques. Les autorités ont tout simplement débranché la prise, coupant l’accès à Internet dans tout le pays pour, disons-le franchement, étouffer le cri de la rue. Cela fait maintenant cinq jours que les informations ne nous parviennent qu’au compte-gouttes, filtrant péniblement à travers ce mur de silence.

Le mouvement de contestation, qui secoue le régime des mollahs depuis plus de deux semaines maintenant, est entré dans une phase critique. Tout a commencé le 28 décembre dernier. Au départ, c’était la colère économique, le ventre vide, la vie chère… mais très vite, ça a dérapé. La violence s’est installée et les slogans ont changé : on ne demande plus du pain, on demande la chute du régime en place depuis la révolution de 1979.

Mais qu’est-ce qui se passe vraiment sur le terrain? C’est le flou artistique. D’un côté, les organisations de défense des droits de la personne, avec leurs réseaux clandestins, avancent le chiffre effrayant de plus de 600 manifestants tués. De l’autre, le régime pleure ses propres pertes, évoquant plus de 100 morts dans les rangs des forces de l’ordre. Sans parler des milliers d’arrestations. Pour essayer d’y voir clair dans ce brouillard, Radio-Canada a dû se tourner vers des experts, car sur place, les caméras sont aveugles.

Une colère familière, mais une étincelle nouvelle

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On pourrait se dire : « Encore? ». Et on n’aurait pas tort. L’Iran, c’est une terre de révoltes cycliques. En 47 ans, depuis la chute du shah, on a compté une dizaine de soulèvements majeurs. Je me souviens de juillet 1999, quand les étudiants avaient pris les campus pour défendre la liberté de la presse. Ou encore 2009, le fameux « mouvement vert » contre la réélection douteuse de Mahmoud Ahmadinejad. Et plus près de nous, la tragédie de 2022 avec la mort de Mahsa Amini, cette jeune femme de 22 ans arrêtée pour un voile mal ajusté.

À chaque fois, la répression a été brutale, et à chaque fois, le régime a survécu. Talal Atrissi, prof à l’Université libanaise, pense que ce scénario risque de se répéter. Pourquoi? Parce que le pouvoir a encore des soutiens, et pas des moindres. Regardez les chiffres de l’élection de 2024 : le président réformiste Massoud Pezechkian a raflé près de 10 millions de voix, mais l’ultraconservateur Saïd Jalili le talonnait avec 9,5 millions. Ce n’est pas rien. Lundi encore, des milliers de partisans du régime battaient le pavé pour soutenir le pouvoir.

Mais… il y a un « mais ». L’étincelle est différente cette fois. M. Atrissi pointe du doigt un détail crucial : la grève des commerçants du bazar de Téhéran. Historiquement, ces gens-là sont les alliés naturels du pouvoir. S’ils lchent le régime, c’est que la situation économique est intenable. L’effondrement du rial, l’inflation qui rend le riz, les œufs ou la viande inabordables… c’est le portefeuille qui a mis le feu aux poudres, même si les revendications sont devenues politiques.

Et la réponse du régime? C’est un carnage, il n’y a pas d’autre mot. Hadi Ghaemi, qui dirige le Centre pour les droits de la personne en Iran depuis New York, parle carrément de « massacre ». Son ONG a recueilli le témoignage glaçant d’un médecin qui a soigné des blessés entre le 6 et le 10 janvier à Téhéran et Ispahan avant de s’enfuir. Il décrit des scènes de guerre : balles réelles, armes automatiques, tirs à la tête et à la poitrine. Des vidéos authentifiées par l’AFP et Reuters montrent des corps dans des sacs noirs devant les morgues ou gisant dans les rues. Le régime, lui, parle de « guerre contre les terroristes » qui visent les mosquées. Classique.

L’impasse politique et l’ombre américaine

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Le problème, et c’est là que le bt blesse, c’est l’absence d’alternative. Danny Citrinowicz, un ancien du renseignement israélien qui connaît la musique, l’explique très bien sur X : il n’y a pas d’opposition structurée à l’intérieur. Et à l’extérieur? C’est la cacophonie. Certains rêvent du retour de la monarchie avec Reza Pahlavi, le fils du dernier shah exilé aux USA, mais d’autres voient ça comme un retour à la tyrannie. Beaucoup d’Iraniens détestent le régime actuel mais sont terrifiés par le vide, le chaos, ou un démembrement du pays façon puzzle.

Et puis, il y a l’éléphant dans la pièce : Donald Trump. Le président américain menace de frapper fort. On se souvient des frappes conjointes avec Israël en juin dernier contre les sites nucléaires, suivies de cette « guerre de 12 jours » qui a laissé l’Iran affaibli. Les sanctions de l’ONU sont revenues en septembre, et l’incendie des dépôts pétroliers de Shahran le 15 juin 2025 est encore dans les mémoires. Mais pour Talal Atrissi, les USA ont peut-être raté le coche lors de cette guerre de 12 jours.

Pire, l’ingérence américaine pourrait être contre-productive. Quand le Mossad dit « nous sommes avec vous dans la rue », ça jette un froid et ça nourrit la paranoïa du régime sur des manifestants « téléguidés ». Trump veut-il le chaos ou un interlocuteur pour négocier? La Maison-Blanche souffle le chaud et le froid : Karoline Leavitt dit que les frappes sont « sur la table », mais l’émissaire Steve Witkoff discute en privé avec Téhéran. La diplomatie n’est pas morte, apparemment.

Conclusion : Surveiller les fissures

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Alors, on regarde où maintenant? Les experts s’accordent à dire qu’il faut surveiller l’armée. Pas les Gardiens de la révolution, eux sont mariés au régime jusqu’à la mort. Mais l’armée régulière… c’est le talon d’Achille, selon M. Citrinowicz. Si la répression s’intensifie, vont-ils continuer à tirer sur leurs propres frères et sœurs? Clément Therme se pose la même question : la fraternisation avec la rue, c’est le cauchemar des mollahs.

Il faudra aussi voir si la diaspora arrive enfin à s’unir pour proposer quelque chose de crédible, comme l’espère Hadi Ghaemi. Mais ne sous-estimons jamais le pragmatisme persan. M. Atrissi nous rappelle que les Iraniens sont des maîtres de la diplomatie. S’ils négocient encore avec les Américains en coulisses, c’est que la guerre totale n’est peut-être pas leur seule option. Pour l’instant, on attend, on observe, et surtout, on espère que la connexion revienne pour mesurer l’ampleur réelle du drame.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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