Santé Canada veut changer la donne sur les pesticides, les scientifiques tirent la sonnette d’alarme

Santé Canada veut changer la donne sur les pesticides, les scientifiques tirent la sonnette d’alarme credit : lemorning.ca (image IA)

Un changement de cap qui inquiète profondément

credit : lemorning.ca (image IA)

C’est une annonce qui ne passe pas inaperçue, surtout auprès de ceux qui scrutent la sécurité de notre assiette et de notre environnement. Vous savez, moi, quand j’entends parler de modifications aux règles qui encadrent les pesticides, je me dis qu’il faut vraiment regarder ça de près. C’est un sujet qui touche tout le monde, de l’agriculteur au consommateur.

Le gouvernement fédéral a donc fait savoir, début novembre, qu’il voulait carrément changer la loi. L’idée ? Remplacer le système actuel, où Santé Canada réévalue chaque pesticide tous les 15 ans, par ce qu’ils appellent une « surveillance continue fondée sur les risques ». En gros, plus de rendez-vous régulier obligatoire. Ça sonne peut-être moderne et efficace, mais ça fait bondir une trentaine de chercheurs et d’organisations non gouvernementales.

Dans une lettre publiée jeudi, ces signataires venus de différentes provinces lancent un cri du cœur. Ils pressent Ottawa de « choisir la science et la santé plutôt que les lobbyistes ». C’est dire si l’enjeu est perçu comme crucial. De son côté, le gouvernement assure, lui, que sa réforme va au contraire renforcer la surveillance. On a deux visions qui s’affrontent, et c’est notre sécurité à tous qui est en jeu.

La fin d’un garde-fou essentiel ?

credit : lemorning.ca (image IA)

Actuellement, le système fonctionne sur un principe assez simple, même s’il est lourd à gérer : tous les 15 ans, chaque pesticide autorisé au Canada passe sur le grill. Santé Canada vérifie qu’il répond toujours aux normes de sécurité actuelles, à la lumière des nouvelles connaissances scientifiques. C’est un peu comme un contrôle technique obligatoire pour les produits chimiques qu’on utilise dans nos champs. Par exemple, l’herbicide très connu, le glyphosate, a été réautorisé pour 15 ans après une telle réévaluation en 2017. Sa prochaine révision était prévue pour 2032.

Avec la nouvelle approche, ce rendez-vous régulier disparaîtrait. Pour ses défenseurs, cette réforme permettrait de se concentrer sur les produits les plus problématiques, de réagir plus vite à une nouvelle étude alarmante sans attendre la date prévue. Mais les critiques, eux, voient là la suppression d’un garde-fou fondamental. Ils rappellent qu’il y a plus de 7000 pesticides enregistrés au Canada. Pour eux, cette réévaluation cyclique est la « pierre angulaire » du maintien de la sécurité. Sans elle, ils craignent que des produits potentiellement dangereux ne restent sur le marché trop longtemps.

Ils pointent d’ailleurs du doigt les récentes controverses autour du glyphosate, qui ont mis en lumière des failles dans le système. Santé Canada a d’ailleurs reconnu avoir utilisé, pour une de ses évaluations, une étude qui s’est avérée frauduleuse, et qui concluait que le produit était sans danger. Un exemple qui, pour les chercheurs signataires, montre bien pourquoi il ne faut pas relâcher la vigilance.

Le débat : efficacité contre angles morts

Alors, qui a raison ? Le gouvernement défend sa position avec des arguments de bon sens bureaucratique. Marie-Pier Burelle, porte-parole de Santé Canada, explique que le calendrier actuel est « fixe et inflexible », ce qui entraîne des retards. Elle affirme que réévaluer systématiquement plus de 7000 produits tous les 15 ans est un processus « laborieux » qui demande énormément de ressources. L’industrie des pesticides, elle non plus, ne s’en cache pas : elle milite depuis longtemps pour cette approche « continue » qui, selon elle, serait plus agile.

Mais la vigilance, est-ce que ça peut vraiment être « continue » ? C’est là que le bât blesse, selon des experts comme Maryse Bouchard, professeure de santé environnementale à l’INRS. Elle voit bien un avantage théorique : pouvoir intégrer une nouvelle étude inquiétante sans délai. Mais elle pose une question essentielle : Santé Canada sera-t-il capable de repérer ces signaux d’alerte en tout temps ? « C’est dangereux, parce que s’il n’y a pas un signal d’alerte, et on ne sait pas lequel, il n’y aura pas de réévaluation », met-elle en garde.

Son inquiétude est nourrie par un constat troublant : Santé Canada s’appuie principalement sur les études fournies par les fabricants eux-mêmes pour approuver l’usage de leurs produits. Comment, dans ce contexte, assurer une veille scientifique indépendante et exhaustive ? Maryse Bouchard résume : « La surveillance continue peut être un avantage, mais seulement si elle repose sur des données indépendantes, complètes et systématiquement analysées. Sinon, on risque de passer à côté de problèmes importants. » Un autre fait vient renforcer ces craintes : en 2023, un scientifique nommé pour conseiller Santé Canada sur les pesticides a démissionné, accusant l’organisme de donner un « faux sentiment de sécurité » aux Canadiens.

Un enjeu de santé publique qui dépasse les champs

credit : lemorning.ca (image IA)

Derrière ces débats techniques, il y a des réalités très concrètes. Les pesticides, on le sait, sont massivement utilisés en agriculture pour protéger les récoltes des insectes et des maladies, et pour tenter d’obtenir les meilleurs rendements possibles. Mais il est aussi admis qu’ils sont souvent surutilisés, parfois sans que ce soit vraiment justifié. Et les conséquences sur la santé ne sont plus à démontrer.

Déjà en 2021, le gouvernement du Québec a officiellement reconnu le lien entre l’exposition aux pesticides et la maladie de Parkinson. Une décision lourde de sens, qui a ouvert la voie à l’indemnisation de travailleurs agricoles victimes de cette maladie neurodégénérative. C’est un précédent majeur qui rappelle que ces produits ne sont pas anodins.

Alors, quand on parle de changer les règles du jeu de leur surveillance, ce n’est pas qu’une question de paperasse ou d’efficacité administrative. C’est une question de protection de la santé des gens qui travaillent la terre, de la qualité de l’eau – on a d’ailleurs mesuré une multitude de pesticides dans l’eau de 10 villes du Québec – et, in fine, de la confiance du public dans le système qui est censé le protéger. La réforme proposée par Ottawa est sur la table. Le débat, lui, est plus que jamais ouvert.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.