Et si les règles aggravaient la gravité des blessures sportives ? Une étude éclaire le lien
Adam David - 2025-12-16 10:27
credit : lemorning.ca (image IA)
Le cycle menstruel, un paramètre longtemps ignoré dans le sport féminin

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On le sait, le cycle menstruel est un rouage central de la physiologie féminine. Il influence tout un tas de choses, pas seulement l’humeur ou l’appétit, mais aussi des aspects plus concrets comme les performances physiques, le contrôle neuromusculaire, le métabolisme, et même la façon dont le système immunitaire réagit. Alors, pour une athlète de haut niveau, est-ce que ces variations hormonales mensuelles pourraient aussi jouer sur le risque de se blesser ? C’est une question que la science commence à peine à explorer sérieusement.
Jusqu’ici, beaucoup de recherches en médecine sportive se sont surtout basées sur des modèles masculins. Mais les choses changent, doucement. Des chercheurs en Espagne et au Royaume-Uni viennent justement de publier une étude qui se penche sur ce lien délicat entre règles et blessures, en prenant pour sujet des footballeuses professionnelles. Leurs résultats, parus dans Frontiers in Sports and Active Living, sont plutôt éloquents.
La première auteure, le Dr Eva Ferrer, médecin du sport à l’hôpital Sant Joan de Déu et spécialiste de la santé féminine au Barça Innovation Hub à Barcelone, résume d’emblée : « Nous montrons que les menstruations en elles-mêmes n’augmentent pas la fréquence des blessures. » Bon, ça, c’est une première bonne nouvelle. Mais elle ajoute aussitôt un « mais » de taille : « Bien que les athlètes ne se soient pas blessées plus souvent pendant leurs règles, les blessures survenues durant cette période ont entraîné trois fois plus de jours d’absence que les blessures survenant à d’autres moments du cycle. » En clair, on ne se blesse pas plus, mais quand ça arrive, c’est souvent plus grave et plus long à soigner. Ça donne à réfléchir, non ?
L’étude : Quatre saisons d’observation auprès de joueuses d’élite

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Pour arriver à ces conclusions, l’équipe a suivi de près 33 joueuses de football évoluant au plus haut niveau du championnat espagnol, la Liga F. Ce suivi s’est étalé sur pas moins de quatre saisons complètes, de 2019/2020 à 2022/2023. Parmi elles, 11 ont été présentes pendant toute la durée de l’étude. Imaginez la rigueur nécessaire !
Le protocole était basé sur l’auto-déclaration : les joueuses notaient scrupuleusement leurs jours de saignement et leurs jours sans saignement. C’est la méthode la plus fiable sans avoir à faire des prises de sang pour mesurer les hormones à tout bout de champ. Au total, les chercheurs ont compilé les données de 852 cycles menstruels et recensé 80 blessures des membres inférieurs. Parmi celles-ci, 11 se sont produites pendant les phases de règles.
Le calcul du « fardeau de la blessure » (un indicateur qui combine la fréquence et la sévérité) a montré quelque chose de frappant. Ce fardeau était significativement plus élevé pendant les phases de saignement. Pour donner un exemple concret et un peu technique : le fardeau des blessures des tissus mous (muscles, tendons, ligaments) était plus de trois fois supérieur quand la blessure survenait pendant les règles. On parle de 684 jours perdus pour 1000 heures d’entraînement, contre seulement 206 jours pour les blessures survenant en dehors des règles. La différence est colossale.
Pourquoi une blessure serait-elle plus grave pendant les règles ?

