Aide alimentaire dans les écoles : l’argent arrive enfin, mais le goût reste amer

Aide alimentaire dans les écoles : l’argent arrive enfin, mais le goût reste amer credit : lemorning.ca (image IA)

Un soulagement tardif pour les organismes

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C’est une nouvelle qu’on n’attendait presque plus, ou du moins, qu’on désespérait de voir arriver. Après une attente interminable de près de dix mois, le gouvernement du Québec a enfin commencé à délier les cordons de la bourse pour distribuer les millions de dollars promis par Ottawa pour l’aide alimentaire scolaire. Disons-le franchement, pour les organismes qui se battent au quotidien pour remplir les assiettes et les boîtes à lunch des élèves défavorisés, c’est un immense « ouf » de soulagement.

Cela dit, l’ambiance n’est pas uniquement à la fête. Loin de là. Si l’argent est bel et bien là, ces délais administratifs à rallonge laissent un goût particulièrement amer dans la bouche des intervenants sur le terrain. Pourquoi ? Parce que l’argent arrive trop tard pour bien faire les choses cette année. Plusieurs écoles n’ont tout simplement pas pu être desservies à temps par certains programmes, et soyons réalistes, elles ne le seront probablement pas avant la prochaine rentrée scolaire. C’est du temps perdu qui ne se rattrape pas.

La Cantine pour tous : jongler avec l’incertitude

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Les besoins, parlons-en. Ils sont tout simplement énormes, gigantesques même. Thibaud Liné, le directeur général de La Cantine pour tous, ne s’en cache pas : on est encore bien loin du compte. Bien sûr, il salue l’arrivée de ce financement — son organisme a reçu environ 9,2 millions de dollars, ce qui n’est pas rien, même si cela ne représente que la moitié de la somme qu’ils avaient demandée. Mais il ne peut s’empêcher de penser à ce qu’ils auraient pu accomplir si cet argent avait atterri dans leurs comptes il y a deux ans.

Recevoir une telle somme en plein milieu de l’année scolaire, c’est un véritable casse-tête logistique. Ce n’est pas comme si on pouvait claquer des doigts et tout mettre en place du jour au lendemain. « On doit s’organiser avec le milieu scolaire et on ne sera pas en mesure de servir plus d’écoles dès maintenant », déplore M. Liné avec une frustration palpable. La réalité, c’est que l’expansion des services devra malheureusement attendre la prochaine rentrée.

Pour éviter de laisser des enfants le ventre vide, l’organisme a dû faire preuve d’une audace incroyable depuis septembre. Ils ont pris des risques financiers, déployant des services dans de nouvelles écoles sans avoir la certitude que les chèques arriveraient, en croisant les doigts pour que l’argent finisse par tomber. Thibaud Liné, qui milite depuis des années pour un investissement fédéral, avoue tout de même : « On n’a pas pu en accepter autant qu’on aurait voulu. » Une phrase qui résume bien le gâchis de la situation.

Un accueil mitigé chez les autres partenaires

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Du côté du Club des petits déjeuners, le son de cloche est similaire : on prend l’argent avec le sourire, mais on garde quelques interrogations en tête. Hermanie Desrosiers, conseillère en relations publiques pour l’organisme, avoue qu’ils se sont posé beaucoup de questions sur ces délais inexpliqués. L’essentiel reste qu’ils sont heureux d’avoir enfin reçu les fonds, ce qui permettra, espérons-le, de réduire un peu la liste d’attente et d’aider davantage d’écoles en milieu défavorisé.

À la Tablée des chefs, Jean-François Archambault, le fondateur, se montre philosophe. « C’est un peu tard, mais dans le contexte, on ne peut pas se plaindre », lance-t-il. Son organisation a obtenu un montant précis de 820 000 $. Cette somme est destinée à son nouveau volet de « soupes populaires », qui nourrit actuellement les élèves de plus de 70 écoles à travers le Québec. Pour lui, cet argent est une bouffée d’oxygène qui va leur permettre de tester, peaufiner et bonifier leurs services pour les deux prochaines années, sans avoir cette épée de Damoclès financière au-dessus de la tête.

Contexte politique et lenteurs bureaucratiques

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Il faut se rappeler que tout cela découle du Programme national d’alimentation scolaire lancé par Ottawa en avril 2024, une enveloppe colossale d’un milliard de dollars sur cinq ans. Mais voilà, la bureaucratie a ses raisons que la raison ignore. Il a fallu attendre de longs mois avant que Québec ne daigne signer une entente avec le fédéral en mars dernier, pour aller chercher sa part du gâteau : 65 millions de dollars sur trois ans.

En octobre, l’impatience était à son comble. L’argent semblait dormir sur des tablettes pendant que l’inflation alimentaire frappait de plein fouet les familles québécoises. Le ministère de l’Éducation prétendait alors être en « fin d’analyse ». Une analyse qui aura duré une éternité. Une partie de l’enveloppe a d’abord été versée aux centres de services scolaires, et ce n’est que très récemment que les organismes communautaires ont enfin vu la couleur de cet argent. Pendant ce temps, d’autres provinces comme le Manitoba n’ont pas perdu de temps et sont passées à l’action bien plus vite.

Conclusion : Vers un programme universel ?

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Aujourd’hui, le regard se tourne vers l’avenir. Le Collectif québécois de la Coalition pour une saine alimentation scolaire, par la voix de son coordonnateur Sébastien Desaulniers, assure que chaque dollar sera utilisé de manière optimale. Mais au-delà de la gestion de crise, une question demeure : quelle est la vision à long terme ? M. Desaulniers invite Québec à réfléchir à un véritable programme universel d’alimentation scolaire.

C’est un rêve que partage Thibaud Liné de La Cantine pour tous. Il imagine un système cohérent, efficace, présent dans toutes les écoles de la province. Reste à savoir quelle est la vision réelle du gouvernement du Québec pour ces milliers d’enfants qui souffrent d’insécurité alimentaire. Pour l’instant, on pare au plus pressé, mais le chantier reste immense.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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