L’indice de qualité de l’air du Québec sous le feu des critiques

L’indice de qualité de l’air du Québec sous le feu des critiques credit : lemorning.ca (image IA)

Un système jugé dépassé

Savoir si l’air qu’on respire est bon ou mauvais, ça semble être une information de base, non ? Pourtant, au Québec, l’indicateur officiel que le gouvernement utilise pour nous renseigner est sévèrement remis en question.

L’indice de la qualité de l’air (IQA) du ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP) est qualifié d’imprécis et de désuet par plusieurs. Des groupes citoyens et même un élu montent au front pour exiger une réforme en profondeur. Ils estiment que l’outil actuel ne donne pas un portrait fidèle des risques réels pour la population.

Ça part de la Capitale-Nationale, plus précisément d’organismes et de citoyens qui se battent depuis des années pour une meilleure qualité de l’air en Basse-Ville de Québec. Le projet RevolvAir, la Table citoyenne Littoral Est et le Mouvement pour une ville zéro déchet ont uni leurs voix pour tirer la sonnette d’alarme. Pour eux, l’IQA manque cruellement de fiabilité.

Pour vous donner une idée, actuellement, cet indice compile les données des stations de mesure réparties partout dans la province. Il classe ensuite l’air en seulement trois catégories, codées par des couleurs : bon (vert), acceptable (jaune) ou mauvais (rouge). On peut consulter ça sur une carte interactive, c’est vrai. Mais le problème, selon les critiques, c’est que cette simplicité est trompeuse, voire dangereuse.

Le problème fondamental : un indice trop vague et laxiste

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Alors, quel est le problème exact ? C’est surtout le mot « acceptable » qui fait grincer des dents. Dans le tableau officiel, on peut lire que dans ce palier, la qualité de l’air est « acceptable pour la majorité des citoyens et il y a peu de risques pour la santé ». Point final. Pas d’autres conseils, pas de nuance.

« Acceptable pour qui ? », s’indigne Guillaume Simard, enseignant au collégial et cofondateur des plateformes LimoilAir et RevolvAir. Il déplore que l’indice ne donne « pas beaucoup d’informations sur les dangers ou les risques par rapport à la santé ». Son constat est sévère : la catégorie « acceptable » est trop vague, voire carrément optimiste, selon lui. Elle empêche les personnes vulnérables – les aînés, les jeunes enfants, ceux avec des problèmes cardiaques ou respiratoires – de prendre des décisions éclairées pour leurs activités.

Il donne un exemple concret qui fait froid dans le dos : « Si la qualité de l’air est sur le point d’être mauvaise, qu’on est vers la fin de l’acceptable, on va dire que c’est acceptable. Mais dans cinq minutes, ça peut passer à mauvais de façon assez radicale. » Autrement dit, on peut se retrouver à faire du sport ou une promenade en pensant que tout va bien, alors que la situation est en train de basculer. L’absence de gradation plus fine est un vrai souci.

Guillaume Simard propose même un terme alternatif : « modéré ». Pourquoi ? Parce que c’est plus neutre, ça met en garde sans être alarmiste. « Il indique que des précautions doivent être prises, contrairement à

Les lacunes techniques et les exemples à suivre

Le flou ne s’arrête pas aux simples mots. Les critiques pointent aussi du doigt des problèmes de fond dans la méthode de calcul. Ils ont constaté quelque chose d’assez étonnant : les particules fines PM10 ne sont tout simplement pas prises en compte dans le calcul de l’IQA québécois. Pourtant, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) les reconnaît comme nocives.

Et ce n’est pas tout. Pour les particules encore plus fines, les PM2.5, le Québec utilise une moyenne mobile des trois dernières heures, et non pas une mesure à l’heure. Ce qui se passe, c’est que cette façon de faire « lisse » les résultats, comme un filtre qui atténue les pics de pollution. Conséquence ? Impossible d’avoir un suivi en temps réel. Si un événement polluant survient, l’indice ne le reflétera pas immédiatement.

Face à ce système jugé déficient, les militants ont regardé ce qui se fait ailleurs. Et ils ont trouvé des modèles bien plus élaborés. Le Canada, par exemple, a développé la Cote air santé (CAS). Celle-ci comporte pas moins de 11 niveaux, chacun étant directement lié aux risques pour la santé. Son tableau propose même des mesures de prévention spécifiques, en séparant les conseils pour le grand public de ceux pour les populations à risque.

