Silence radio pour l’extrême droite : l’exception belge à l’heure de la polarisation
Mathieu Gagnon - 2026-01-11 10:18
credit : lemorning.ca (image IA)
Un clash en direct qui révèle un monde de différences

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C’était un soir d’octobre 2024, une soirée qui aurait pu être banale sur le plateau de LN24, cette chaîne d’info bruxelloise. Mais l’ambiance s’est tendue d’un coup. D’un côté, vous aviez Jim Nejman, journaliste belge, et de l’autre, Géraldine Maillet, actrice et chroniqueuse bien connue pour sa participation à Touche pas à mon poste en France. Le ton est monté. Pourquoi ? À cause d’une vision diamétralement opposée de la liberté d’expression médiatique.
Il faut dire que Maillet vient d’un univers, celui de Cyril Hanouna, où la parole est souvent… disons, débridée. Hanouna, dont les accointances avec l’extrême droite ne sont plus un secret pour personne — rappelez-vous sa promotion d’Éric Zemmour ou de Marine Le Pen en 2022 — a vu sa chaîne C8 perdre sa licence après une série de sanctions de l’ARCOM. Mais ça ne l’a pas arrêté, il continue ailleurs. Et c’est là que le choc culturel opère.
« Mais en fait, il faut donner la parole à tout le monde », a lancé Maillet, persuadée d’enfoncer une porte ouverte. La réponse de Nejman a dû la laisser pantoise : « Chez nous, pas ». Il lui a expliqué ce concept typiquement belge francophone : le cordon sanitaire. On ne tend pas le micro à l’extrême droite. Point final. Quand elle a demandé ce que ça donnait dans les urnes, la réponse a été cinglante : « Justement, en Belgique francophone, on n’a pas d’extrême droite ». C’est radical, non ? Mais pour comprendre comment on en est arrivé là, il faut creuser un peu.
L’origine du barrage : peur, lois et responsabilité

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Pour saisir toute l’affaire, il faut remonter le temps. Pas hier, non, mais il y a une trentaine d’années. On est en 1991, c’est le fameux « Dimanche noir ». En Flandre, le Vlaams Blok fait une percée électorale qui fiche la trouille à tout le monde. C’est la panique. Comme l’explique très bien François Debras, professeur associé à l’Université de Liège, cette peur a galvanisé les acteurs politiques, juridiques et médiatiques. Surtout la RTBF.
Imaginez un peu : dans le système belge, selon les résultats électoraux, des politiques siègent au conseil d’administration de la télé publique. La RTBF a vu le coup venir : un élu d’extrême droite dans son CA ? Hors de question. Ils ont donc bétonné le règlement. Pour siéger, il faut respecter la Déclaration universelle des droits de l’homme. C’est imparable. Mais attention, ce n’est pas juste une règle interne.
C’est là que ça devient subtil. Ce n’est pas interdit de parler *de* l’extrême droite, ni même de les entendre, mais… pas en direct. Jean-Pierre Jacqmin, le patron de l’info à la RTBF, est catégorique : le racisme en Belgique, ce n’est pas une opinion, c’est un délit. « Si on dit que tous les migrants sont des criminels, ça pose un problème, c’est un délit », rappelle-t-il. Diffuser ça en direct, sans filtre, c’est risquer d’être complice. Du coup, la règle est simple : pas de direct pour les partis non démocratiques. On enregistre, on cadre, on explique. C’est de l’éditorialisation, pas de la censure — enfin, c’est ce qu’ils disent. Et ça ne touche pas que les nationalistes : le Parti ISLAM a subi le même sort pour ses propos sur les femmes.
Deux salles, deux ambiances : Flandre vs Wallonie et la riposte

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Le résultat de cette politique est assez bluffant quand on regarde la carte du pays. Au nord, en Flandre, pas de cordon médiatique. Le Vlaams Belang est partout, invité dans les débats, et devinez quoi ? C’est la deuxième force politique. Leurs idées sur l’immigration et la sécurité impriment. Au sud, en Wallonie ? Rien. Ou presque. Le professeur Debras souligne aussi l’importance du tissu associatif, des syndicats et de l’éducation populaire qui font tampon. C’est culturel, presque viscéral.
Évidemment, ça ne plaît pas à tout le monde. Prenez Salvatore Nicotra, un ancien du Front national belge. Il crie à la censure, forcément. Il a même fondé un nouveau parti avec un acronyme qui ne s’invente pas : TRUMP, pour « Tous réunis pour l’union des mouvements populistes ». Il jure qu’il respecte la Charte des droits de l’homme et qu’il n’est pas un terroriste, mais il refuse de changer une virgule à son discours anti-immigration. « Ce serait trahir nos électeurs », dit-il. Alors il mise tout sur les réseaux sociaux.
D’ailleurs, parlant de Trump, le vrai, Donald Trump, même lui n’y a pas coupé ! Le 20 janvier 2025, pour son investiture, la RTBF a diffusé son discours… mais avec trois minutes de différé. Juste au cas où. Jacqmin assume totalement : Conseil d’État oblige, la règle est la même pour tout le monde, président des USA ou pas.
Conclusion : Un modèle sous pression à l’ère du numérique

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Alors, est-ce que ce barrage va tenir ? C’est la grande question. Le paysage médiatique a explosé. On a des chaînes comme CNews en France qui normalisent ce genre de discours, et les réseaux sociaux se fichent bien des frontières belges. Pascal Delwit, politologue à l’ULB, ne croit pas trop que le modèle belge puisse s’exporter. Le business des médias a trop changé, et certains groupes de presse ont désormais des agendas politiques clairs.
Même en interne, ça commence à fissurer. Le Mouvement réformateur (MR), le grand parti de droite francophone, est parfois accusé de flirter avec la ligne jaune pour récupérer des électeurs. Jim Nejman reste pourtant confiant. Pour lui, face au chaos du web, la « télévision de papa » garde une valeur refuge : celle de la responsabilité juridique et journalistique. Jean-Pierre Jacqmin, lui, espère encore que la « meute de loups » finira par s’autodétruire. C’est une curiosité belge, ce cordon, un vestige peut-être, mais qui tient encore bon. Pour combien de temps ? Ça, c’est une autre histoire.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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