Red Bull et Biphentin : le cocktail qui a coûté la vie à Zachary, 15 ans
Mathieu Gagnon - 2025-12-11 11:08
credit : lemorning.ca (image IA)
Une vie arrêtée sur les pentes

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C’était un vendredi comme Zachary les aimait. Celui du 12 janvier 2024, il l’avait attendu toute la semaine. Sa planche était cirée, prête pour les pentes de Morin-Heights. Il n’est jamais redescendu. Le jeune homme de 15 ans est tombé, sans vie, d’un télésiège après avoir consommé une simple canette de Red Bull. Une boisson qu’il avait l’habitude de prendre, comme tant d’ados.
L’autopsie a révélé l’impensable : un cœur parfait, sans défaut. La clé du drame se trouvait ailleurs, dans l’interaction entre la caféine de la boisson et le méthylphénidate, la molécule de son médicament pour le TDAH, le Biphentin. Un mélange qui a provoqué une arythmie cardiaque fatale. Pour ses parents, Veronica Martinez et David Miron, le chagrin a laissé place à une colère sourde : comment auraient-ils pu savoir ?
Un phénomène méconnu : la potentialisation

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Les cardiologues appellent ça la potentialisation. Ce n’est pas une simple addition d’effets, c’est une multiplication. Un plus un ne fait pas deux, il peut faire cinq, explique le Dr Paul Poirier, de l’Institut de cardiologie de Québec. Le psychostimulant (le Biphentin) et le stimulant (la caféine) se potentialisent, démultipliant les risques pour le cœur, même chez un adolescent en pleine santé.
Le Dr Carl Lavie, qui a dirigé une vaste étude sur le sujet, ne semble pas surpris par le drame de Zachary. Plusieurs travaux scientifiques pointent une augmentation, certes rare, d’événements cardiovasculaires graves, voire de morts subites, avec ces médicaments. Le mélange avec des boissons énergisantes aggrave considérablement le tableau. Sa position est claire : ces boissons ne devraient pas être vendues aux mineurs, point à la ligne.
Des avertissements qui manquent de mordant

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Le hic, c’est que cette information cruciale ne saute pas aux yeux. La monographie du Biphentin mentionne une prudence avec d’autres stimulants, sans les nommer. Sur les canettes de Red Bull, un petit texte déconseille la consommation aux moins de 14 ans et aux personnes sensibles à la caféine. Rien sur les interactions avec des médicaments courants. Les gens n’allument pas, déplore le Dr Poirier. Il faut vraiment suivre la littérature scientifique de près pour être au courant.
L’Ordre des pharmaciens du Québec, représenté par son président Jean-François Desgagné, exprime un profond malaise. Vendre ces boissons à quelques mètres du comptoir des ordonnances, c’est un cocktail explosif, lâche-t-il. Il presse les chaînes de pharmacies de revoir leurs étalages et en appelle aux décideurs politiques pour un encadrement plus strict.
Le silence des autorités et l’impasse politique
Malgré les signalements, les rouages semblent grippés. La coroner Denyse Langelier elle-même a tenté de signaler ce cas à Santé Canada, déplorant l’opacité du suivi. La mère de Zachary, Veronica, qualifie le processus de maison des fous d’Astérix. Enquête a dû insister pour apprendre que Santé Canada connaissait au moins cinq autres cas similaires, liés à d’autres psychostimulants comme la Vyvanse, jamais rendus publics.
Au Québec, un comité consultatif avait pourtant planché sur une interdiction aux moins de 16 ans il y a plus de cinq ans, suite à un premier reportage. Ses recommandations ? Classées confidentielles par le ministère de la Santé, qui a refusé toute entrevue. Les fabricants, eux, se renvoient la balle. Elvium (Biphentin) et Pharmascience (générique) s’en remettent aux monographies existantes. Seul le président de Guru Energy a accepté de parler, se disant favorable à plus de réglementation.
Conclusion : L’appel des parents pour éviter d’autres drames
Dans la chambre de Zachary, le temps s’est arrêté. Ses parents y entrent chaque jour, pour ouvrir et fermer les stores. Leur combat n’est plus seulement personnel ; il est devenu public. Ils ont contacté Enquête pour que cette histoire ne reste pas un fait divers, mais sonne l’alarme. On a maintenant la triste preuve, dit David Miron, la voix serrée. C’est une petite bouteille qui donne la mort.
L’ami de Zachary, Vincent, garde son drapeau ‘Saturdays are for the boys’. Il est encore sous le choc que ce risque soit si méconnu. Le débat est relancé, plus urgent que jamais. Faut-il interdire ces boissons aux mineurs ? Pour la famille de Zachary, la réponse est évidente. Ça ne peut pas se reproduire. La balle est désormais dans le camp des autorités, qui ont entre les mains le pouvoir d’éviter d’autres tragédies évitables.
Selon la source : ici.radio-canada.ca
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