Une nouvelle thérapie protéique active le système immunitaire contre les tumeurs en bloquant leurs « freins à sucre »

Une nouvelle thérapie protéique active le système immunitaire contre les tumeurs en bloquant leurs « freins à sucre » credit : lemorning.ca (image IA)

Une lueur d’espoir contre le cancer grâce à une approche ingénieuse

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Imaginez que votre système immunitaire, ce formidable gardien, soit freiné par la tumeur elle-même. C’est un peu ce qui se passe dans certains cancers, et c’est un vrai casse-tête pour les chercheurs. Mais une nouvelle découverte pourrait bien changer la donne.

Des scientifiques du MIT et de l’Université de Stanford viennent de développer une stratégie innovante pour stimuler nos défenses naturelles contre les cellules cancéreuses. L’idée ? S’attaquer à des molécules de sucre spécifiques, les glycannes, que les tumeurs utilisent comme une sorte de « frein à main » pour paralyser l’attaque immunitaire.

Cette recherche, publiée le 16 décembre 2025 dans la prestigieuse revue Nature Biotechnology, a été menée sous la direction de la professeure Jessica Stark du MIT et de la professeure Carolyn Bertozzi de Stanford. Leur travail a été rigoureusement vérifié par des pairs, ce qui lui confère une solide crédibilité scientifique. Pour être franc, c’est un pas de géant qui pourrait rendre l’immunothérapie efficace pour bien plus de patients qu’aujourd’hui.

Le mécanisme : Comment les cellules cancéreuses sabotent nos défenses avec du sucre

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Le principe de l’immunothérapie n’est pas nouveau. On connaît déjà des médicaments, les inhibiteurs de points de contrôle comme ceux ciblant PD-1 et PD-L1, qui enlèvent un premier frein. Pour certains patients, c’est miraculeux, mais pour beaucoup d’autres, hélas, cela ne fonctionne pas. C’est frustrant, et ça pousse la recherche à explorer d’autres pistes.

Les chercheurs se sont donc intéressés à un autre dialogue trompeur entre la tumeur et nos cellules immunitaires. Presque toutes nos cellules portent des glycannes à leur surface, mais les cellules cancéreuses en arborent des spécifiques, riches en un sucre appelé acide sialique. Le problème, c’est que cet acide sialique se lie à des récepteurs présents sur nos cellules immunitaires, appelés Siglecs (comme Siglec-7 ou Siglec-9).

« Quand les Siglecs se lient aux acides sialiques, ça met carrément les freins à la réponse immunitaire », explique Jessica Stark. C’est comme si la cellule cancéreuse disait à notre macrophage ou à notre cellule tueuse naturelle (NK) : « Relax, il n’y a rien à voir ici ». Et du coup, l’attaque est désactivée.

Jusqu’ici, cibler cette interaction s’était révélé très difficile. Les lectines, des molécules capables de se lier aux sucres, n’étaient pas assez « accrocheuses » pour s’accumuler efficacement à la surface des cellules cancéreuses et bloquer le signal. Il fallait une solution plus maligne.

La solution : Les AbLecs, des molécules « couteaux suisses » modulaires

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L’idée de génie a été de créer une molécule hybride, un véritable couteau suisse thérapeutique qu’ils ont baptisé AbLec (pour Antibody-Lectin chimera). En gros, ils ont pris un anticorps déjà utilisé en thérapie, comme le trastuzumab qui cible la protéine HER2 dans certains cancers du sein, de l’estomac et colorectal. Puis, ils ont remplacé un « bras » de cet anticorps par une lectine, par exemple Siglec-7 ou Siglec-9.

Le résultat est assez élégant : l’anticorps guide la molécule directement sur la tumeur avec une grande précision, et une fois sur place, la lectine vient se coller aux acides sialiques comme un bouchon. Elle les empêche ainsi de contacter les Siglecs des cellules immunitaires. Les freins sont levés !

« Cette lectine seule a une affinité relativement faible, on ne peut pas l’utiliser comme thérapeutique toute seule », précise Stark. « Mais quand on l’accroche à un anticorps à haute affinité, on peut l’amener à la surface de la cellule cancéreuse où elle va pouvoir se lier et bloquer les acides sialiques. » C’est du génie, non ?

Les tests en laboratoire sur des cellules ont montré que cet AbLec reprogrammait effectivement les cellules immunitaires pour qu’elles attaquent et détruisent les cellules cancéreuses. Mais le plus impressionnant est venu des tests sur des souris modifiées pour exprimer des récepteurs humains. Ces souris, chez qui on avait provoqué des métastases pulmonaires, ont vu ces métastases réduites de manière significative après traitement avec l’AbLec, comparé à un traitement par l’anticorps seul.

Et ce n’est pas tout. La beauté du système, c’est qu’il est modulaire, « plug-and-play » comme ils disent. On peut imaginer remplacer l’anticorps de guidage par un autre, selon le type de cancer. Par exemple, utiliser le rituximab pour cibler le CD20, ou le cétuximab pour cibler l’EGFR. On peut aussi changer la lectine pour viser d’autres sucres immunosuppresseurs. C’est une plateforme flexible.

Conclusion : La voie vers de futurs traitements et la suite des recherches

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Alors, où en est-on aujourd’hui ? Cette découverte est tellement prometteuse que les chercheurs, dont Stark et Bertozzi, ont déjà fondé une société appelée Valora Therapeutics. Leur objectif est clair : développer les meilleurs candidats AbLec et les amener en essais cliniques chez l’humain. Ils espèrent pouvoir commencer ces essais d’ici deux à trois ans, ce qui, dans le monde de la recherche, est un horizon assez proche.

« Comme les glycannes sont connus pour freiner la réponse immunitaire dans de nombreux types de tumeurs, nous soupçonnons que nos molécules pourraient offrir de nouvelles options de traitement, potentiellement plus efficaces, pour de nombreux patients atteints de cancer », espère Jessica Stark.

Il faut bien comprendre que cette approche ne remplace pas les thérapies existantes, mais pourrait s’y ajouter, offrant une nouvelle corde à l’arc des oncologues. C’est un bel exemple de comment comprendre un mécanisme biologique subtil – ici, un frein à base de sucre – permet de concevoir une arme thérapeutique précise. La lutte contre le cancer est un combat de longue haleine, mais chaque avancée comme celle-ci représente une vraie lueur d’espoir pour des millions de personnes.

L’étude complète, intitulée « Antibody-lectin chimeras for glyco-immune checkpoint blockade », est disponible dans *Nature Biotechnology* avec son DOI et une prépublication est aussi sur bioRxiv. Une belle aventure scientifique est en marche.

Selon la source : medicalxpress.com

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