Trump refait la Maison-Blanche à son image dorée et controversée

Trump refait la Maison-Blanche à son image dorée et controversée credit : lemorning.ca (image IA)

Un remake controversé du 1600 Pennsylvania Avenue

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Eh bien, c’est une sacrée métamorphose en cours, et elle ne passe pas inaperçue. Le 47e président des États-Unis, Donald Trump, est en train de remodeler la Maison-Blanche, sa résidence officielle. Ce n’est pas juste une petite rénovation de routine, non. On parle d’ajouts dorés, de dalles de marbre, de parasols, de bulldozers… et d’un bon nombre de pieds de nez à ceux qui l’ont précédé. C’est comme s’il voulait superposer sa marque personnelle, son style très particulier, à l’un des symboles les plus connus au monde.

Pour certains de ses partisans, c’est la manifestation éclatante de son slogan Make America Great Again, une affirmation de la grandeur retrouvée du pays. Pour ses détracteurs, c’est une dérive narcissique et une atteinte à l’histoire. L’historien Edward Lengel, qui a été le directeur historique de la White House Historical Association de 2016 à 2018, ne mâche pas ses mots. Il souligne que l’ampleur des changements est inédite – notamment la démolition de l’aile est et la construction imminente d’une salle de bal géante – et qu’ils ont été entrepris sans les consultations habituelles pour respecter l’évolution historique du lieu.

On dirait qu’il a tout simplement importé l’esthétique de son luxueux club de Palm Beach, Mar-a-Lago, au cœur de Washington. Et ce qui est sûr, c’est que les fondateurs de la nation, comme George Washington et surtout Thomas Jefferson, n’auraient probablement pas approuvé. Lengel l’affirme : « Les pères fondateurs auraient méprisé plusieurs de ces changements, particulièrement ceux qui rappellent l’aristocratie ou donnent à la Maison-Blanche une allure de palais. » Jefferson, dit-il, aurait été carrément furieux. Voilà qui plante le décor d’une transformation qui va bien au-delà de la simple décoration.

La Résidence Présidentielle : Un nouveau hall, des portraits politiques et du marbre partout

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Dès l’entrée, le ton est donné. Dans le hall d’entrée officiel, les portraits des derniers présidents Barack Obama et George W. Bush ont été relégués loin des regards. À leur place, trône maintenant un hommage très personnel : une reproduction du cliché de l’Associated Press pris après la tentative d’assassinat qui l’a visé pendant la campagne de 2024. Le site Politico rapporte qu’il y a au moins cinq portraits de Trump dans le complexe, réalisés par ses partisans, le dépeignant en grand patriote sur fond de drapeaux américains. Lui-même a fait installer d’immenses drapeaux américains sur des mâts de 27 mètres sur les pelouses nord et sud.

Ensuite, il y a la Salle des Palmiers. Cette pièce qui donne sur la roseraie a été complètement vidée de ses plantes. Elle est maintenant pourvue de lustres et d’un plancher en marbre. Trump a même eu des mots très durs pour le travail de Jackie Kennedy, qualifiant l’ancienne aménagement de « pièce sans intérêt, une véritable honte » lors d’une visite guidée pour l’animatrice de Fox News, Laura Ingraham, en novembre.

Puis vient la salle de bain de la chambre de Lincoln. Transformée il y a sept décennies, elle est maintenant revêtue de marbre « à profusion ». Pendant les travaux, Trump avait critiqué les rénovations de l’ère Truman, jugées inappropriées au style de l’époque d’Abraham Lincoln. « L’art déco ne va pas avec les années 1850 et les guerres de Sécession. Mais ce qui convient, c’est du marbre statuaire », a-t-il déclaré. La pièce regorge aussi de dorures et de lustres. Si Edward Lengel concède que le président a le droit de rénover une pièce au style dépassé, il critique vertement la justification historique de Trump : « Mais quand il dit que la refaire avec du marbre la rend conforme à l’histoire de 1850 et à la guerre de Sécession, il montre qu’il n’a consulté personne et qu’il ne connaît rien à l’histoire. » C’est assez cinglant.

