Projets d’éoliennes de TES Canada : la compagnie dans l’impasse et cherche un filet électrique à Québec
Mathieu Gagnon - 2025-12-22 10:21
credit : lemorning.ca (image IA)
Une course contre la montre et contre l’opposition
Le projet d’usine d’hydrogène de TES Canada à Shawinigan, un investissement colossal de quatre milliards de dollars, tourne au casse-tête. Pour fonctionner dès 2030, l’entreprise a un besoin crucial d’électricité, une quantité qu’Hydro-Québec ne peut pas entièrement lui fournir, paraît-il. Alors, TES Canada avait planifié de produire sa propre énergie en installant 133 éoliennes dans la Mauricie.
Sauf que voilà, sur le terrain, l’idée est loin de faire l’unanimité. L’opposition des citoyens est telle que l’entreprise se retrouve maintenant à chercher une échappatoire. Selon des informations obtenues par Radio-Canada, elle se tourne vers le gouvernement Legault pour quémander une rallonge d’électricité du réseau public, parce que son plan de production verte est complètement à la ramasse. Mais ce n’est pas si simple : même Hydro-Québec, d’après nos sources, aurait émis un avis défavorable. Ça commence mal, vous allez me dire.
La quadrature du cercle : un projet immense et une opposition massive

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Bon, reprenons depuis le début pour bien comprendre. TES Canada veut produire 70 000 tonnes d’hydrogène vert par an, un projet très ambitieux pour décarboner le transport lourd. Mais pour faire ça, il faut une quantité d’électricité phénoménale. L’entreprise avait obtenu un premier bloc de 150 mégawatts de la part du gouvernement pour compléter l’énergie qu’elle comptait produire avec son propre parc éolien. Mais ce fameux parc, qui devait être construit avec ses 133 éoliennes dans les milieux agricoles des MRC de Mékinac et des Chenaux, est accueilli avec une hostilité dont on a rarement vu l’équivalent.
Les résultats de référendums consultatifs sont sans appel, et franchement, ils donnent froid dans le dos. À Saint-Tite, 68% des gens ont voté contre. À Sainte-Thècle, c’est 69%. À Saint-Luc-de-Vincennes, l’opposition monte à 85%. Et le clou du spectacle, à Saint-Maurice, 91% des citoyens ont dit non. C’est presque unanime ! Imaginez l’ambiance dans les conseils municipaux… Et il faut savoir que ces éoliennes, ce ne sont pas de petits moulins. Elles feraient environ 200 mètres de haut, c’est plus haut que la place Ville-Marie à Montréal. Alors, je comprends que les gens aient quelques réserves sur le fait d’en avoir dans leur champ ou près de chez eux.
L’entreprise le reconnaît elle-même, d’une certaine façon. Le PDG de TES Canada, Éric Gauthier, a envoyé une déclaration écrite. Il dit que le gouvernement leur a demandé de « maximiser l’acceptabilité sociale », tout en tenant les promesses de relance économique. Du coup, l’entreprise en est, selon ses propres mots, à « évaluer la possibilité de prendre plus de temps pour développer et améliorer le parc éolien en collaboration avec les communautés locales ». Traduction libre : c’est tellement mal parti qu’on risque de ne pas être prêts pour 2030.
La nouvelle demande et les pouvoirs en jeu
Face à ce mur, TES Canada a donc lancé une nouvelle manœuvre. Elle a demandé au gouvernement une rallonge temporaire de 100 mégawatts supplémentaires provenant du réseau d’Hydro-Québec. Ce « bloc temporaire » s’ajouterait au bloc permanent de 150 mégawatts déjà alloué. Le but ? Permettre de lancer l’usine d’hydrogène en 2030 même si les éoliennes ne sont pas encore là, pour faire une transition. Une sorte de béquille électrique, si vous voulez.
