Un délai à prévoir pour l’élargissement du dépistage du cancer du sein aux femmes de 45 ans

Un délai à prévoir pour l’élargissement du dépistage du cancer du sein aux femmes de 45 ans credit : lemorning.ca (image IA)

Une décision de prudence qui fait débat

Alors que la recommandation d’élargir le dépistage organisé du cancer du sein aux femmes de 45 à 49 ans est sur la table depuis des mois, le gouvernement du Québec a finalement rendu sa décision. Et ce n’est pas tout à fait ce qu’espéraient les spécialistes. Le ministre démissionnaire de la Santé, Christian Dubé, a annoncé une approche graduelle. En gros, il faut d’abord améliorer le programme actuel avant d’y inclure près de 300 000 femmes supplémentaires.

Dans une déclaration obtenue par Radio-Canada juste avant l’annonce de son départ, M. Dubé a justifié ce choix par la nécessité de ne pas mettre une pression supplémentaire sur le réseau de santé, déjà bien mal en point. Notre volonté reste d’élargir le dépistage, mais il faut demeurer prudents et nous appuyer sur les recommandations de nos experts sur la question, a-t-il déclaré. Une position qui s’appuie sur l’avis de l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS), reçu il y a trois mois.

L’idée, c’est de régler d’abord ce qui ne va pas. Et le principal problème identifié est colossal : le taux de rappel des mammographies. Actuellement, presque une femme sur quatre se voit convoquer pour un examen complémentaire après un premier test de dépistage. C’est énorme. Et selon l’INESSS, 90% de ces examens supplémentaires sont inutiles, n’aboutissant à aucun diagnostic de cancer.

Le cœur du problème : le scandale des « faux positifs »

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Pour bien comprendre, il faut s’arrêter sur ce que signifie le taux de référence, aussi appelé taux de rappel. C’est le pourcentage de mammographies dont le résultat est considéré comme anormal, nécessitant une investigation plus poussée. Dans l’immense majorité des cas, cette investigation écarte finalement le cancer. On parle alors de faux positif. C’est loin d’être anodin : ces faux positifs génèrent une anxiété terrible, parfois de la douleur, et peuvent même conduire à des biopsies invasives totalement superflues.

Les chiffres donnent le tournis. Selon les données de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), depuis dix ans, le taux de référence pour les mammographies initiales oscille autour de 22,3%. Le hic, c’est que la cible à atteindre est de seulement 7%. Pour les mammographies de suivi, c’est un peu mieux, mais encore trop élevé : une moyenne de 9,1% contre une cible de 5%. C’est un écart colossal qui prouve que le système peine à faire le tri.

Catherine Truchon, la directrice scientifique de l’INESSS, avait sonné l’alarme en septembre dernier. Il est vraiment urgent qu’on s’attaque à cette problématique pour se dégager de l’espace, pour faciliter l’intégration de femmes supplémentaires dans le programme de dépistage, martelait-elle. Avec l’inclusion des 45-49 ans, le problème s’aggraverait encore. Leur densité mammaire étant généralement plus élevée, l’INESSS estime que le taux de rappel global pourrait augmenter de 2,5%. Impossible donc d’ajouter une charge supplémentaire sans avoir d’abord assaini les pratiques.

Les radiologistes déçus et le cancer plaide pour la rapidité

Cette annonce d’une approche graduelle n’a pas fait l’unanimité. Loin de là. Le Dr Grégoire Bernèche, président de l’Association des radiologistes du Québec (qui compte 712 membres), n’a pas caché sa déception. Je me demande un petit peu si on n’est pas en train de remettre aux calendes grecques l’ouverture du programme de dépistage aux femmes de moins de 50 ans, a-t-il lancé, sceptique.

Pour lui et ses collègues, l’urgence est ailleurs. Selon nous, comme radiologiste, il y a vraiment urgence de l’ouvrir parce que les patientes de moins de 50 ans sont maintenant beaucoup plus à risque qu’elles l’étaient il y a une vingtaine d’années, insiste-t-il. Il concède que le taux de rappel est trop élevé, mais estime que le réseau pourrait absorber la nouvelle cohorte dans les 12 prochains mois. Il pointe aussi du doigt un autre problème : le sous-financement chronique des cliniques de radiologie, qui n’aide en rien.

Du côté de la Société canadienne du cancer, on appelle à la prudence, mais aussi à la rapidité. David Raynaud, le gestionnaire principal pour le Québec, souhaite que les améliorations se fassent vite, pour éviter un scénario à la « dépistage du col de l’utérus », où l’annonce a été faite mais la mise en œuvre reportée… jusqu’en mars 2026. M. Raynaud insiste sur la nécessité d’agir progressivement, en s’attaquant notamment à la pénurie de main-d’œuvre en imagerie médicale, un goulet d’étranglement bien réel.

Le programme actuel, son succès et les prochaines étapes

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Rappelons comment fonctionne le système aujourd’hui. Il s’agit d’un programme de dépistage organisé qui invite par courrier les Québécoises de 50 à 74 ans à passer une mammographie tous les deux ans. En vingt ans d’existence, ce programme a permis de détecter près de 35 000 cancers du sein, un chiffre qui parle de lui-même. Il bénéficie d’une bonne adhésion, avec environ 70% des femmes concernées qui y participent.

Mais il y a un angle mort : les femmes sans médecin de famille. L’INESSS recommande aussi d’améliorer l’accès pour elles. On parle notamment d’utiliser le GAP (guichet d’accès à la première ligne) pour orienter, par exemple, une femme de 40 ans vers une clinique de dépistage, même si elle n’est pas encore dans la tranche d’âge ciblée. Pour encadrer tout cela, l’INESSS a été mandaté pour développer un protocole médical national (PMN) et un modèle d’ordonnance collective dans les mois à venir.

L’enjeu financier est également de taille. En 2024, Christian Dubé avait confié ce mandat à l’INESSS en étant convaincu que le jeu en valait la chandelle. L’Institut a chiffré l’élargissement aux 300 000 femmes de 45 à 49 ans. La facture ? Un supplément de 177 millions de dollars sur cinq ans. C’est le scénario qu’il juge le plus réaliste. Alors oui, le gouvernement dit vouloir avancer, mais pas à n’importe quel prix, et surtout pas au risque d’engorger encore plus un système déjà sous tension. L’attente continue pour des centaines de milliers de femmes, dans l’espoir que cette prudence soit rapidement transformée en action.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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