Cette CAS est utilisée en Ontario, en Alberta, en Colombie-Britannique… mais pas au Québec. Guillaume Simard y voit pourtant la voie à suivre, car les termes sont plus spécifiques et le degré de risque est clairement communiqué.

Il y a aussi l’exemple américain. La plateforme gouvernementale AirNow utilise six niveaux. Après « Bon » et « Modéré », elle a une catégorie « Malsain pour les groupes sensibles ». C’est déjà plus précis. Puis, pour les pires niveaux, elle a « Malsain », « Très malsain » et « Dangereux ». Ici, les risques ne sont plus réservés aux seuls groupes sensibles, ce qui est une reconnaissance importante.

Même la France, avec son indice ATMO, a six niveaux allant de « Bon » à « Extrêmement mauvais ». Tous ces systèmes ont en commun d’offrir plus de détails et une meilleure gradation du danger que le simple trio vert-jaune-rouge québécois.

La mobilisation politique et l’appel à un changement radical

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Cette fronde citoyenne a trouvé un écho politique. Le député solidaire de Jean-Lesage, Sol Zanetti, soutient sans réserve la demande de réforme portée par les trois groupes de sa circonscription. Après avoir examiné le dossier, il en arrive à la même conclusion : l’indice actuel porte à confusion et semble… laxiste.

« Est-ce qu’on accepte l’inacceptable ? », questionne-t-il, reprenant à son compte l’argument central sur la catégorie « acceptable ». Pour lui, le système actuel « dore la pilule pour que ça ait l’air plus acceptable ». C’est une terminologie qui, selon lui, encourage l’immobilisme plutôt que l’action préventive.

Son raisonnement est logique : un système d’information plus rigoureux et plus clair sur les risques permettrait aux gens de mieux se protéger. À long terme, cela pourrait même réduire les coûts en soins de santé liés aux problèmes respiratoires et cardiaques aggravés par la pollution. Quand les gens savent que l’air est « malsain » et pas juste « acceptable », ils sont plus susceptibles de modifier leur comportement.

La proposition de M. Zanetti est claire : il faut créer un comité indépendant chargé de réviser de fond en comble l’indice de la qualité de l’air québécois. Ce comité pourrait s’inspirer des meilleures pratiques ailleurs dans le monde, notamment des lignes directrices de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). L’objectif est d’établir un nouvel outil, transparent et basé sur la science, qui protège réellement la population.

Guillaume Simard résume bien l’attente des citoyens : « Quand on va sur un site du gouvernement, on s’attend à avoir une information de qualité, qui nous protège. Actuellement, au Québec, il faut se tourner vers d’autres sources. » C’est peut-être le cœur du problème : quand l’information officielle n’est pas assez fiable, les gens cherchent eux-mêmes des réponses, parfois dans la confusion.

Conclusion : Une question de santé publique et de confiance

L’enjeu, finalement, va bien au-delà d’une simple étiquette ou d’un code couleur sur une carte. C’est une question de santé publique et de confiance. Les études le rappellent sans cesse : la pollution de l’air a un impact direct sur les décès prématurés et la santé globale. Au Québec, on l’a vu avec les épisodes de fumée intense des feux de forêt l’été dernier, où l’air est devenu « malsain ».

Mais avec l’indice actuel, comment savoir à quel moment précis le danger devient réel pour tout le monde, et pas seulement pour les groupes sensibles ? L’IQA québécois ne le dit pas. Il laisse cette zone grise, ce flou artistique qui, selon les critiques, minimise les risques.

La demande des groupes citoyens et du député Zanetti n’est donc pas anodine. Il s’agit de moderniser un outil crucial pour que les Québécois puissent avoir une information juste, détaillée et actionnable sur l’air qu’ils respirent. S’inspirer de la Cote air santé canadienne ou d’autres modèles étrangers semble être un bon point de départ.

En attendant une éventuelle réforme, peut-être faudra-t-il, comme le dit Guillaume Simard, continuer à se tourner vers d’autres sources pour avoir l’heure juste. Mais on peut espérer qu’un jour prochain, l’information officielle du gouvernement sera à la hauteur des risques et de l’attente légitime des citoyens de pouvoir respirer en toute connaissance de cause.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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