L’Aile Ouest et le Bureau Ovale : Le règne de l’or et du culte de la personnalité

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La colonnade ouest, ce passage entre la résidence et le cœur opérationnel de la présidence, a été rebaptisée l’Allée des célébrités présidentielles. Recouverte de dorures, elle présente des portraits des anciens présidents accompagnés de plaques biographiques qui, selon les observateurs, revisitent leur héritage comme des messages sur Truth Social. Joe Biden y est décrit comme « de loin le pire Président de l’Histoire Américaine » et surnommé « l’Endormi », représenté par une machine à signature automatique. Barack Obama est blâmé pour « le canular sur la Russie ». Donald Trump, lui, s’invite dans les notices de ses prédécesseurs, se présentant comme l’aboutissement logique de l’histoire.

Mais c’est dans le Bureau Ovale que la transformation est la plus spectaculaire. L’entreprise American Home Shield a documenté les changements depuis William Howard Taft (1909-1913), mais l’occupant actuel a opéré une métamorphose sans précédent. Le décor sobre a laissé place à un univers très chargé où le doré a gagné du terrain chaque semaine. Devant le Premier ministre canadien Mark Carney le 6 mai 2025, Trump s’est félicité : « Vous voyez le nouveau bureau ovale amélioré devenir de plus en plus beau grâce à l’amour. Nous le traitons avec beaucoup d’amour – et avec de l’or 24 carats. Ça aide toujours aussi. »

Le lierre a été retiré de la cheminée, remplacé par des urnes et trophées. Les tables en bois ont cédé la place à des tables en marbre aux pieds en forme d’aigles dorés. Le doré est partout : sur le lettrage extérieur, les cadres de portes, les chérubins rapportés de Mar-a-Lago, les moulures, et même sur le sceau présidentiel au plafond, doré alors qu’il était blanc depuis 1934. Des utilisateurs des réseaux sociaux ont suggéré qu’il s’agissait de peinture dorée sur des appliques de quincaillerie, ce que Trump a nié à Fox News : « Ça ne vient pas de Home Depot. Il n’y a pas de peinture qui imite l’or. »

Les objets décoratifs suivent la même logique : trophées de la FIFA, cadres photo dorés, assiettes, rideaux assortis, miroirs rococo. Sur la table basse, un porte-papier et des sous-verres en or 24 carats portent le sceau présidentiel et son nom. Même la télécommande d’une salle adjacente serait dorée, selon CNN. Edward Lengel trouve ça « de mauvais goût » et y décèle une « arrogance » nouvelle.

Le bureau est aussi devenu une sorte de musée avec près d’une vingtaine de portraits de figures politiques américaines (contre six pour Biden et deux pour Obama). Des drapeaux militaires s’ajoutent aux drapeaux traditionnels. Et en évidence sur le bureau, le fameux bouton de la sonnette du Coke Diète est de retour, dans un boîtier de bois sert d’un sceau doré. « Tout le monde pense que c’est le bouton nucléaire », a confié Trump à Laura Ingraham.

Dans le bureau des secrétaires, une une du New York Post de 2023 avec sa photo judiciaire est exposée, symbole de ce qu’il présente comme la politisation de la justice. La salle du Cabinet brille de lustres et de moulures dorées « de la plus grande qualité », avec l’empreinte de Mar-a-Lago. Et une pièce attenante au Bureau Ovale a été transformée en salle de cadeaux selon le New York Times, une véritable boutique de souvenirs à la gloire de Trump : casquettes MAGA et Trump 2028, bouteilles d’eau signées, billets plaqués or, parfums Victory 45-47, livres d’hommage…

La Roseraie et le Projet Pharaonique de l’Aile Est

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À l’extérieur, la célèbre Roseraie, créée au début du XXe siècle et laissée pratiquement intacte depuis les aménagements de Jackie Kennedy dans les années 1960, a été radicalement transformée. Trump a justifié les travaux en critiquant le gazon : « Les gens tombent… Pour les femmes, avec leurs talons hauts, ça ne va pas du tout. » La pelouse a donc été remplacée par une terrasse pavée de pierre blanche avec des parasols aux rayures jaunes et blanches, identiques à ceux de Mar-a-Lago. L’endroit, rebaptisé Rose Garden Club, sert maintenant de lieu de réception pour ses alliés politiques et ses relations d’affaires, avec des haut-parleurs diffusant ses playlists.

