Sécurité des aînés : plus de 500 résidences privées en retard pour l’installation de systèmes antifugues
Simon Kabbaj - 2025-12-15 11:43
credit : lemorning.ca (image IA)
Une exigence réglementaire et un constat alarmant

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L’inquiétude monte concernant la sécurité de nos aînés dans les résidences privées. Alors qu’un décès tragique a récemment eu lieu à Laval, l’attention se porte sur les dispositifs censés empêcher les résidents à risque d’errance de sortir sans être repérés.
Pourtant, une règle existe. Depuis 2022, le ministère de la Santé et des Services sociaux exige que les résidences privées pour aînés (RPA) de catégories 3 et 4 installent des systèmes de sécurité. L’échéance était fixée à juillet 2025 pour la plupart d’entre elles.
Mais voilà. Les derniers chiffres obtenus par Radio-Canada auprès de Santé Québec sont plutôt glaçants. Ils révèlent qu’au total, 576 établissements n’ont tout simplement pas encore mis en place ces équipements obligatoires. Près de la moitié des résidences concernées par le règlement sont donc en retard, alors que la date butoir approche à grands pas. C’est une situation qui fait froid dans le dos quand on sait que près de 120 000 aînés vivent dans ces RPA au Québec.
Les chiffres concrets et la position officielle

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Alors, où en est-on exactement ? Les données sont claires et méritent d’être répétées pour bien comprendre l’ampleur du problème.
Pour les RPA de catégorie 3, celles destinées aux personnes semi-autonomes, la situation est particulièrement préoccupante. Sur un total de 1032 établissements, seulement 512 possèdent un dispositif de sécurité. Cela signifie que 520, soit plus de la moitié, n’en ont pas.
Du côté des RPA de catégorie 4, qui accueillent des personnes en perte d’autonomie modérée à grave, le tableau est un peu moins sombre, mais pas rassurant pour autant. Sur 345 résidences, 289 sont équipées, mais 56 ne le sont toujours pas.
Face à ces chiffres, Santé Québec a réagi par courriel. Une porte-parole a tenu à préciser un point important : l’application de l’article 24 du règlement n’est pas reportée. Elle est toujours en vigueur et les établissements assujettis ont l’obligation de s’y conformer. C’est dit. Mais sur le terrain, le compte n’y est clairement pas.
Le règlement lui-même est très explicite. Il stipule que l’exploitant d’une RPA de catégorie 3 ou 4 doit installer un dispositif de sécurité pour alerter le personnel si un résident à risque d’errance tente de quitter l’immeuble à son insu. Le but est simple : prévenir les fugues et les tragédies. Mais entre la théorie sur le papier et la réalité dans les couloirs, il y a un fossé, et il est grand.
Les défis financiers et les arguments des gestionnaires
Du côté des propriétaires et gestionnaires de RPA, on reconnaît le problème mais on pointe du doigt des obstacles très concrets. Au Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA), on n’a pas été surpris par les chiffres de Santé Québec. Hans Brouillette, le directeur des affaires gouvernementales et publiques, ne mâche pas ses mots.
Pour lui, exiger l’application immédiate de l’article 24 dans les RPA de catégorie 3 non équipées serait tout simplement irréaliste. Il craint même que cela devienne « une autre saga comme celle des gicleurs », en référence aux longs débats sur les sprinklers. Son argument principal ? La technologie seule ne suffit pas. « Même avec un dispositif conforme, il faut du personnel pour agir, ce qui n’est pas toujours le cas à tout moment », souligne-t-il. Il ajoute que certaines résidences assurent déjà la sécurité par une simple présence humaine constante.
Mais son argument le plus fort, et qui fait réfléchir, touche au portefeuille des résidents. « Il ne faut pas que l’objectif de la sécurité nécessite des moyens démesurés », insiste M. Brouillette. « Beaucoup de résidents ont des incapacités financières qu’on ne peut pas ignorer. » Forcer des investissements massifs pourrait, selon lui, se répercuter sur les loyers déjà élevés et rendre ces milieux de vie inaccessibles.
Le consultant Claude Dolembreux donne une idée du coût : il faut compter en moyenne 5000$ par porte pour installer un système antifugue efficace, notamment aux portes de sortie des étages de soins, des sous-sols et des rez-de-chaussée. Pour une résidence de taille moyenne avec plusieurs sorties, la facture grimpe vite.
Les voix qui sonnent l’alarme et les solutions envisagées
Face à cette logique économique, les défenseurs des droits des aînés tirent la sonnette d’alarme avec une urgence palpable. Pierre Lynch, président de l’Association québécoise de défense des droits des personnes retraitées et préretraitées (AQDR), ne voit pas les choses du même œil. « Le temps presse », assène-t-il, évoquant le vieillissement rapide de la population et la hausse des troubles cognitifs.
Il reconnaît les difficultés financières, mais contre-attaque sur le coût pour les résidents. « Je comprends les difficultés financières que peuvent avoir des RPA, sauf qu’à un moment donné, dans certaines de ces résidences-là, le coût mensuel est quand même assez élevé », rappelle-t-il. Son verdict est sévère : « On joue avec la vie des gens, là, présentement. »
Pour avancer, M. Lynch propose d’explorer des solutions technologiques plus variées et peut-être plus abordables. Il cite les puces de suivi dans les vêtements ou les chaussures, des systèmes qui barreraient automatiquement les portes à l’approche d’un résident, ou de simples buzzers qui signaleraient une sortie. Il milite aussi pour une mesure moins coûteuse mais cruciale : un nombre plus élevé de visites d’inspecteurs non annoncées dans les RPA, pour s’assurer que les règles sont respectées sur le terrain.
Du côté politique, la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Sonia Bélanger, a admis lors de l’étude des crédits, à la fin mars, que plusieurs RPA de catégorie 3 n’étaient pas en règle. Elle a assuré que son équipe était « au courant de la situation » et examinait chaque cas « au cas par cas » avec le Ministère et Santé Québec. Une approche prudente, mais qui laisse en suspens la question du délai.
Conclusion : Des drames passés et un avenir incertain

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La discussion ne serait pas complète sans rappeler les tragédies qui ont motivé ces règlements. Le récent décès à Laval n’est malheureusement pas un cas isolé.
En 2019, le décès de la mère de Gilles Duceppe, retrouvée inconsciente dans la neige près d’une issue de secours, avait provoqué une onde de choc. La coroner Gehane Kamel avait clairement écrit que ce décès aurait pu être évité avec un détecteur de mouvement fonctionnel et des sonnettes aux portes de secours.
Un autre rapport, en 2021, faisait état du décès d’un homme de 94 ans retrouvé dans un stationnement. La coroner Denise McManiman s’était alors interrogée, avec une pointe d’incrédulité, sur la pertinence d’utiliser un simple moniteur pour bébé pour surveiller une résidence de 24 chambres la nuit.
Ces histoires rappellent cruellement l’enjeu. Des technologies existent – caméras, bracelets, serrures à code, reconnaissance faciale – mais leur déploiement est lent et semé d’embûches financières et logistiques. Avec 26% de la population québécoise qui aura plus de 65 ans dans les 10 prochaines années, la pression ne fera que s’accentuer. La question n’est plus de savoir s’il faut agir, mais comment, et surtout, à quel rythme, avant qu’une autre vie ne soit perdue.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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