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Alors, quelle est l’explication derrière ces chiffres ? Les chercheurs sont prudents, et c’est normal. Une blessure, c’est rarement à cause d’une seule chose. C’est souvent un concours de circonstances : fatigue, accumulation d’entraînements, geste technique imparfait, contact… Les hormones ne seraient donc pas la cause directe de la blessure, mais plutôt un facteur qui influence sa gravité et la durée de la récupération, comme l’explique le Dr Ferrer.
Plusieurs mécanismes physiologiques pourraient entrer en jeu. Pendant les règles, le taux d’œstrogène est au plus bas. Or, ces hormones jouent un rôle dans la réparation musculaire. Un niveau bas pourrait donc ralentir la guérison. Ensuite, il y a tout ce qui accompagne souvent les règles : une fatigue accrue, des douleurs, parfois des troubles du sommeil. Tout ça, ensemble, peut altérer le contrôle neuromusculaire – c’est-à-dire la façon dont le cerveau commande les muscles – et rendre les tissus plus vulnérables.
Il ne faut pas oublier non plus la perte de fer, qui peut réduire l’endurance et freiner la récupération. Et puis, il y a l’inflammation, souvent plus marquée pendant les menstruations, qui pourrait aggraver les lésions tissulaires si une blessure survient. C’est un peu comme si le corps était déjà occupé à gérer un événement physiologique complexe, et qu’une blessure venait le perturber davantage.
Des pistes concrètes pour les athlètes et les sportives du dimanche

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Bon, tout ça est intéressant, mais on fait quoi avec ces informations ? La bonne nouvelle, c’est que des adaptations toutes simples pourraient faire une grande différence. Le Dr Ferrer suggère que de petites modifications dans la routine d’entraînement pendant les règles pourraient aider à réduire le risque que une blessure, si elle arrive, ne soit trop sévère.
Elle cite par exemple des échauffements plus longs, un ajustement de la charge de travail à haute intensité, ou un soutien à la récupération accru. L’idée n’est pas de s’arrêter de s’entraîner, loin de là, mais d’écouter son corps et d’adapter. « Vous n’avez pas nécessairement besoin d’éviter l’entraînement pendant vos règles, mais vous devrez peut-être l’adapter », précise-t-elle. « Suivre son cycle et ses symptômes peut aider à guider l’intensité de l’entraînement et les stratégies de récupération. »
Et ces conseils ne valent pas que pour les pros de la Liga F ! Toutes les femmes qui font du sport, à n’importe quel niveau, peuvent en tirer profit. Se créer une petite routine de suivi, ne serait-ce qu’avec un calendrier, pour mieux connaître son propre corps et ses réactions, c’est un premier pas vers une pratique plus sûre et plus épanouissante.
Conclusion : Vers une science du sport enfin spécifique aux femmes

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Comme toute bonne étude, celle-ci a ses limites, et les chercheurs le reconnaissent volontiers. Les joueuses observées venaient toutes du même club, avaient un suivi médical de pointe et des protocoles de prévention stricts. Les résultats ne sont donc pas forcément transposables à toutes les footballeuses, et encore moins à toutes les sportives. De plus, le déséquilibre entre le nombre de jours de règles (environ 4 par mois) et de jours sans saignement (environ 27) rend les comparaisons statistiques un peu délicates. Enfin, ils n’ont pas mesuré les hormones ni pris en compte des facteurs externes comme le stress ou l’alimentation.
Malgré ces limites, la tendance observée est si nette – ce fameux « fardeau » trois fois plus lourd – qu’elle souligne l’urgence de poursuivre les recherches dans ce domaine. Cette étude est surtout un signal fort. Elle montre l’importance cruciale de prendre en compte le cycle menstruel dans la surveillance de la santé des athlètes, ne serait-ce qu’avec un simple calendrier.
Et puis, au-delà des chiffres, elle participe à un mouvement plus large, plus essentiel : celui d’une science du sport spécifiquement féminine. Comme le conclut le Dr Ferrer, cela « soutient un mouvement croissant vers une science du sport spécifique aux femmes, au lieu d’appliquer des modèles de recherche conçus pour les hommes aux femmes. » C’est peut-être là le plus important : enfin considérer la physiologie féminine non pas comme une variable dérangeante, mais comme un paramètre central à comprendre et à respecter.
Selon la source : medicalxpress.com
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.