Bloquer une voie inflammatoire clé pour lutter contre la cirrhose, selon une étude
Simon Kabbaj - 2025-12-19 10:53
credit : lemorning.ca (image IA)
Une étude portée par l’UMH découvre un nouveau mécanisme contre la cirrhose

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Une équipe de chercheurs espagnols a peut-être fait un pas important contre la cirrhose, cette terrible maladie du foie. L’étude, publiée fin 2025 dans la revue Biomedicine & Pharmacotherapy, a été menée à l’Université Miguel Hernández d’Elche (UMH). Elle s’est intéressée de près à un phénomène inflammatoire spécifique qui semble jouer un rôle majeur dans la progression de la cirrhose.
La cirrhose, vous savez, c’est une pathologie grave où le tissu sain du foie est peu à peu remplacé par une sorte de cicatrice fibreuse, ce qui fait que l’organe perd sa fonction. C’est une cause majeure de mortalité : plus d’un million de décès chaque année dans le monde, ce qui représente environ 2,4% de tous les décès. Mais au-delà des chiffres, ce sont surtout des complications terribles qui affectent la vie des patients : des infections, des saignements, des troubles cognitifs et une grande perte d’autonomie. Et franchement, les traitements actuels sont limités ; on gère surtout les problèmes au fur et à mesure, sans vraiment s’attaquer à la racine du mal.
C’est justement ce que ces chercheurs ont voulu explorer. Sous la direction du chercheur Rubén Francés Guarinos, et en collaboration avec d’autres équipes prestigieuses comme celle de l’Hôpital Clínic de Barcelone, ils ont cherché à comprendre le rôle d’une voie inflammatoire particulière, celle du facteur activant les plaquettes (PAF) et de son récepteur (PAF-R). Leur intuition ? Bloquer cette voie pourrait être une stratégie efficace pour améliorer la fonction hépatique. L’auteur principal de l’étude est Enrique Ángel Gomis, chercheur de l’UMH.
Le mécanisme clé : comment l’inflammation s’emballe dans le foie

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Pour comprendre leur découverte, il faut plonger un peu dans la biologie du foie. Les chercheurs se sont notamment concentrés sur des cellules immunitaires spéciales du foie, les cellules de Kupffer. Vous pouvez les voir comme les gardiennes de l’organe, chargées de réagir aux agressions. Dans la cirrhose, elles semblent devenir trop actives et déclenchent une inflammation chronique nuisible.
L’étude a révélé quelque chose de vraiment fascinant : dans la cirrhose, le récepteur PAF-R est surexprimé sur ces cellules. Mais pourquoi ? Ce n’est pas un simple hasard. Les chercheurs ont découvert que c’est un mécanisme épigénétique qui est en cause. Concrètement, une marque chimique qui « muselait » normalement le gène du récepteur PAF-R est retirée (c’est ce qu’on appelle la déméthylation du promoteur du gène).
Imaginez que vous enleviez un frein à un moteur. Le gène, libéré, devient hyperactif, produit beaucoup trop de récepteurs PAF-R, et cela amplifie la réponse inflammatoire, aggravant ainsi les lésions hépatiques. C’est une boucle vicieuse : plus d’inflammation, plus de cicatrises, moins de foie fonctionnel. L’étude a confirmé ce mécanisme non seulement sur un modèle de souris, mais aussi sur des échantillons de foie de patients humains atteints de cirrhose, ce qui lui donne une grande pertinence.
Les traitements testés : bloquer la voie PAF pour réparer le foie

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L’idée des chercheurs a donc été simple : si cette voie est le problème, et si on parvient à la bloquer, peut-on améliorer l’état du foie ? Pour le savoir, ils ont testé deux approches sur des tissus hépatiques, à la fois sains et cirrhotiques.
La première stratégie a utilisé un antagoniste nommé BN-52021. Ce composé agit comme une « fausse clé » qui se fixe sur le récepteur PAF-R, empêchant le véritable facteur PAF de s’y lier et de déclencher l’inflammation. Les résultats ont été très encourageants : chez les souris cirrhotiques, ce traitement a permis de réduire les lésions structurelles du foie et d’améliorer la fonction vasculaire hépatique. En gros, le foie cicatrisait moins et sa circulation interne s’améliorait.
La seconde approche était plus subtile. Au lieu de bloquer le récepteur, elle visait à corriger l’erreur épigénétique à l’origine de sa surexpression. Les chercheurs ont utilisé un inhibiteur appelé Aza, conçu pour modifier cette régulation épigénétique défaillante. Même si cette piste est encore en cours d’exploration, elle ouvre une perspective complètement nouvelle : traiter la cause moléculaire de l’inflammation plutôt que ses symptômes.
En plus de l’amélioration structurale, le traitement BN-52021 a aussi montré sa capacité à rééquilibrer les réponses immunitaires et inflammatoires à l’intérieur du foie. C’est un point crucial, car la cirrhose est souvent le résultat d’un système immunitaire hépatique qui s’emballe et se retourne contre l’organe qu’il est censé protéger.
Conclusion : Un espoir pour de futurs traitements

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Alors, qu’est-ce que tout cela signifie pour les patients ? Pour le chercheur Enrique Ángel Gomis, les conclusions sont claires : « Les médicaments capables de bloquer l’action du PAF, comme le BN-52021, pourraient représenter une nouvelle ligne thérapeutique pour la cirrhose du foie ». C’est un espoir considérable, car on parle ici d’une approche qui s’attaque directement à un mécanisme biologique de la maladie, et non pas seulement à ses conséquences.
Cette étude ne se contente pas d’identifier une simple cible médicamenteuse. Elle met en lumière toute une nouvelle stratégie : soit on bloque directement le récepteur, soit on corrige l’anomalie épigénétique qui le fait proliférer. Ces deux voies pourraient potentiellement contrôler l’inflammation et les lésions hépatiques à leur origine moléculaire.
Bien sûr, c’est une découverte de recherche, et le chemin entre le laboratoire et la pharmacie est encore long. Il faudra d’autres études, notamment des essais cliniques, pour confirmer l’efficacité et l’innocuité de ces approches chez l’homme. Mais pour la première fois, on a identifié avec précision un interrupteur inflammatoire clé dans la cirrhose, et on a montré qu’il était possible de l’éteindre. Pour les plus d’un million de personnes touchées chaque année dans le monde, c’est une lueur d’espoir importante. L’étude complète est disponible sous la référence DOI : 10.1016/j.biopha.2025.118804 pour ceux qui voudraient approfondir.
Selon la source : medicalxpress.com
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