La réconciliation avec les peuples autochtones, une priorité pour Montréal ? Le débat s’installe
Mathieu Gagnon - 2025-12-23 10:15
credit : lemorning.ca (image IA)
Un changement d’approche qui interroge

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Alors que la nouvelle mairesse de Montréal, Soraya Martinez Ferrada, a été assermentée le 13 novembre 2025, un débat essentiel fait surface au sujet de la réconciliation avec les peuples autochtones. Vous savez, c’est une question qui touche profondément à l’identité et à l’équité dans notre ville. La Ville assure que ce dossier demeure une priorité, mais, et c’est un gros ‘mais’, il n’y a plus d’élu attitré uniquement à cette responsabilité. C’est Josué Corvil, conseiller pour le district Saint-Michel dans l’arrondissement Villeray–Saint-Michel–Parc-Extension, qui a hérité de ce mandat en plus de ses autres charges. Il est aussi responsable de la culture, de la diversité, de l’inclusion et du vivre-ensemble.
Pour certains, cette multiplicité de rôles pourrait diluer l’attention nécessaire. Nakuset, la directrice générale du Foyer pour femmes autochtones de Montréal, le dit sans détour : elle a dû ‘creuser’ pour découvrir qui reprenait le flambeau. Selon elle, cette recherche difficile démontre clairement que le dossier n’est pas une priorité pour la nouvelle administration. ‘Il gère déjà de nombreux enjeux, comme l’inclusion, l’équité, la diversité et la culture. Et tout à la fin, il y a les questions autochtones. Nous sommes tout en bas de l’échelle’, déplore-t-elle. C’est un sentiment que beaucoup de gens comprennent : quand on donne trop de tâches à quelqu’un, certaines passent à la trappe. Et on craint que ce soit le sort réservé aux enjeux autochtones.
Un héritage contrasté et les inquiétudes de l’opposition

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La façon de faire actuelle marque un changement radical par rapport à l’administration précédente. Sous Valérie Plante, la mairesse en personne était responsable du dossier de la réconciliation, avec l’aide d’une conseillère associée. Pour Ericka Alneus, la nouvelle cheffe de l’opposition officielle (Projet Montréal) et conseillère pour Rosemont–La Petite-Patrie, cette différence de niveau n’est pas anodine. ‘Pour nous, c’était une façon de dire que c’était un sujet qu’on devait prendre au sérieux’, souligne-t-elle. Elle insiste sur le fait que pour les communautés autochtones, la relation doit se faire ‘de gouvernement à gouvernement’. Confier le dossier à la mairesse était donc un symbole fort, une façon de ‘mettre la hauteur nécessaire pour vraiment voir des actions’. C’est un point de vue qui résonne.
Mme Alneus s’inquiète ouvertement que le chantier soit ‘laissé à l’abandon’, effaçant ainsi les progrès accomplis. Elle mentionne des réalisations concrètes comme la reconnaissance toponymique ou des projets culturels tel que le parcours Peel. ‘Mon inquiétude, c’est qu’on puisse mettre ça de côté, puis que ça soit dilué’, affirme-t-elle. Elle ajoute, avec une conviction palpable : ‘C’est important que l’on continue le travail qui a été entamé. Je pense qu’on le doit aux communautés autochtones.’ On sent bien qu’il y a une crainte réelle de perdre l’élan.
Nakuset, de son côté, reste extrêmement sceptique. Pour elle, ajouter la responsabilité des relations avec les Autochtones à une longue liste de mandats, c’est peut-être juste une manœuvre pour faire taire les critiques. ‘Ça ne veut pas dire qu’on va agir’, lance-t-elle simplement. C’est une méfiance qui s’explique par des années de promesses parfois non tenues.
Le bilan de la première stratégie et les succès revendiqués

