Le risque d’oublier un triomphe humain, alors que la polio est sur le point d’être éradiquée

Le risque d’oublier un triomphe humain, alors que la polio est sur le point d’être éradiquée credit : lemorning.ca (image IA)

L’ombre d’un cauchemar

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C’était comme un film d’horreur, vous savez ? Un truc qui glace le sang. Le virus de la polio, invisible et sournois, frappait sans prévenir, laissant de jeunes enfants avec des béquilles, confinés dans des fauteuils roulants, ou pire, prisonniers de ces terrifiants « poumons d’acier ». Chaque été, la peur était si palpable que les piscines municipales et les cinémas fermaient leurs portes. Les anniversaires étaient annulés, les parents terrifiés à l’idée que leur enfant soit la prochaine victime.

Le président Franklin D. Roosevelt, lui-même paralysé par la polio, avait lancé un appel aux Américains pour qu’ils envoient des pièces de dix cents à la Maison Blanche. C’était pour soutenir la Fondation nationale pour la paralysie infantile, qu’il avait créée avec son avocat, Basil O’Connor. Des célébrités, de Lucille Ball à Elvis Presley, se sont mobilisées pour cette « Marche des dix cents ». Et des mères de famille faisaient du porte-à-porte pour récolter des fonds. Tout le monde voulait à tout prix vaincre ce fléau.

Le miracle de Pittsburgh et ses héros oubliés

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Une partie de cet argent est allée à un scientifique de 33 ans, Jonas Salk, et à son équipe de l’Université de Pittsburgh. Ils travaillaient dans un laboratoire coincé entre une morgue et une chambre noire, c’est dire l’ambiance. Leur mission : développer le premier vaccin efficace contre la polio. Pour prouver qu’il marchait, ils ont testé ce vaccin expérimental sur des écoliers de Pittsburgh, puis sur 1,8 million d’enfants à travers le pays. C’était le plus grand essai clinique de l’histoire.

Le 12 avril 1955, quand le vaccin Salk a été déclaré « sûr et efficace », les cloches des églises ont sonné à la volée. On a libéré les enfants de l’école, les journaux du monde entier ont célébré la victoire. Quand on a demandé à Salk s’il allait le breveter, il a répondu au journaliste Edward R. Murrow qu’il appartenait au peuple, que ce serait comme « breveter le soleil ». Une phrase magnifique, non ?

Mais derrière ce héros, il y avait une armée d’oubliés. Dans notre documentaire, on a rencontré Ethyl « Mickey » Bailey, qui pipetait le virus mortel… à la bouche, imaginez le risque. Julius Youngner, le scientifique en chef du labo, avait auparavant travaillé sur le Projet Manhattan. En une décennie, il est passé de l’arme la plus destructrice à celle qui a sauvé des millions de vies de ce qu’on appelait « Le Grand Paralysant ».

Trois étages plus haut, le Dr Sidney Busis pratiquait des trachéotomies sur des enfants de deux ans dans des poumons d’acier. La redoutable Dr Jessie Wright dirigeait le service polio et le centre D.T. Watson pour enfants handicapés, où le vaccin de Salk a été testé pour la première fois sur des humains. Et puis il y avait les survivants, comme Jimmy Sarkett et Ron Flynn, qui se sont portés volontaires comme cobayes pour un vaccin qui ne les aiderait jamais, eux. De vrais sacrifices.

La longue marche vers l’éradication et l’oubli qui guette

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Aujourd’hui, on est tout près du but, mais c’est une course contre la montre, et aussi contre l’oubli. L’Initiative mondiale pour l’éradication de la polio, lancée dans les années 1980, a réalisé un travail colossal. La polio, qui était endémique dans 125 pays, ne l’est plus aujourd’hui que dans deux : le Pakistan et l’Afghanistan. J’aime appeler ces acteurs « les Avengers de la santé publique ». Ils visent une éradication totale pour 2029.

Pourtant, ma plus grande crainte, c’est que quand la polio sera enfin vaincue, le monde ne réalise pas l’ampleur de l’exploit. On paie déjà le prix de cet oubli. Certains remettent en cause la valeur des vaccins, sans savoir ce que c’était de vivre dans cette peur constante. Comme le disait Salk vers la fin de sa vie, il trouvait presque gratifiant de croiser des gens qui ne savaient même pas ce qu’était la polio. Mais aujourd’hui, cette ignorance est dangereuse.

Le fils de Jonas, le Dr Jonathan Salk, se souvient que son père se demandait si le modèle qui a permis de créer le vaccin polio pourrait servir à vaincre la pauvreté ou d’autres maux sociaux. La question reste d’actualité. Beaucoup des survivants que nous avons interviewés pour le 50ème anniversaire nous ont quittés. Pour que les générations futures connaissent cette histoire, il faudrait peut-être lancer une nouvelle « Marche des dix cents », une campagne qui parlerait aux jeunes du monde entier pour les aider à terminer le travail commencé à Pittsburgh.

Conclusion : Une histoire qui nous rassemble

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C’est une maladie cruelle, la polio, mais elle a une façon étrange de créer des liens. Prenez Francis Ford Coppola, le réalisateur du « Parrain », qui l’a contractée enfant. Il est toujours vivant. Imaginez-le interviewé par sa petite-fille, une influenceuse TikTok, et sa fille, la réalisatrice Sophia Coppola. Ils pourraient faire une vidéo avec des caméos de Bill Murray – qui a joué Roosevelt et dont la sœur a eu la polio –, du sénateur Mitch McConnell, lui-même survivant, ou du secrétaire d’État Marco Rubio, dont le grand-père en a été handicapé.

Je prie pour que lorsque nous effacerons enfin la polio de la planète, le monde entier célèbre et comprenne la puissance de l’union face à un ennemi commun. C’est plus qu’une victoire médicale ; c’est un triomphe de l’humanité collective. Et ça, ça vaut la peine de s’en souvenir.

Selon la source : medicalxpress.com

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