Décryptage : la recherche des causes de l’autisme pointe vers les gènes, pas les vaccins
Simon Kabbaj - 2025-12-15 10:15
credit : lemorning.ca (image IA)
Une promesse politique et une réalité scientifique complexe

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Je me souviens avoir lu ça plus tôt dans l’année, et ça m’avait un peu sidéré, pour être honnête. Le Secrétaire à la Santé, Robert F. Kennedy Jr., avait carrément promis qu’on connaîtrait la cause de l’autisme d’ici cinq mois. « D’ici septembre, nous saurons ce qui a causé l’épidémie d’autisme », avait-il déclaré au Président Trump en avril dernier. Le truc, c’est que septembre est passé, et bien sûr, la réponse n’est pas tombée du ciel comme ça.
Le sujet est bien trop complexe pour un simple délai politique. Les chercheurs travaillent dessus depuis près de soixante ans, et ils le disent eux-mêmes : personne ne sait encore exactement pourquoi certaines personnes ont des traits autistiques et d’autres pas. Mais une chose est claire, et elle est répétée par tous les scientifiques sérieux : la piste privilégiée, la plus solide, c’est celle de la génétique, combinée à certains facteurs environnementaux précoces. L’idée que les vaccins seraient en cause, elle, ne repose sur rien de scientifique. C’est une fixation de Kennedy, qui n’a pourtant aucune formation médicale, et elle détourne l’attention des vrais enjeux de la recherche.
Le cœur du sujet : l’interaction complexe entre les gènes et l’environnement

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Alors, que disent les experts ? Ils sont unanimes sur un point : il n’y a pas une cause unique à l’autisme. C’est ce qu’explique très bien Irva Hertz-Picciotto, professeure à UC Davis. L’autisme ne vient pas d’un seul et même déclencheur pour tout le monde, et même pour une personne donnée, plusieurs facteurs peuvent entrer en jeu. L’idée reçue d’un « coupable » unique, comme un vaccin administré après la naissance, un style d’éducation ou un médicament, ne tient pas la route face aux données.
Le consensus scientifique penche fortement vers une origine principalement génétique, mais pas simpliste. L’autisme est le plus souvent « polygénique ». Ça veut dire que ce ne sont pas un, mais de nombreux gènes qui interviennent, chacun apportant une petite pièce au puzzle. Les chercheurs en ont déjà identifié des centaines potentiellement liés, et il y en a probablement beaucoup d’autres parmi les 20 000 que compte notre génome.
Pour comparer, Joe Buxbaum, un neuroscientifique de premier plan, utilise l’exemple de la taille. Votre taille est aussi un trait polygénique. Des centaines de gènes y contribuent, ils se transmettent dans les familles (les gens grands ont souvent des parents grands), mais le mélange aléatoire à la conception fait que des frères et sœurs peuvent avoir des tailles très différentes. Et bien sûr, des facteurs externes comme la malnutrition après la naissance peuvent empêcher d’atteindre son potentiel génétique maximum.
Pour l’autisme, c’est un peu le même principe, mais avec une grosse différence : les influences environnementales les plus significatives semblent agir principalement in utero, pendant la grossesse. Des choses comme l’âge avancé des parents, une grande prématurité, ou l’exposition des parents à la pollution de l’air ou à certains solvants industriels ont été liées à un risque accru. C’est là que l’environnement et les gènes dansent ensemble : l’impact de ces expositions dépend fortement du terrain génétique unique de chaque fœtus.
Les preuves concrètes qui pointent vers l’héritabilité

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Bon, mais comment les chercheurs sont-ils si sûrs du rôle majeur de la génétique ? Ils ne se basent pas que sur des théories. Les preuves les plus solides viennent d’études sur les familles, et en particulier sur les jumeaux. Les chiffres sont assez parlants.
Dans la population générale aux États-Unis, environ 2,8% des personnes sont sur le spectre autistique. Mais si on regarde les enfants qui ont déjà un frère ou une sœur autiste, ce taux monte à 20,2%. C’est sept fois plus ! Ça, c’est déjà un très fort indice que quelque chose se transmet.
Les études sur les jumeaux renforcent encore le propos. Prenons des jumeaux « faux », qu’on appelle dizygotes. Ils partagent environ 50% de leurs gènes, comme n’importe quels frères et sœurs. Si l’un est autiste, le risque que l’autre le soit aussi est d’environ 20%, comme pour un simple frère.
Maintenant, prenons des vrais jumeaux, les monozygotes. Eux partagent 100% de leur matériel génétique. Et là, les chiffres changent du tout au tout. Si l’un est autiste, la probabilité que l’autre le soit aussi bondit, avec des estimations allant de 60% à 90%. Bien sûr, l’intensité des traits peut varier énormément entre eux, mais la prédisposition est largement partagée. Le Dr John Constantino d’Emory University résume cela comme un fait établi : une grande part de la causalité de l’autisme peut être retracée aux influences génétiques.
Cela ne veut pas dire que l’environnement est absent. Mais son rôle est de moduler l’expression des gènes qu’une personne possède déjà, et ce, le plus souvent avant même sa naissance.
Un paysage de la recherche sous tension et une conclusion nécessaire

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Le contexte politique actuel rend tout ça un peu plus compliqué, et franchement, préoccupant. Une enquête de ProPublica a révélé que depuis son entrée en fonction, Kennedy a coupé les financements de plus de 50 études liées à l’autisme, notamment celles qui investiguaient justement les liens avec la pollution de l’air ou les solvants. C’est un paradoxe : il dit vouloir trouver la cause, mais il retire des fonds à des recherches qui explorent des pistes environnementales sérieuses.
En contrepoint, il n’existe aucune étude crédible reliant les vaccins à l’autisme. Et pourtant, il y en a eu beaucoup, menées justement pour répondre à ces allégations. Elles n’ont rien trouvé.
Il y a tout de même une lueur d’espoir dans ce paysage. En septembre, le département de la Santé a malgré tout annoncé une initiative de 50 millions de dollars pour explorer les interactions gènes-environnement dans l’autisme. Cet argent a été réparti entre 13 équipes de recherche universitaires réputées, comme celles de UCLA et UC San Diego. Beaucoup de scientifiques ont été soulagés de voir que des équipes légitimes étaient choisies.
Mais la crainte persiste. La manière dont Kennedy rejette les faits qui ne cadrent pas avec ses idées, et propage des informations inexactes, brouille le message de santé publique. Comme le souligne le Dr Constantino, lorsqu’on dépense de l’argent public, surtout dans un domaine où les besoins sont immenses, il est vital de se baser sur des preuves et de ne pas ignorer ce qu’on sait déjà.
La conclusion, la voici : après des décennies de travail, la science nous indique que la recherche des causes de l’autisme doit se concentrer sur la génétique complexe et les expositions environnementales précoces, principalement prénatales. C’est un chemin ardu, sans réponse simple ni unique. S’accrocher à des théories infondées sur les vaccins, c’est non seulement se tromper de cible, mais aussi risquer de priver la recherche de ressources précieuses et de semer le doute dans l’esprit des familles qui cherchent des réponses. Le vrai travail, lui, continue, lentement mais sûrement, dans les laboratoires.
Selon la source : medicalxpress.com
Ce contenu a été créé avec l’aide de l’IA.