Le rôle trouble des bactéries intestinales dans la sclérose en plaques

Le rôle trouble des bactéries intestinales dans la sclérose en plaques credit : lemorning.ca (image IA)

Quand le corps se trompe d’ennemi

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Vous savez, notre système immunitaire, c’est un peu comme une armée de défense. Son job, c’est de nous protéger des envahisseurs, les virus et les bactéries. Mais parfois, il se mélange les pinceaux. Il prend nos propres cellules pour des menaces et se met à les attaquer. C’est ce qu’on appelle une maladie auto-immune.

La sclérose en plaques, ou SEP, en est un exemple tragique. Dans ce cas, le système immunitaire s’en prend à la gaine de myéline, cette couche protectrice qui entoure les fibres nerveuses, un peu comme le plastique autour d’un fil électrique. Sans elle, les messages nerveux voyagent mal. Les personnes touchées peuvent ressentir une fatigue extrême, des engourdissements dans les membres, des difficultés à marcher, et dans les cas graves, une paralysie.

Depuis des décennies, les chercheurs se creusent la tête pour comprendre comment notre propre défense peut commettre une telle erreur. Et depuis quelques années, tous les regards se tournent vers un endroit surprenant : nos intestins, et les milliards de bactéries qui y vivent, ce qu’on appelle le microbiome intestinal.

L’hypothèse du sosie dangereux dans nos intestins

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On a remarqué que les personnes atteintes de SEP ont une composition de bactéries intestinales différente de celle des gens en bonne santé. Le lien entre l’intestin et l’immunité est connu, mais les mécanismes précis dans la SEP restent un mystère. C’est sur ce point que le professeur Anne-Katrin Pröbstel, neurologue aux universités de Bâle et Bonn, et son équipe se sont penchés.

Il y a une théorie intrigante, celle de la « mimétisme moléculaire ». Imaginez une bactérie pro-inflammatoire, donc « méchante », qui traîne dans vos intestins. Par un coup du sort, sa surface présente des structures qui ressemblent comme deux gouttes d’eau à celles de la gaine de myéline de vos nerfs. Le système immunitaire, en voulant éliminer la bactérie, finit par confondre et attaque aussi la myéline, par association. C’est une méprise fatale.

Pour tester cette idée, l’équipe de Pröbstel a publié une étude dans la revue Gut Microbes en décembre 2025. Les chercheurs, avec les docteurs Lena Siewert et Kristina Berve en tête, ont utilisé des méthodes de biologie moléculaire pour modifier des bactérie Salmonella pro-inflammatoires. Ils les ont « habillées » avec une structure de surface imitant la myéline. En parallèle, ils avaient un groupe témoin avec des Salmonella normales, sans cette ressemblance.

Les résultats surprenants des expériences sur les souris

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Ils ont testé ces bactéries sur des souris génétiquement modifiées pour servir de modèle de la SEP. Les résultats ont été sans appel. Chez les souris qui ont reçu les bactéries Salmonella « sosies » de la myéline, la maladie a progressé beaucoup plus vite que chez celles ayant reçu les bactéries témoins.

Le professeur Pröbstel explique ce phénomène : « Les bactéries pro-inflammatoires seules ne font qu’attiser un peu la maladie. Mais la combinaison d’un environnement inflammatoire ET du mimétisme moléculaire, c’est cela qui active des cellules immunitaires spécifiques. » Ces cellules, une fois activées, se multiplient, migrent vers le système nerveux et lancent l’assaut contre la gaine de myéline sur place.

L’histoire ne s’arrête pas là. L’équipe a refait l’expérience avec une autre bactérie, E. coli, qui fait partie de la flore intestinale normale et n’est pas inflammatoire. Quand ils ont implanté des E. coli modifiées pour ressembler à la myéline, l’effet a été tout autre : la progression de la maladie a été plus douce, plus modérée.

C’est une distinction cruciale. Cela montre que ce n’est pas juste la ressemblance qui compte, mais aussi le comportement de la bactérie elle-même. Une bactérie calmante avec une structure de myéline n’aura pas le même effet dévastateur qu’une bactérie inflammatoire avec la même structure.

Des pistes d’espoir et un appel à la prudence

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Alors, où cela nous mène-t-il ? Ces découvertes ouvrent des perspectives fascinantes, et peut-être même des espoirs de traitement. Le professeur Pröbstel envisage l’avenir : « Si à l’avenir nous travaillons avec différentes bactéries qui calment activement le système immunitaire au lieu de le déclencher, nous pourrions peut-être entraîner les cellules immunitaires à tolérer la gaine de myéline et à ne pas l’attaquer. » En somme, on pourrait éduquer notre propre système de défense grâce à des bactéries spécialement conçues, une sorte de thérapie basée sur le microbiome.

L’étude prouve que ce n’est pas seulement la composition globale de la flore intestinale qui joue un rôle dans la SEP, mais que des structures de surface spécifiques, ressemblant à la myéline, sur certaines bactéries, pourraient directement contribuer à déclencher et aggraver la maladie.

Mais ces résultats sonnent aussi comme un avertissement. Pröbstel met en garde : « Certains traitements contre le cancer utilisent le microbiome pour stimuler le système immunitaire afin de combattre la tumeur. Cependant, cela peut aussi créer un environnement dans l’intestin dans lequel le mimétisme moléculaire peut déclencher des réactions auto-immunes ou même des maladies. » Vouloir booster l’immunité à tout prix pourrait, dans certains contextes, avoir l’effet inverse et réveiller des mécanismes auto-immuns latents. C’est une balance délicate.

Pour ceux qui voudraient creuser le sujet, l’étude complète, intitulée « Antigen-specific activation of gut immune cells drives autoimmune neuroinflammation », est disponible dans la revue Gut Microbes (DOI : 10.1080/19490976.2025.2601430). C’est un pas de plus pour démêler les liens complexes entre notre ventre et notre cerveau, et peut-être, un jour, pour offrir de nouvelles solutions à ceux qui se battent contre cette maladie.

Selon la source : medicalxpress.com

Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.