Cette métamorphose a été vivement critiquée, notamment par Jack Schlossberg, petit-fils des Kennedy, sur Instagram le 23 octobre 2025 : « Ma grand-mère voyait l’Amérique en couleurs, Trump la voit en noir et blanc. Là où elle a planté des fleurs, il a coulé du béton. »

Mais le changement le plus monumental et controversé est ailleurs. C’est la démolition de l’Aile Est, siège des bureaux de la première dame depuis des décennies et entrée publique. Construite au-dessus d’un bunker de la Deuxième Guerre mondiale, elle a été rasée en quatre jours en octobre pour faire place à une future mégasalle de bal censée être terminée d’ici l’été 2028. Des images satellites de Planet Labs PBC montrent l’étendue des dégâts. Le jardin Jacqueline Kennedy et la salle de cinéma adjacente ont aussi disparu.

Pourtant, en juillet 2025, Trump assurait que la construction n’interférerait pas avec le bâtiment existant. Trois mois plus tard, il avouait avoir refusé de sacrifier une salle somptueuse pour un édifice qui « avait l’air du diable ». Edward Lengel déplore la perte d’un pan d’histoire et souligne le paradoxe : cette aile avait une importance historique plus grande que la résidence elle-même, dont l’intérieur a été entièrement reconstruit sous Harry Truman au milieu du XXe siècle.

Le projet, selon Trump, comble un besoin vieux de 150 ans. La capacité prévue n’a cessé d’augmenter, passant de 500 places à 1350 sur un plan. La superficie devrait atteindre 8400 mètres carrés (soit l’équivalent de six piscines olympiques), surpassant même la résidence principale (5110 m²). La facture, elle, a bondi de 200 à 400 millions de dollars. Trump affirme qu’elle sera payée par des « généreux patriotes », mais les démocrates dénoncent un manque de transparence. L’organisation National Trust for Historic Preservation a même intenté une poursuite pour arrêter les travaux. Trump a cependant remplacé les membres des agences de révision par des gens qui lui sont favorables.

Pour Lengel, cette salle de bal inspirée de Mar-a-Lago et du château de Versailles, avec son doré, son marbre et ses lustres, symbolise un changement profond : « Le milieu de vie sera moins important que le divertissement… Cela fera de la résidence – la Maison-Blanche d’origine – une annexe de l’espace de fête. » Il ajoute, amer : « La salle de bal est réservée aux élites, aux super riches. » La vision des pères fondateurs d’une maison du peuple, dit-il, a été détruite, probablement pour de bon.

Conclusion : Un héritage durable et un symbole fracturé

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Alors, que restera-t-il de tout ça ? Edward Lengel pense que certains changements, comme le pavage de la roseraie, pourront être renversés. Mais la salle de bal sera « pratiquement impossible à modifier », et Trump le sait très bien. Elle constituera un héritage indélébile, une marque physique de son passage. L’historien note que la Maison-Blanche, conçue comme un compromis et un espace non partisan, est devenue un champ de bataille politique.

Il anticipe même que lorsque les démocrates reprendront le pouvoir, ils pourraient chercher à donner à cette salle une vocation qui « déplaira aux républicains ». La « Trumpification » du lieu n’est donc peut-être qu’un round d’une bataille plus longue. Ce qui est certain, c’est que le 47e président aura profondément et durablement altéré l’âme et la pierre de la Maison-Blanche. Il en a fait, pour le meilleur ou pour le pire selon votre point de vue, un monument à sa propre personne et à sa vision du pouvoir, bien loin de l’idéal républicain et sobre des pères fondateurs. La « maison du peuple » a, pour un temps au moins, des allures de palais privé.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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