Une clinique flambant neuve reste désespérément vide à Wentworth-Nord : l’absurdité du système
Mathieu Gagnon - 2026-01-12 11:18
credit : lemorning.ca (image IA)
Une coquille vide prête à servir

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C’est une situation qui frôle l’ironie, ou peut-être le drame, c’est selon. Depuis plusieurs mois, une banderole prometteuse annonçant « ouverture bientôt » flotte au vent devant le local de la nouvelle coopérative de santé de Wentworth-Nord, dans les Laurentides. Mais derrière la porte, il ne se passe rien. Absolument rien.
Imaginez un peu le tableau : cette municipalité de 1700 habitants, qui ne dispose ni de CLSC ni de Groupe de médecine de famille (GMF), se mobilise corps et âme depuis maintenant deux ans pour offrir des soins de proximité à sa population. Tout est là, ou presque. La structure a réussi à rallier 200 membres, elle a son conseil d’administration et une équipe de bénévoles dévoués.
Même le local est prêt ! Il a été gracieusement offert par un mécène local, un geste rare. Grâce à diverses activités de financement menées à la sueur du front de la communauté, cinq nouveaux bureaux y ont été aménagés. Le président de la coopérative, Richard Daoust, précise même que les meubles devraient être livrés incessamment sous peu. Tout est en place pour accueillir les patients… sauf l’essentiel : le personnel soignant.
À la recherche de la perle rare et bureaucratie bloquante

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Le hic, c’est que le recrutement est au point mort. Au départ, l’ambition était modeste, je dirais même réaliste : la coopérative cherchait un médecin à temps partiel. M. Daoust décrit le profil idéal, presque comme une petite annonce de rencontre : un médecin qui aurait son chalet dans le coin, qui chercherait une préretraite, quelqu’un qui est, pour citer ses mots, « tanné de travailler cinq jours par semaine ». Mais voilà, malgré les charmes de la région, « je n’ai pas réussi à en trouver », avoue-t-il avec désolation.
Face à ce mur, ils ont envisagé d’autres options. Pierre Gagné, le président de la chambre de commerce de Wentworth-Nord, explique qu’ils se seraient volontiers contentés d’une infirmière praticienne spécialisée (IPS) ou même d’une infirmière clinicienne. « Cette option semblait beaucoup plus facile, mais elle s’est aussi avérée impossible », confie-t-il. Il garde un espoir prudent, disant que les astres s’alignent, mais il ne cache pas son impatience : « on aimerait que ça s’aligne un peu plus vite ».
Pourquoi est-ce si compliqué ? David Levine, vice-président de la coop et ancien homme politique bien connu pour sa gestion d’établissements de santé, pointe du doigt un problème structurel. Il y a trop de départs à la retraite et pas assez de jeunes médecins. Mais c’est surtout la rigidité du système qui exaspère. M. Levine explique qu’ils seraient très heureux de prendre une IPS pour deux jours et demi par semaine. Le problème ? Dans le réseau public, les conventions collectives exigent qu’une IPS travaille impérativement à temps complet. C’est tout ou rien.
Ils ont même proposé au CISSS des Laurentides une solution alternative : engager une infirmière bachelière pour agir comme gestionnaire de cas, faire le triage et guider la clientèle. Mais là encore, ça coince. M. Levine blâme une « structure actuelle très bureaucratique », difficile à changer, où l’innovation locale se heurte à un manque flagrant de flexibilité des conventions.
Un désert médical qui pèse sur les aînés et les urgences

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Pendant ce temps, la réalité du terrain est inquiétante. Karine Dostie, la mairesse de Wentworth-Nord, rappelle une vérité crue : la majorité de ses résidents n’ont pas de médecin de famille. Et on parle d’une population vieillissante. Le risque est tangible. Beaucoup d’aînés repoussent leurs consultations simplement parce qu’ils sont réticents — ou incapables — de parcourir de longues distances pour voir un docteur.
La mairesse craint que l’aîné n’attende que son problème devienne urgent avant de se faire prendre en charge. C’est le cercle vicieux classique. Avoir des services de proximité permettrait probablement de désengorger les urgences, estime-t-elle. Ce constat est corroboré par la docteure Lisa-Marie Tassé, qui travaille à la coopérative voisine de Saint-Adolphe-d’Howard et Morin-Heights. Elle voit la différence : les gens à mobilité réduite peuvent venir chez elle en cinq minutes au lieu de courir à l’urgence de Sainte-Agathe ou de Saint-Jérôme.
C’est une réalité qui s’étend partout dans les Laurentides, une région où de nombreux retraités décident de s’établir, ce qui ne fait qu’accentuer la pression sur un réseau de santé déjà fragile.
Conclusion : Le cri du cœur des coopératives pour du financement

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Au-delà du cas de Wentworth-Nord, c’est tout le modèle qui cherche son souffle. La Fédération québécoise des coopératives de santé (FQCS), qui représente une quarantaine d’établissements, veut profiter des négociations actuelles avec les médecins de famille pour obtenir de l’aide. Elle demande la création d’un programme de financement similaire à celui des GMF.
François Allaire, le directeur de la Fédération, est précis dans ses demandes : il réclame que le gouvernement contribue à hauteur de 15 % des coûts d’opération. Cela représente une somme avoisinant les 2,1 millions de dollars annuellement pour l’ensemble du réseau. Une goutte d’eau, pourrait-on dire, pour lutter contre la désertification médicale. Actuellement, ces coops survivent grâce aux loyers payés par les professionnels (qui eux sont rémunérés par la RAMQ) et aux contributions des membres. M. Allaire déplore toutefois le silence radio : « Nous avons demandé à plusieurs reprises de rencontrer les autorités de Santé Québec […] sans obtenir de retour ».
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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