Les hausses de prix des aliments de base liées au retard de croissance et à l’obbésité infantiles

Les hausses de prix des aliments de base liées au retard de croissance et à l’obbésité infantiles credit : lemorning.ca (image IA)

Des prix qui montent, des enfants qui trinquent

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Quand les prix de la nourriture s’envolent, c’est toute une génération qui peut en subir les conséquences. C’est ce que montre une étude plutôt glaçante, menée par l’Université de Bonn. Elle se penche sur les effets à long terme des crises économiques sur la santé des enfants, et c’est pas joli à voir. On parle là de retards de croissance, mais aussi, paradoxalement, d’un risque accru d’obésité. L’étude se base sur une crise bien précise, la fameuse crise financière asiatique des années 90, et sur ce qui s’est passé en Indonésie, où le riz est la base de tout.

L’équipe, menée par Elza S. Elmira, a utilisé des données qui suivent des familles indonésiennes sur des années, le Indonesian Family Life Survey. Ils ont comparé les différences régionales dans l’explosion du prix du riz entre 1997 et 2000 avec les mensurations des enfants concernés, mesurées pendant leur enfance puis plus tard, quand ils sont devenus de jeunes adultes. Le résultat est sans appel : un choc sur les prix laisse des traces durables. Comme le dit Elmira, ce n’est pas qu’un problème de court terme. L’étude a été publiée le 2 janvier 2026 dans la revue Global Food Security.

Le double fléau : retard de croissance et risque d’obésité

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Le constat est double, et c’est peut-être ce qui est le plus troublant. D’un côté, la flambée des prix a entraîné une augmentation de 3,5 points de pourcentage du retard de croissance chez les enfants, ce qu’on appelle le « stunting ». Ces enfants, sévèrement touchés, resteront plus petits que leurs camarades non affectés toute leur vie. D’un autre côté, et là ça a surpris les chercheurs, ces mêmes enfants présentaient plus tard un risque significativement plus élevé d’obésité.

Elmira avance une explication, et elle a du sens. En période de crise, les familles rognent d’abord sur le poste de dépenses le plus cher : les aliments riches en nutriments, comme les fruits, les légumes, les protéines de qualité. Elles continuent d’acheter des calories, souvent sous forme de riz, pour calmer la faim. Résultat ? Une carence « cachée » en micronutriments essentiels (vitamines, minéraux). Le corps a de l’énergie pour grossir en largeur, mais pas les bons matériaux pour grandir en hauteur. C’est comme ça qu’on peut se retrouver avec un enfant qui a un poids « normal » ou même élevé, mais qui est rabougri.

L’étude a suivi ces enfants jusqu’en 2014, quand ils avaient entre 17 et 23 ans. Pour le groupe qui avait entre 3 et 5 ans pendant la crise, les corrélations étaient flagrantes avec l’Indice de Masse Corporelle (IMC) et la probabilité d’être obèse plus tard.

Qui sont les plus vulnérables ?

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Tout le monde n’est pas logé à la même enseigne face à ce genre de choc. L’étude montre que les effets sont particulièrement prononcés dans les zones urbaines. C’est assez logique, finalement : en ville, les familles dépendent à 100% de ce qu’elles achètent au marché. À la campagne, certaines produisent encore un peu de leur propre riz, ce qui fait un petit tampon. L’autre facteur clé, c’est le niveau d’éducation de la mère. Les enfants dont les mères ont un faible niveau d’instruction sont bien plus touchés que ceux dont les mères sont mieux éduquées.

Le Pr Matin Qaim, co-auteur de l’étude, tire la sonnette d’alarme. Il souligne que les privations dans la petite enfance ont des effets à vie. Au-delà des troubles de la croissance, facilement mesurables, elles s’accompagnent souvent de retards de développement mental et d’un risque accru de maladies chroniques. Ce qui est fascinant – et inquiétant – c’est que dans une même crise, la sous-nutrition et l’obésité peuvent augmenter de concert. Une politique alimentaire qui ne se soucie que des calories, sans se soucier de leur qualité nutritive, passe à côté du vrai problème.

Conclusion : Des leçons pour aujourd’hui et les crises à venir

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Bon, et aujourd’hui, cette étude, elle nous dit quoi ? Elle est terriblement d’actualité, pour être franc. Les chercheurs de Bonn rappellent que les chocs – qu’ils viennent de mauvaises récoltes, de conflits, de pandémies ou d’événements climatiques extrêmes – se multiplient à l’échelle mondiale. L’analyse indonésienne nous offre une preuve empirique, solide, de la manière dont les turbulences économiques se transforment en risques sanitaires à long terme via le canal des prix alimentaires.

Le message pour les politiques est clair, selon Elmira et Qaim. L’aide en période de crise ne doit pas se baser uniquement sur des seuils de pauvreté. Il faut une politique « sensible à la nutrition » qui cible spécifiquement les enfants dans leurs phases de développement sensibles, et particulièrement les populations urbaines et celles qui ont moins de connaissances sur une alimentation équilibrée. Parce que les conséquences d’un choc sur les prix, si on ne les prend pas en charge, peuvent être durables et irréversibles.

Il faut noter, pour être tout à fait juste, que les résultats de l’étude sont interprétés comme des corrélations statistiques. Sur de si longues périodes, il est difficile d’écarter avec une certitude absolue toutes les influences extérieures potentielles. Mais le signal est tellement fort qu’il mérite qu’on s’y arrête sérieusement. L’article complet est disponible sous la référence DOI : 10.1016/j.gfs.2025.100900.

Selon la source : medicalxpress.com

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