Des jeunes en Chine cherchent du réconfort en étreignant les arbres

Des jeunes en Chine cherchent du réconfort en étreignant les arbres credit : lemorning.ca (image IA)

Une pratique qui surprend et qui apaise

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Dans les arrondissements centraux de Pékin, les arbres sont partout. On les trouve bien sûr dans les parcs, mais aussi le long des routes et même dans les cours intérieures des maisons. Bon nombre d’entre eux ont été plantés récemment, mais d’autres, aux troncs larges et imposants, sont là depuis des siècles. Leur écorce est souvent douce au toucher, presque invitante. On peut en faire le tour à plusieurs en se tenant la main, y passer les doigts pour en sentir les reliefs, ou même y coller son oreille pour écouter… ce qui se passe à l’intérieur. Étreindre un arbre, c’est tout un art. Et contrairement à ce qu’on pourrait croire, ça ne vient pas forcément naturellement. Il faut l’apprendre.

Xiaoyang Wong, qui dirige une communauté de sylvothérapie à Pékin, l’explique simplement : « Étreindre les arbres, c’est une manière d’introduire du toucher dans sa vie. » Cette ancienne monteuse de film de 35 ans s’est reconvertie comme thérapeute forestière après avoir ressenti un profond isolement pendant la pandémie de COVID-19. Elle avoue que beaucoup de gens se sentent d’abord mal à l’aise à l’idée de serrer un arbre dans leurs bras. C’est pour ça que, dans ses séances, elle encourage les participants à d’abord observer l’arbre de très près, à découvrir ses mondes multiples en regardant les fourmis et autres insectes circuler dans les rainures de l’écorce.

Ce n’est qu’après avoir fait preuve de curiosité et même… parlé à l’arbre, qu’elle invite à le toucher, puis à l’enlacer. Wong m’a dit que j’étais douée pour ça, moi. Pourtant, je n’avais appris à étreindre un arbre qu’en observant d’autres personnes se livrer à cette pratique en apparence un peu ridicule dans les parcs de la ville. À Pékin, la plupart des arbres anciens sont protégés par des barrières installées par les autorités locales. Mais les plus jeunes restent accessibles, prêts à être touchés et à devenir le point de ralliement de petits groupes.

Un refuge contre le stress et la solitude post-pandémie

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Les week-ends, et même tard le soir, on peut croiser des gens de tous âges en train d’enlacer des arbres ou de s’y adosser. Des mères avec leurs filles, des amis, des amoureux… Tous cherchent un peu de répit face au stress du quotidien. Et ce stress, il faut bien le dire, s’est considérablement accru. La pandémie de COVID-19 a laissé derrière elle une sensation persistante de solitude et d’isolement. En parallèle, beaucoup de jeunes femmes en Chine remettent en cause l’institution du mariage et cherchent à construire d’autres formes de liens, d’autres chemins vers une vie épanouissante.

Les arbres, selon certains chercheurs, aident les jeunes à se sentir « enracinés » et « vivants ». Dans le cadre de mes recherches en cours – pas encore publiées – j’ai interviewé plus de 25 jeunes femmes et hommes. J’y ai découvert que les femmes étaient plus nombreuses que les hommes à participer aux thérapies forestières. Elles y cherchaient à la fois une connexion avec les arbres et des amitiés avec d’autres êtres humains.

La sylvothérapie adaptée : des plantes, des gestes et des confidences

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Dans ces séances de thérapie, Xiaoyang Wong a adapté les traditionnelles pratiques de « bain de forêt » avec ses propres idées pour favoriser l’engagement des participants. Elle a par exemple introduit le « jeu de rôle végétal », où chacun peut choisir le nom de son arbre préféré et se faire appeler ainsi toute la journée. Elle nous encourageait aussi, nous les participants, à partager un geste que nous associons à notre plante choisie, un mouvement qui illustrait comment nous imaginions que l’arbre se déplacerait.

Wong n’était pas seule dans cette aventure. D’autres femmes l’ont rejointe. Elles aussi avaient décidé de quitter des emplois très exigeants pour se tourner vers ce travail à temps partiel, une occupation qui leur permettait de s’occuper des gens, mais aussi des arbres et des plantes de la ville. C’est dans l’une de ces sessions de groupe qu’un adepte de l’étreinte d’arbre, Florian Mo, a exprimé sa frustration de ne pas réussir à trouver et à faire durer l’amour dans sa vie. Pour lui, un problème majeur de la société chinoise était la stigmatisation de la recherche amoureuse chez les jeunes.

Âgé de 28 ans et encore meurtri par une rupture, Mo partageait avec nous l’idée que ses difficultés venaient surtout du fait qu’il n’avait jamais appris à aimer à l’adolescence. S’il l’avait fait, non seulement il serait un meilleur partenaire aujourd’hui, mais il pourrait aussi surmonter plus facilement sa peine de cœur actuelle.

Conclusion : Une nouvelle façon de réparer le lien à soi, aux autres et à la ville

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Pour des jeunes comme Wong et Mo, les arbres sont devenus des espaces privilégiés pour explorer leur propre identité et tisser des liens avec les autres. L’histoire de l’urbanisation chinoise est souvent racontée à travers des images de pollution de l’air, de l’eau et des sols. Mais ces jeunes-là nous proposent un récit alternatif, bien plus optimiste.

Ils montrent que les nouvelles générations en Chine cherchent aussi à réparer leur environnement urbain. Comment ? En renouant des connexions, tout simplement. En prenant soin des arbres, en les chérissant, et même en les étreignant, parfois avec des amis, parfois avec des inconnus croisés dans un parc. C’est une quête de bien-être personnel, mais aussi une manière douce de recréer du commun dans la grande ville. Une pratique simple, en apparence anodine, qui dit peut-être beaucoup de notre époque.

Selon la source : medicalxpress.com

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