C’est là que le bât blesse. Car il semblerait, d’après ce qu’on a appris, qu’Hydro-Québec a émis un avis défavorable sur cette demande de puissance supplémentaire. La société d’État doit jongler avec une demande industrielle énorme et des ressources qui ne sont pas infinies, paraît-il. Mais, et c’est un gros mais, le dernier mot ne revient pas à Hydro-Québec. C’est la ministre de l’Économie, de l’Innovation et de l’Énergie (MEIE), Christine Fréchette, qui a la responsabilité finale d’attribuer ces mégawatts. Le gouvernement Legault, lui, maintient son soutien au projet malgré le rejet clair des populations locales.
Interrogé, le cabinet de la ministre Fréchette n’a pas voulu dire s’il allait accorder cette rallonge. Ils ont renvoyé la balle aux fonctionnaires du ministère. Une porte-parole, Félicia Nicole, a même répondu par écrit que le ministère « ne commente pas sur les dossiers relatifs aux demandes d’autorisation pour le raccordement d’un projet d’une puissance de 5 mégawatts et plus qui sont ou pourraient être en analyse ». Un grand classique, bref.
Pourquoi le gouvernement tient-il tant à ce projet ? Il le voit comme un levier pour réduire les gaz à effet de serre et décarboner l’économie. C’est aussi un projet entièrement privé, sans subventions publiques, porté par des figures connues comme France Chrétien Desmarais, qui en est la présidente du conseil d’administration et la cofondatrice. L’entreprise promet du lourd : 5,5 milliards de dollars de retombées et la création de 3000 emplois directs et indirects. Des chiffres qui font rêver, c’est sûr.
Les voix du terrain et le débat sur la priorité énergétique

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Du côté des élus locaux, la position est intéressante. Gérard Bruneau, le maire de Saint-Maurice où 91% des gens ont dit non, a un discours plutôt pragmatique. « Je comprends TES Canada de voir que ça va être très difficile, voire impossible, dans la situation actuelle », a-t-il réagi. Lui et d’autres maires demandent depuis des mois une solution alternative : que l’électricité pour le projet vienne directement d’Hydro-Québec, sans passer par l’implantation d’éoliennes sur les terres agricoles. « On suggère au gouvernement, plutôt que d’installer des éoliennes à travers nos territoires agricoles, de prendre les mégawatts dans ces quantités-là et d’aider TES Canada, si c’est ça leur intention. » En somme, « sauvez votre projet si vous voulez, mais pas chez nous ».
Cette idée de puiser dans le réseau d’Hydro-Québec ne fait pas non plus l’unanimité. Le Front commun pour la transition énergétique, qui représente 85 organisations syndicales, environnementales et communautaires, y est carrément opposé. Leur porte-parole, Mélanie Busby, ne mâche pas ses mots. « [Étant donné que] c’est un projet qui produit de l’hydrogène, qui a une efficacité très douteuse, qui a un coût très important, dont la rentabilité est [contestée], on se demande si c’est là qu’on devrait mettre nos mégawatts », a-t-elle déclaré. Elle rappelle que des chercheurs ont déjà mis en doute la viabilité commerciale même de TES Canada.
Leur position est claire : les précieux mégawatts restants d’Hydro-Québec devraient servir en priorité à aider les entreprises déjà établies au Québec à décarboner leurs propres procédés, plutôt qu’à financer un nouveau projet aussi gros et aussi incertain. C’est un vrai débat de société qui est lancé : où doit-on allouer notre électricité propre, qui n’est pas illimitée ? À des projets pharaoniques de nouvelle industrie, ou à verdir celles qui existent déjà ?
Bref, TES Canada se retrouve pris en étau. D’un côté, une opposition citoyenne massive qui bloque son projet éolien. De l’autre, un avis défavorable d’Hydro-Québec sur sa demande d’électricité de secours, et un ministère qui garde le silence. Et au milieu, un gouvernement qui soutient le projet mais dont le bras droit (Hydro-Québec) semble dire non. On n’est pas sorti de l’auberge. La balle est maintenant dans le camp de la ministre Fréchette. Va-t-elle ignorer l’avis de la société d’État et accorder les 100 mégawatts demandés pour sauver le projet de Shawinigan ? L’affaire est à suivre de très près.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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