Un agent de la GRC face à un renvoi imminent pour des propos déshumanisants

Un agent de la GRC face à un renvoi imminent pour des propos déshumanisants credit : lemorning.ca (image IA)

Un cas d’inconduite qui secoue la GRC

C’est une histoire qui, disons-le, pèse lourd sur l’image d’une institution déjà sous pression. Un agent de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), Ian Solven, est dans une situation très délicate, au point où l’autorité disciplinaire demande sa tête. Oui, vous avez bien lu : on lui demande de démissionner ou d’être carrément congédié dans les quatorze jours. Et tout ça remonte à des propos tenus dans des conversations de groupe, des propos que l’on qualifie, et je ne mâche pas mes mots, de franchement racistes, sexistes et homophobes.

L’affaire a été entendue lors d’une audience devant le comité d’arbitrage vendredi, et le plaidoyer de l’avocat de l’autorité disciplinaire, John MacLaughlan, était sans appel. Il a soutenu que Solven, qui est suspendu avec solde depuis 2021, a rompu ses liens professionnels avec la GRC. Sa faute ? Porter atteinte aux valeurs fondamentales du corps policier par une inconduite grave.

Ce qui est particulièrement frappant, c’est que cela ne concerne pas qu’un seul individu. En novembre dernier, l’arbitre de la GRC Louise Morel avait déjà conclu que non seulement Solven, mais aussi deux de ses collègues de Coquitlam, Mersad Mesbah et Philip Dick, avaient fauté. Ils avaient publié ces commentaires abjects dans une conversation de groupe et pire encore, sur les ordinateurs de la police. C’est dire le manque de jugement, de respect et de courtoisie, comme l’a établi l’arbitre.

Les faits révélés et la défense de l’agent

Comment tout cela a-t-il été découvert, me demanderez-vous ? Eh bien, comme souvent dans ce genre de cas, c’est un collègue qui a sonné l’alarme. Selon les documents judiciaires dévoilés, un autre agent s’est plaint de ce qu’il a considéré comme des agissements atroces, racistes et odieux. Voilà qui en dit long sur le climat interne. Suite à cela, la GRC a décidé de demander le renvoi des trois agents concernés, qui, pour l’instant, continuent d’être suspendus avec solde.

Lors de l’audience de vendredi, John MacLaughlan a été on ne peut plus clair : les propos de Solven, selon lui, créaient un véritable climat de travail toxique. Pire, ils dénigraient ses collègues et déshumanisaient les plus vulnérables de notre société. Il a pointé du doigt des exemples concrets qui font froid dans le dos. Par exemple, qualifier une femme nue dans un refuge pour personnes itinérantes de « son divertissement ». Utiliser le système de communication de la police pour traiter d’autres policiers de « débiles ». Ou encore, décrire le plan de vacances de la GRC comme un plan permettant « aux agentes de tomber enceintes et de ne pas travailler pendant trois ans ». Sans oublier le fait d’avoir qualifié une victime d’agression sexuelle de « fille stupide ». C’est d’une vulgarité et d’une cruauté qui, personnellement, me laissent sans voix.

Face à ces accusations terribles, l’agent Solven, lui, a choisi la voie des regrets. Il a affirmé lors de l’audience avoir toujours été et être encore « fier d’être membre de la GRC ». Il a reconnu avoir « manqué aux attentes et aux valeurs fondamentales du corps ». Ses remords, il les a qualifiés de sincères. Il a même tenté d’expliquer ses actes, enfin, de les justifier, en invoquant ses « frustrations et des problèmes personnels ». Selon lui, ces soucis l’ont conduit à « s’en prendre gratuitement à ses collègues ». Il a assuré qu’il gérerait désormais ces tensions « avec intégrité et respect » et qu’il ne recommencerait jamais. Il a même déclaré, dans un moment d’auto-flagellation publique : « J’ai jeté le discrédit sur l’excellent travail accompli par mes collègues en raison de mon incapacité à gérer mes émotions… et ce, non seulement pour la GRC, mais aussi pour les autres intervenants d’urgence en contact avec le public ».

Les plaidoiries et un appel à « une seconde chance »

Malgré ces excuses, la demande de l’autorité disciplinaire n’a pas changé d’un iota : le renvoi. Son avocat, John MacLaughlan, a martelé un argument lourd de sens. Il a rappelé que la jurisprudence reconnaît que ce type de commentaires crée un climat de travail toxique, voire le détériore. Il a aussi souligné que la GRC est déjà, malheureusement, « publiquement entachée par des signalements de harcèlement et de mauvais traitements envers les agentes ». Permettre à Solven de reprendre du service, a-t-il conclu, serait « une preuve d’insensibilité flagrante ». Et puis, il y a l’aspect médiatique. MacLaughlan l’a souligné sans détour : « Je ne veux pas m’étendre sur le sujet, mais cette affaire a suscité l’attention des médias nationaux. En clair, le public est attentif ». C’est un rappel que la confiance du public est en jeu.

Mais de l’autre côté, la défense de l’agent Solven, menée par son avocat Brad Kielmann, a plaidé pour la clémence, pour une possibilité de rachat. Kielmann a soutenu que son client ne devait « ni être congédié ni contraint de démissionner ». Pourquoi ? Parce que de telles mesures auraient des « répercussions financières importantes » pour Solven. Kielmann a insisté sur le fait que son client voyait son rôle au sein de la GRC comme une « véritable vocation ». Alors, quelle serait la solution selon la défense ? Une mutation, une formation de recyclage, une nouvelle formation, et une retenue sur salaire. En somme, Kielmann plaide : « Il accepte que des mesures disciplinaires strictes soient imposées, mais il demande seulement à avoir une seconde chance de servir au sein de la GRC ».

C’est un débat classique dans les affaires disciplinaires : sanction exemplaire contre réhabilitation. D’un côté, l’institution qui doit montrer sa détermination à éradiquer les comportements inacceptables. De l’autre, un individu qui dit vouloir se racheter et continue de voir son métier comme un appel.

Conclusion : La décision de l’arbitre et ce qu’elle symbolise

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L’arbitre, la juge Louise Morel, a donc été saisie de ce dossier complexe. Elle doit maintenant trancher entre la demande de renvoi immédiat et la proposition de seconde chance avec sanctions sévères. Elle a annoncé qu’elle rendrait sa décision orale ce mercredi. Cette date est maintenant attendue avec une certaine anxiété, tant par les personnes directement impliquées que par les observateurs.

Au-delà du cas individuel de Ian Solven, cette affaire, comme l’a noté l’avocat disciplinaire, est emblématique. Elle touche à la culture interne de la GRC, à sa capacité à faire le ménage et à restaurer une confiance publique érodée par des scandales répétés. Les propos révélés ne sont pas des erreurs de jugement mineures ; ils sont le reflet d’un mépris profond pour les collègues et les citoyens que la police est censée servir et protéger.

Le verdict de mercredi enverra un signal fort. Soit il confirmera une tolérance zéro envers ce type de comportements, au prix de la carrière d’un agent. Soit il optera pour une voie corrective, avec un message sur les possibilités de rédemption, mais aussi avec le risque perçu de laxisme. Dans les deux cas, l’attention médiatique mentionnée par Maître MacLaughlan garantit que ce signal ne passera pas inaperçu. L’affaire Ian Solven est devenue, qu’on le veuille ou non, un test pour la GRC.

Selon la source : ici.radio-canada.ca

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