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Pourtant, du côté de l’administration municipale, on met en avant des résultats. Randy Legault-Rankin, nommé l’an dernier commissaire aux relations avec les Autochtones, défend avec fierté la stratégie sur cinq ans (2020-2025) mise en place sous l’ère Plante. Il affirme que environ 90% des 125 engagements ont été réalisés. Un chiffre qui, sur le papier, semble impressionnant. Les engagements touchaient un large spectre : l’itinérance, le développement culturel et économique, la présence de l’histoire autochtone ou encore les relations avec la police.
Qu’a-t-on accompli, concrètement ? Legault-Rankin énumère plusieurs initiatives : la mise en place d’approches inclusives dans les instances de la Ville, la création d’un programme d’aide juridique spécifique à la Cour municipale, la participation d’Autochtones à divers comités, et même l’introduction de pratiques comme les cérémonies de sauge. Il cite aussi des projets phares comme le Jardin des Premières Nations à Espace pour la vie, où un poste d’agent culturel autochtone permanent a été créé.
Mais l’accomplissement dont il semble le plus fier est l’inauguration, en mai dernier, du centre culturel et communautaire Sanaaq. Pour lui, ce lieu est bien plus qu’un nom. ‘Outre le nom, c’est la présence autochtone, la signature autochtone’, explique-t-il, évoquant le café de la Maison Ronde, une œuvre de l’artiste Hannah Claus, une vitrine muséale par Avataq et ‘la plus grande collection d’ouvrages autochtones’. Son souhait ? ‘Que les gens entrent et comprennent que ce n’est pas juste un nom, mais c’est bien une vision globale de l’autochtonie.’ Il mentionne aussi avec enthousiasme le projet de nommer une future station de la ligne bleue du métro en l’honneur de la militante mohawk Mary Two-Axe Earley.
Des priorités en décalage avec l’urgence de la crise sociale ?

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Ce bilan positif, Nakuset le conteste de front. Pour elle, la stratégie manquait cruellement d’un plan d’action concret. ‘C’était juste une liste de choses à faire, et ils ne les ont pas toutes réalisées’, critique-t-elle. Elle pointe l’absence d’un calendrier précis avec des échéances claires : ‘Il aurait fallu établir un calendrier en spécifiant : nous allons accomplir tout ça d’ici cette date.’ Cette critique prend tout son sens lorsqu’on regarde la situation sur le terrain, qui est dramatique.
En effet, les besoins sont criants. La population autochtone en situation d’itinérance à Montréal atteint des records absolus. Un rapport de l’Office de consultation publique de Montréal publié cet été livre un chiffre qui donne le vertige : les Autochtones représentent 12% des itinérants visibles dans la métropole, alors qu’ils ne composent que 0,6% de la population totale. Cette surreprésentation est une tragédie. Pire encore, la mortalité dans la rue est effrayante : vingt-six Autochtones sont morts dans le secteur du square Cabot depuis juin 2024. Le foyer des femmes et Résilience Montréal ont d’ailleurs tenu une cérémonie en novembre pour honorer ces nombreuses vies perdues.
Face à cette urgence humaine, Nakuset questionne les priorités de la Ville. ‘C’est bien qu’ils changent le nom d’une rue, mais est-ce la priorité alors que des gens sont en train de mourir dans la rue ?’, interroge-t-elle avec une colère contenue. Sa question résonne comme un rappel brutal : la réconciliation ne peut pas se résumer à des symboles si les conditions de vie de base ne sont pas assurées.
Conclusion : Quelle suite pour une réconciliation authentique ?

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Alors, où en sommes-nous ? Randy Legault-Rankin reste en poste, et une nouvelle stratégie de réconciliation est dans les cartons. Elle devrait être dévoilée ce printemps, après la fin des consultations en cours. ‘C’est important qu’on soit à l’écoute du milieu’, note le commissaire. ‘Je veux qu’il y ait une relation bidirectionnelle.’ Une philosophie que semble partager Josué Corvil, le conseiller maintenant en charge du dossier : ‘Il faut travailler ensemble. Pas travailler pour eux, mais travailler avec eux pour le bien-être de toutes les nations autochtones qui se trouvent à Montréal.’
Mais c’est exactement ce que Nakuset réclame depuis le début. Pour elle, l’essence de la réconciliation est simple, et pourtant si complexe à mettre en œuvre. ‘C’est ça la réconciliation, n’est-ce pas ? C’est écouter, dialoguer, être consulté, et ensuite agir. Il faut donner suite à ces échanges.’ En somme, après les déclarations et les stratégies sur le papier, c’est l’action concrète et soutenue qui sera le vrai test. La nouvelle administration devra démontrer que le dossier autochtone n’est pas noyé dans une liste de responsabilités, mais qu’il est porté avec la détermination et les ressources qu’exige l’urgence de la situation. L’avenir nous le dira.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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